Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 17:17

Un voile est sur mes yeux, de soie noire et légère,

          à peine si je l'ai senti

          quand il a glissé de mon front

          sur mes paupières,

          et ses douceurs me font

          la caresse d'un ennemi.

 

On dirait que descend une nuit calme et tendre,

          on tend l'âme vers elle, un peu,

          comme s'il y avait du bon

          à mieux l'entendre,

          à se baisser d'un ton,

          peut-être en-dessous des flots bleus...

 

Mais dans l'ombre paisible, une ombre plus subtile

          surprend nos yeux qui s'égaraient,

          croyant voler vers nulle part

          dans l'inutile,

          une ombre, ou le hasard

          de nos sentiments ignorés...

 

Et soudain, cette nuit transpire d'une larme

          luisante, au sel inattendu,

          aussi profonde que la mer,

          rien qu'une larme,

          son goût sur le revers

          qui ne nous est pas inconnu.

 

Est-ce moi qui pleurais ? Au dedans, en silence ?

          Est-ce moi, ce ruisseau damné,

          cette boue au lieu du terreau,

          cette souffrance

          griffée à fleur de peau,

          ce soir d'un monde abandonné ?

 

 

Publié dans : Ceux qui murmurent aux brumes
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Vendredi 20 mai 2011 5 20 /05 /Mai /2011 14:19

          Bonjour,

 

          Je rebondis (et bondis d'ailleurs tout court) sur un texte de mon amie Sophie, la bien nommée, que je vous recommande chaudement (comme tout ce qu'elle écrit, du reste...), pour publier ici les résultats d'une petite enquête à laquelle je me suis livré. Je n'en demande ni n'en mérite aucune louange, attendu qu'elle ne m'a pris que très peu de temps. Autant dire que c'est à la portée de n'importe qui, pour peu qu'on veuille en savoir plus, et pour peu que les arguties de nos requins gouvernementaux vous sortent par les oreilles, comme à moi, et vous inspirent des humeurs de massacre.

          Le dernier en date, Laurent Wauquiez, le veau quiet, pour reprendre un excellent jeu de mots de Thierry, s'en prenait à l'un de ces boucs émissaires commodes, sur lesquels ce sale type et toute sa clique aiment à reporter la haine populaire, qu'ils sont bien les seuls à mériter en toute justice, mais qu'ils ont l'art de détourner habilement. La recette, toute éculée qu'elle soit, n'en recueille pas moins de succès. Il n'est qu'à voir ces diaporamas crétins et bilieux qui continuent de circuler, s'acharnant sur les fonctionnaires, sur les immigrés ou sur les chômeurs, dans un tissu de mensonges éhontés et d'idioties haineuses, qui trouvent toujours quelques dupes pour y accorder foi...

          En l'occurence, le veau quiet avait choisi de s'attaquer aux chômeurs, l'une des victimes les plus faciles et les moins risquées, puisqu'elle n'a ni le pouvoir ni le droit de réponse, dans notre beau pays où les médias ne sont plus que des plateformes complaisantes pour ces bonimenteurs, lesquels en usent et en abusent d'autant plus excessivement et sans vergogne que personne ne trouve à y redire, et surtout que personne ne songe une seconde à leur coller le nez dans leur merde.

          Je me permets donc de vous proposer ici les résultats de cette modeste enquête, en chiffres intéressants, quoique de nature à vous dégoûter. Mais c'est un peu le but...

 

          Question : Combien coûte le gouvernement ?

 

          Ne parlons ici qu'en terme de salaire, sans tenir compte de la multitude d'avantages annexes plus ou moins inavouables dont se repaissent les sangsues du pouvoir. En nous en tenant donc au strict minimum du salaire, voici ce que coûte à la République française son gouvernement, censé la défendre et la protéger.

          Pour le Président de la République, chaque mois lui vaut un traitement brut de 27 287,95 €. Pour quelqu'un qui vous parle de la France qui se lève tôt, il se fout quand même pas mal de sa gueule en l'occurrence...

          Pour le Premier Ministre, la douille se monte à 40 931,95 €, en comptant ce que lui rapporte le cumul autorisé des mandats (pour le Président, je n'ai pas fouillé par là, mea culpa, mais on pourrait ajouter par exemple ce que la présidence de l'Europe lui a rapporté, et que le contribuable français à financé en partie...).

          Pour les autres ministres, ils doivent se contenter, les pauvres choux, de 27 289,44 € par mois, toujours en comptant le cumul autorisé des mandats (qu'ils cumulent, vous pouvez y compter !). On comprend qu'ils veuillent tant être calife à la place du calife... Sachant qu'ils ne sont pas moins de 22 gugusses dans le gouvernement actuel, cela nous monte la facture à 600 637,68 € par mois.

          Ajoutez-y enfin les Secrétaires d'Etat, qui eux ne sont que huit (bin alors ? Qu'est-ce qu'y foutent ?) et dont les émoluments s'élèvent à 25 923,57 par tête de pipe (toujours gna-gna-gna cumul de mandats...), soit un modeste et risible total de 207 388,56 € par mois pour cette bande de bras-cassés.

          En cumulant tout cela sur votre petite calculette, vous arrivez à la somme de 875 976,14 € mensuels, lesquels ne représentent en réalité que le coût salarial, auquel il faudrait en fait ajouter le coût patronal, réduit pour les élus mais qui existe néanmoins.

          A l'année, tout ça se monte à la bagatelle de 10 511 713,68 € (dix millions cinq cent onze mille sept cent treize euros et soixante-huit cents).

          Heu... ça va chatouille un peu, là ?

          Encore ne parlons-nous ici que des ministres en activité ! Eh oui : c'est faire l'impasse sur ce que coûtent aussi tous leurs prédécesseurs réunis, lesquels, comme bien vous savez, se sont arrangés entre eux (droite, gauche, centre, tous sans exception et sans faire de vague...) pour percevoir un genre d'allocations de chômage pour lesquelles vous imaginez bien que personne ne leur demande d'aller pointer au Pôle Emploi, ni d'accepter le troisième boulot de merde qui leur sera imposé.

          Je pourrais aussi vous parler du Sénat et de l'Assemblée, ce n'est pas triste non plus, croyez-le ! En gros, vous prenez les chiffres ci-dessus, et vous les multipliez par dix ou par quinze (si si...)... Mais qu'importe... Ce qui me fait enrager, c'est d'entendre continuellement l'un ou l'autre de ces petits fumiers de merde ramener sa gueule pour nous donner une leçon de morale et rappeler au pauvre con qui ne réussit même pas à se pogner le smic dans le mois, qu'il a l'obligation d'accepter un emploi, ne serait-ce qu'en raison de ce qu'il coûte à l'Etat dans sa situation précaire.

          La prochaine fois qu'un triste connard vous envoie un de ces diaporamas facho-débiles sur ce que coûtent les fonctionnaires, ou les immigrés, ou les chômeurs (cités sans ordre d'importance ou de préférence), parlez-lui donc des enflures qu'il a l'insondable bêtise d'écouter et de croire, donnez-lui quelques chiffres à la clé (que vous ne mettrez pas longtemps à trouver ni à vérifier, vous pouvez essayer...), vous ferez peut-être une oeuvre utile. Mais il est permis d'en douter...

          Bien à vous !

Publié dans : Ceux qui viennent d'ailleurs
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 13:47

Je me désole à tant attendre,

          à tant vouloir,

          tant demander à cette vie,

          de toi et moi.

J'ai l'oeil à la carte du tendre

          et de l'espoir,

          la face barbouillée de suie,

          le coeur en croix.

 

Je ne prise pas ce mélange

          de gris et noir,

          de teintes toujours indécises,

          où l'être, en soi,

          n'est plus qu'un amalgame étrange

          de désespoirs

          et d'enthousiasmes qui le grisent,

          bête aux abois.

 

Je suis du monde sans en être,

          son ciel est noir,

          son mal est vieux comme la terre,

          son coeur est froid.

J'aurais voulu ne pas y naître,

          ne rien en voir,

          n'être que de sable ou de pierre,

          le vide en moi.

 

Mais je suis né de chair humaine,

          d'âme et d'amour,

          et d'une impossible espérance

          en l'avenir.

Notre douleur est si ancienne,

          nos fronts si lourds,

          tout de regrets et de souffrances

          à n'en finir...

 

Je rêve un monde aux mains ouvertes,

          un monde autour,

          et sans tyran et sans apôtres

          à craindre, à fuir.

Je rêve un monde aux joies offertes,

          un monde pour,

          de l'autre à l'un et l'un pour l'autre,

          un monde à jouir.

 

Mais la plaine est morne et déserte,

          chacun sa tour

          où l'élan s'enferme et se bride

          à se trahir.

Nos âmes sont-elles inertes

          et nos amours

          corrompues dans la peur acide

          de nous unir ?

 

 

Publié dans : Ceux qui espèrent des nuages
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 11:51

Ces jours de vain, d'ennui, accablés d'habitude,

          à peine où demeurer quelqu'un,

          tant l'épuisement nous renonce,

          nous entête de plomb.

De quête lasse, ni réponse,

          ni quoi, ni oui, ni non,

          la vieillesse s'en vient, trainée de lassitude,

          son lourd cadavre sur nos reins.

 

Qui sont les tyrans ou les traîtres

          à serrer le collier ?

Qui sait... Le coupable est peut-être

          l'esclave le premier...

 

Est-il un goût de vivre aux gravats de ces ruines ?

          Qui puis-je voir et qui me voit ?

          En est-il qui s'y reconnaissent

          et se veuillent bien tels ?

Là, tous vendus, l'âme traîtresse,

          l'être comme en duel

          entre tout ce qu'il rêve et tout ce qu'il rumine

          d'une vie à rebours de soi !

 

Tout y est posé à l'envers,

          jusqu'à la raison d'être :

          on aime sa prison, ses fers,

          on les forge peut-être !

 

 

Publié dans : Ceux qui murmurent aux brumes
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 15:04

Ma bouteille à la mer,

          que je n'ai jamais prise,

          quoique pourtant vieux galérien...

Du haut des dunes,

          planté comme à l'envers,

          le cheveu à la brise,

          je songe aux naufrages anciens,

          aux vieilles lunes

          où passent en travers

          de vagues nuées grises

          en mes nuages aériens

          et sans rancune.

 

Ma bouteille à la mer,

          que charrient les écumes

          pour l'engloutir entre deux eaux,

          sans espérance,

          ne laissant dans les airs

          qu'un zeste d'amertume.

Comme serait l'odeur des mots :

          sans importance,

          que pour le chant des vers

          et de ce qu'ils allument

          dans l'âme, qui soit assez beau

          pour faire offense.

 

Ma bouteille à la mer,

          qui même en ma mémoire

          s'efface et se meurt dans la nuit

          bleue océane,

          parmi tout ce qu'on perd

          de si belles histoires,

          qui disaient pourquoi, qui je suis,

          comment je plane,

          la couleur du revers,

          l'essentiel illusoire,

          cette vérité qui nous fuit,

          belle et profane...

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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