Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 12:59

Ceux qui vont et s'en vont,

          à tant boiser nos vies

          qu'on ne sait trop

          s'ils s'édifiaient d'âme si belle

          qu'elle nous reste, au fond,

          à brillanter la lie

          dessous ma peau,

          comme à nous espérer des ailes.

 

Est-ce qu'ils nous voyaient

          pour le vrai que nous sommes,

          ou mieux, qui sait,

          que je me puisse voir moi-même ?

Peut-être qu'ils payaient

          à nous rendre des hommes,

          à nous pousser

          vers ces heureux esprits qui s'aiment ?

 

Vous disaient-ils aussi

          ce chemin en arrière,

          à témoigner

          des rares beautés du courage ?

Tous ces anciens défis

          et ces vieilles ornières

          où j'empoignais

          la belle fureur de mon âge...

 

Ceux qui vont et s'en vont,

          ces yeux qui nous suivirent...

Leur don de soi

          pour sa beauté ou sa noblesse.

Ce qui m'en reste, au fond,

          je ne saurais bien dire :

          c'est tout en moi

          ce qu'il faut tenir de promesse.

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Lundi 27 décembre 2010 1 27 /12 /Déc /2010 13:10

Je n'ai plus à y revenir,

          tant est vrai que l'histoire

          de nos chemins,

          petite histoire, et si modeste,

          passe en l'espace d'un soupir,

          qu'on n'ose plus y croire

          au lendemain,

          puisque déjà plus rien n'en reste.

 

Ainsi vais-je aussi m'effacer,

          sans qu'il reste grand' chose

          ni de mes vers,

          ni de mes tourments et mes craintes.

C'est aussi bien et c'est assez,

          comme au chant de la rose

          que l'univers

          sur une seule aube avait peinte.

 

Et puis que demander de plus,

          de gloire sans mérite,

          pour quelques pas

          qui suffisaient bien à mon âme ?

Ainsi que d'autres, j'aurai bu

          mon calice trop vite

          et sans éclat,

          comme au diapason de ma flamme.

 

Puis les tristesses passeront

          aux coupes d'autres vies,

          d'autres chagrins

          bien suffisants à y répondre.

Et moi, comme l'eau sous les ponts,

          comme ce qu'on oublie,

          j'irai au loin,

          à d'autres choses me confondre...

 

 

 

Publié dans : Ceux qu'on devient...
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Dimanche 12 décembre 2010 7 12 /12 /Déc /2010 14:06

Je vais,

          et ce n'est pas d'aller, au fond,

          qui rend l'âme plus belle

          ou plus légère.

Je vais,

          à rêver de grands soleils blonds

          et d'empreintes nouvelles

          à l'éphémère.

 

Demain,

          nos pas peut-être iront là-bas,

          où vivre et se connaître ;

          dans nos caresses,

          nos mains,

          toute la chaleur de nos bras,

          tout cet amour dans l'être

          et sa noblesse...

 

Ou bien

          il fera froid comme d'hiver,

          un froid d'indifférence

          sans queue ni tête,

          les chiens

          viendront se disputer nos chairs,

          aux noires décadences

          de la défaite.

 

Demain,

          où il n'est plus que le passé,

          quand la vieillesse glisse

          dans son naufrage.

Plus loin,

          au soir des temps, où nul ne sait

          comment les jours finissent,

          ni le voyage.

 

Je vais,

          mon errance cherche son nom,

          et mon âme ses ailes

          et sa lumière.

Je vais,

          comme tous les hommes s'en vont

          de mémoire éternelle

          sur cette terre.

 

 

 

Publié dans : Ceux qui espèrent des nuages
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 09:19

Les vallons seuls me voient y revenir,

          là, penché sur nos traces :

          les miennes autour de mes pas,

          les tiennes qui s'effacent...

Lanciner les saisons du souvenir,

          de lointains étrangers qui passent,

          et cette absence dans nos bras...

 

Où devions-nous aller ? Le train s'en va,

          nos regrets s'y enlacent...

Que d'heures emportées à retenir,

          de souvenance lasse,

          aux mots bercés d'oubli, qu'on ne dit pas.

Nos regards à la place,

          à nous aimer comme à nous fuir...

 

Les jours aux jours ne cessent de courir,

          nos yeux n'ont qu'un espace

          épuisé de regards, là-bas...

Ces feuilles qu'on ramasse

          en lisière d'automne, à se mourir,

          puis que l'hiver embrasse

          en souffles embués de froid.

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 12:51

Au soir où je m'assieds,

          mon oeil s'évade

          comme si les vents le portaient.

L'humeur absente,

          le silence à mes pieds,

          l'âme nomade

          qui aime à se réconforter

          aux brumes lentes.

 

                    Je sais mieux mon chemin,

                              comme on connaît un rêve

                              un baiser au creux de ta main

                              que l'oubli, un jour, nous enlève...

 

Ce n'est qu'un tour de ciel,

          d'un bout de terre,

          le temps que descende la nuit,

          l'ombre paisible...

Insouciant rituel

          d'heure dernière,

          où se résout ce qu'on poursuit

          dans l'indicible.

 

                    Je perçois ma raison,

                              comme un peu ton haleine

                              au doux murmure de mon nom

                              et d'un sourire sur nos peines...

 

 

Publié dans : Ceux qui s'évadent
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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