Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 12:42

Il faisait loin depuis longtemps

          et les silences s'envolaient

          au revers des nuages,

          je sentais la vie dans mon sang

          où quelque chose me parlait

          comme à travers mes âges.

 

Possible que je vienne

          de ces marées,

          d'où j'entends monter la rumeur,

          comme à chacun la sienne,

          ces voix sacrées

          dans les vieux lexiques du coeur.

 

Si longue l'errance, au dedans,

          de choix, vrais ou faux, ravalés,

          de rêves d'enfants sages

          et d'autres désirs indécents,

          par tant de saisons emmêlés,

          qui peignent nos voyages.

 

Possible qu'il me prenne,

          l'âme serrée

          de quelque regret ou de peur,

          l'envie qu'il m'en souvienne,

          comme à l'entrée

          des vallées où l'on meurt.

 

Mais c'est encore loin devant,

          et qui sait comme, à s'en aller,

          on oublie son passage ?

          Et même s'il viendra, le temps

          de quelque regard désolé

          pour ultime héritage ?

 

 

Publié dans : Ceux qu'on devient...
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Commentaires

Devant c'est encore loin, on n'en connait pas les limites, alors marchons comme la mer avance ses vagues et laissons faire, la mer est toujours là
Commentaire n°1 posté par lutin le 14/02/2011 à 15h17

Devant, derrière, tout est loin, parfois si loin qu'on ne s'y retrouve plus. On ne sait que l'instant, ou du moins l'interprête-t-on comme on peut : ce sentiment présent, bousculé de ce que nous emportons, repoussé de qui adviendra, brinqueballé...

La danse des mers y pose un regard apaisant, si furieuse puisse-t-elle être : ce qui vient et s'en va, ce qui passe et repasse, infiniment, un peu comme nous.

Réponse de Bifane le 14/02/2011 à 18h02
On a attendu un bon moment, mais ça valait drôlement le coup! Merci, Bifane, pour celui-ci, qui pince joliment le cœur, avec sa lucidité douce-amère... J'aime beaucoup, entre autres, tes saisons emmêlées qui peignent nos voyages... Il y a des temps pour sentir la vie palpiter, d'autres pour s'en rappeler et jauger notre conduite. Les choix vrais ou faux, cela me parle tout particulièrement; on croit choisir ses routes, ses bifurcations et ses voltes-faces. Mais j'ai l'impression, avec le recul, d'avoir réagi plutôt que choisi, en plusieurs circonstances.
Bises de lundi, mon ami !
Commentaire n°2 posté par Sophie le 14/02/2011 à 17h38

Tu vois juste dans le bon détail, Sophie : ces si nombreuses occasions où nous avons prétendu choisir, et où, en effet, nous ne faisions tout au plus que réagir. Il y manquait la réflexion, le recul, le temps de laisser le sang se calmer, d'y voir plus clair. Il y manquait le temps, tout court, le plus souvent...

Mes bises du début de semaine, où la muse est venue me faire un petit clin d'oeil inattendu !

Réponse de Bifane le 14/02/2011 à 17h59
Ca fait revivre des paysages dehors et dedans, comme si j'avais fouillé avec toi des sensations à travers mes âges
Commentaire n°3 posté par Vieux marmot le 14/02/2011 à 23h30

C'est que nous avons tous nos fouilles à faire, sans doute !

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 12h45
A t'en aller. Oui, mais pas trop loin. Si tu veux bien. Pas plus loin que là où tu es.

Tous tes textes depuis quelques temps tournent autour du même thème, de la même couleur, ni gris ni bleu, un peu mauve mais pas guimauve. La couleur du souvenir peut-être, celle du ciel par-dessus le chemin que l'on a parcouru. J'y ressens à y marcher à ta suite une sérénité qui pointe et qui est apaisante. Quelque chose comme un soupir, sans regret, sans tristesse.

Mes bises lumineuses même si sous une pluie battante, mon ami... :) ça fait du bien de te boire de temps en temps.
Commentaire n°4 posté par Désirée le 15/02/2011 à 07h59

La couleur du souvenir ? Je l'aurais bien vue en sépia, comme de vieilles photos... Cela dit, je ne sais si je vais tant vers le souvenir. Il m'inspire à d'autres regards sur le présent, me laisse à penser d'autres avenirs, ou à les observer plus paisiblement... Ce sont les choses qui nous arrivent, à longueur de temps, qui finissent par nous aiguiser la conscience, nous donner de mieux distinguer le réel de l'illusoire, et peut-être à peser leur valeur, à l'un comme à l'autre...

Sans tristesse, en tout cas. Sans joie non plus. Avec de petites pointes d'humeur plsu ou moins heureuse selon les lieux où s'arrête le regard. On n'y change plus rien, de toutes façons, et pour ce qu'on se change soi-même, ce n'est que de très longue haleine. Si c'est en train, alors tant mieux.

Bises, Désirée, d'un Béarn assoupi sous une grisaille incertaine, après une généreuse brassée de journées ensoleillées.

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 12h51
Nuages, marées, voyages et rêves d'enfants sages, tes mots qui dansent, intemporels, c'est beau, très beau.
Commentaire n°5 posté par Balladine le 15/02/2011 à 11h20

Merci Balladine !

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 12h51
Tiens, tu écris des chansons maintenant ? ;)

Le rythme, le sens , tout va ...vraiment bien là où il faut.

Du grand Bifane.
Commentaire n°6 posté par La vieille dame le 15/02/2011 à 20h39

J'aime bien quand mes mots inspirent quelque musique à la lecture. C'est le signe que j'ai réussi à leur donner l'impulsion poétique que j'aime : celle qui chante à l'oreille en même temps qu'à l'âme...

Merci pour le compliment !

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 12h53
l'attente, allez, ça valait plus que le coup, pas besoin d'avaler les mots, juste les écouter dans leur va et vient
charmant cette quasi chanson
Commentaire n°7 posté par Thierry le 15/02/2011 à 22h28

Ah ! Toi aussi ? Je vais commencer à croire que c'est une belle réussite alors ! S'il se peut qu'ils chantent, alors mes mots ont tout à fait la couleur que je leur veux. Outre ce qu'ils racontent, j'aime aussi qu'ils l'expriment d'une manière mélodieuse. L'un sans l'autre, et je trouve que c'est raté...

Merci donc, Thierry !

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 12h55
Notre vie est un puzzle faite de pièces de solitude,
de bonheurs,de peines, d'espoirs,de doutes, d'errances, de
partage et de pièces manquantes, parfois les plus importantes.
Commentaire n°8 posté par renaud le 15/02/2011 à 23h13

L'image du puzzle n'est pas mal, Renaud. Il y a tant de pièces que nous buttons à trouver, à placer, et si longtemps avant que certaines zones commencent à laisser distinguer leur vrai visage...

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 12h56
La mer qui va qui vient, tout comme la vie, un pas en avant, un autre en arrière... Mais je viens tout juste de me rendre compte qu'en fait, la mer, elle piétine sur place : avec son mouvement répété, elle nous berce et nous, Ok, on part, mais elle en fait, elle reste là où elle est. Du coup, est-ce qu'on ne ferait pas la même chose ? Nos errances du dedans se seraient-elles donc rien que du sur place ???
Commentaire n°9 posté par Kodama le 16/02/2011 à 00h29

Qui sait, ma chère Kodama ? D'aucuns, qui s'agitent et courent à longueur de temps, trépignent et sautent dans tous les sens, passent une décennie comme un seul jour, et la finissent presque identiques à ce qu'ils étaient au départ. Il y a de l'immobile désespérant là-dedans. D'autres, qui à peine voyagent le tour de leur jardin, bougent infiniment plus en eux, quoique le cul sur une chaise. Ce qui tendrait à démonter cette citation d'Audiard qui ne m'a jamais convaincu, quant au con qui marche...

Reste que tu t'en es peut-être aperçue aussi : certaines fois, quand il nous semble que rien ne bouge, que rien n'a avancé ni évolué depuis longtemps, tout à coup, on s'aperçoit tout au contraire qu'infiniment de choses ont changé. Quelque moment plongé en soi, d'une pensée qui nous saisit, dans laquelle nous descendons lentement. Et c'est parfois juste assez pour voir tout ce qu'on a bouleversé pendant qu'on se croyait statiques...

 

Réponse de Bifane le 16/02/2011 à 13h01
Je reviens m'attarder aujourd'hui, en saisir un peu plus à chaque relecture. j'aime beaucoup ce "quelque chose me parlait comme à travers mes âges"... Comme si en un instant, le temps d'une vraie pause, on avait subitement une vue d'ensemble sur soi, le longtemps derrière, et tout ce qu'on "voit" devant, tout ça en vrac, le bon et le moins bon, apparent désordre... Et l'impression qui domine, à te lire, est (pour moi) étonnament,toute de sérénité... C'est vraiment une belle réussite, Bifane :)
Commentaire n°10 posté par Cagire le 16/02/2011 à 23h12

Oui, Cagire, comme un arrêt sur image, où l'image reprendrait tout l'essentiel à voir et à se souvenir. Et de cet ensemble, de son désordre apparent et de la lente manière dont se démêlent les choses au fil du temps, un regard vaguement ironique sur l'avenir et les ambitions ou aspirations illusoires qu'on y projette...

Réponse de Bifane le 17/02/2011 à 17h18
ah temps aller,
mais qu'est ce qui géne dans ce rembobinage
ce n'est ni le son ni l'image
bien sûr je n'ai rien d'un mage
on m'a longtemps pris pour un enfant sage
mais si de ma timidité j'ai été otage
depuis je me suis libéré à me mettre en nage
en eau trouble je double le cap de la cinquantaine
les balises ne sont pas toutes en place
mais j'arrive à peu près à me situer
entre les hommes et les femmes

Si tu le souhaites je peux t'envoyer les paroles de plusieurs chansons que j'a composé
à toi de voir avant que de lire

bien à toi et merci encore
ça va aller
et pour revenir je connais ce chemin par coeur
je suis sûr de ne pas me perdre en chemin
Commentaire n°11 posté par Thierry le 19/02/2011 à 22h12
" Il faisait loin depuis longtemps "

si beaux ces mots où tout est dit.

un texte qui me touche de coeur à coeur ... bang bang !!!

merci
Commentaire n°12 posté par Maria-D le 20/02/2011 à 09h22

Je réponds d'un sourire, et d'un merci aussi !

Réponse de Bifane le 21/02/2011 à 12h31
Je veux revenir sur tes paroles si belles et comme toujours épurées, tu ne connais pas les scories de la langue et fait jaillir de leur gangue des diamants purs et bien taillés.

Mais à tant aller on aller gise en fait car de rencontres en découvertes il y a certes ce qui nous surprend et nous suspend mais il y a aussi ce qui fait réagir d'instinctive manière.

Les prismes diffractant de lumière nous éclaboussent de rais opales et naissantes.

Il y a donc du déchet, du rejet et surtout ces échecs qu'on ne s'explique pas tout de suite, tout de suie enduit, car à aller au charbon on creuse et trouve une mine, gare à la calamine et aussi au grisou quand grisé de trois sous on est dans les dessous mais pas loin des décombres.

A tant aller vers l'autre jamais je n'ai rien regretté
même si je m'y suis prafois épuisé à attendre vainement un retour sans comprendre de suite que le don c'est un aller simple, on n'échète pas ida y vuelta on passe et puis c'est tout.

Merci cher bifane de permettre des expressions étendues et pas entendues
Commentaire n°13 posté par Thierry le 20/02/2011 à 09h58

On passe, et puis c'est tout.

En ce moment, c'est bien dans ce goût-là que je résumerais le tout. Sauf qu'on passe quelquefois bien lourdement, avec cette vieille rengaine entre deux pensées vagues, qui psalmodie son même refrain : mais qu'est-ce que je fous là ?

Réponse de Bifane le 21/02/2011 à 12h35
Sur les ailes de la curiosité j'ai volé depuis le blog de Kagire jusqu'ici et, belle découverte.
A binetôt.
Commentaire n°14 posté par Armando le 23/02/2011 à 05h51

Heureux battement d'ailes, donc. Merci de cette visite

Réponse de Bifane le 28/02/2011 à 11h02
C'est toujours un plaisir Bifane, de passer chez toi, poour regarder les nuages et s'imprégner de ta poésie ...
Commentaire n°15 posté par Balladine le 25/02/2011 à 11h16

Et c'est toujours un plaisir que d'apprendre qu'on en a donné ! Merci à toi, Balladine.

Réponse de Bifane le 28/02/2011 à 11h03
Oui Bifane, on passe et puis on se fane, on est parfois fan, parfois profane, rarement autant acteur que quand on ne les sait pas car l'action prend toute notre attention et nous retire alors ce miroir d'infortune ou d'infamie c'est selon devant lequel on se croit obligé de singer quelque autre qui nous sert soit disant de modèle ; un modèle réduit pour réducteurs de tête, une manie etle symbole d'une époque (on aime les petits modèles tout en haut) de la à grossir démesurément leur égo et leurs qualités, on voit tout ça s'effriter, un vernis se lézarder
et la révolte pointer le bout de son nez, quand à force on répond à côté ou bien feint d'ignorer, ou encore prétend donner le change et s'ingénier à faire croire qu'on a un quelconque levier.
Alors oui tout passe, tout lasse et parfois tout casse, nos carcasses sonnent le creux, nous sommes désemparés, pas violés par le duc, pas proespéres grâce à Mérimée, mais rimer nous rapproche et assemble des grâces multiples
c'est pourquoi je me sent souvent bien ici auprès de toi.
Merci
Commentaire n°16 posté par Thierry le 26/02/2011 à 15h12

Il y a des lieux, il y a des personnes, qui rassemblent nos pensées, celles à la dérive et d'autres plus lumineuses. Comme l'oiseau migrateur se pose avant de poursuivre son voyage.

Réponse de Bifane le 28/02/2011 à 11h06

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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