Il faisait loin depuis longtemps
et les silences s'envolaient
au revers des nuages,
je sentais la vie dans mon sang
où quelque chose me parlait
comme à travers mes âges.
Possible que je vienne
de ces marées,
d'où j'entends monter la rumeur,
comme à chacun la sienne,
ces voix sacrées
dans les vieux lexiques du coeur.
Si longue l'errance, au dedans,
de choix, vrais ou faux, ravalés,
de rêves d'enfants sages
et d'autres désirs indécents,
par tant de saisons emmêlés,
qui peignent nos voyages.
Possible qu'il me prenne,
l'âme serrée
de quelque regret ou de peur,
l'envie qu'il m'en souvienne,
comme à l'entrée
des vallées où l'on meurt.
Mais c'est encore loin devant,
et qui sait comme, à s'en aller,
on oublie son passage ?
Et même s'il viendra, le temps
de quelque regard désolé
pour ultime héritage ?
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
Devant, derrière, tout est loin, parfois si loin qu'on ne s'y retrouve plus. On ne sait que l'instant, ou du moins l'interprête-t-on comme on peut : ce sentiment présent, bousculé de ce que nous emportons, repoussé de qui adviendra, brinqueballé...
La danse des mers y pose un regard apaisant, si furieuse puisse-t-elle être : ce qui vient et s'en va, ce qui passe et repasse, infiniment, un peu comme nous.
Bises de lundi, mon ami !
Tu vois juste dans le bon détail, Sophie : ces si nombreuses occasions où nous avons prétendu choisir, et où, en effet, nous ne faisions tout au plus que réagir. Il y manquait la réflexion, le recul, le temps de laisser le sang se calmer, d'y voir plus clair. Il y manquait le temps, tout court, le plus souvent...
Mes bises du début de semaine, où la muse est venue me faire un petit clin d'oeil inattendu !
C'est que nous avons tous nos fouilles à faire, sans doute !
Tous tes textes depuis quelques temps tournent autour du même thème, de la même couleur, ni gris ni bleu, un peu mauve mais pas guimauve. La couleur du souvenir peut-être, celle du ciel par-dessus le chemin que l'on a parcouru. J'y ressens à y marcher à ta suite une sérénité qui pointe et qui est apaisante. Quelque chose comme un soupir, sans regret, sans tristesse.
Mes bises lumineuses même si sous une pluie battante, mon ami... :) ça fait du bien de te boire de temps en temps.
La couleur du souvenir ? Je l'aurais bien vue en sépia, comme de vieilles photos... Cela dit, je ne sais si je vais tant vers le souvenir. Il m'inspire à d'autres regards sur le présent, me laisse à penser d'autres avenirs, ou à les observer plus paisiblement... Ce sont les choses qui nous arrivent, à longueur de temps, qui finissent par nous aiguiser la conscience, nous donner de mieux distinguer le réel de l'illusoire, et peut-être à peser leur valeur, à l'un comme à l'autre...
Sans tristesse, en tout cas. Sans joie non plus. Avec de petites pointes d'humeur plsu ou moins heureuse selon les lieux où s'arrête le regard. On n'y change plus rien, de toutes façons, et pour ce qu'on se change soi-même, ce n'est que de très longue haleine. Si c'est en train, alors tant mieux.
Bises, Désirée, d'un Béarn assoupi sous une grisaille incertaine, après une généreuse brassée de journées ensoleillées.
Merci Balladine !
Le rythme, le sens , tout va ...vraiment bien là où il faut.
Du grand Bifane.
J'aime bien quand mes mots inspirent quelque musique à la lecture. C'est le signe que j'ai réussi à leur donner l'impulsion poétique que j'aime : celle qui chante à l'oreille en même temps qu'à l'âme...
Merci pour le compliment !
charmant cette quasi chanson
Ah ! Toi aussi ? Je vais commencer à croire que c'est une belle réussite alors ! S'il se peut qu'ils chantent, alors mes mots ont tout à fait la couleur que je leur veux. Outre ce qu'ils racontent, j'aime aussi qu'ils l'expriment d'une manière mélodieuse. L'un sans l'autre, et je trouve que c'est raté...
Merci donc, Thierry !
de bonheurs,de peines, d'espoirs,de doutes, d'errances, de
partage et de pièces manquantes, parfois les plus importantes.
L'image du puzzle n'est pas mal, Renaud. Il y a tant de pièces que nous buttons à trouver, à placer, et si longtemps avant que certaines zones commencent à laisser distinguer leur vrai visage...
Qui sait, ma chère Kodama ? D'aucuns, qui s'agitent et courent à longueur de temps, trépignent et sautent dans tous les sens, passent une décennie comme un seul jour, et la finissent presque identiques à ce qu'ils étaient au départ. Il y a de l'immobile désespérant là-dedans. D'autres, qui à peine voyagent le tour de leur jardin, bougent infiniment plus en eux, quoique le cul sur une chaise. Ce qui tendrait à démonter cette citation d'Audiard qui ne m'a jamais convaincu, quant au con qui marche...
Reste que tu t'en es peut-être aperçue aussi : certaines fois, quand il nous semble que rien ne bouge, que rien n'a avancé ni évolué depuis longtemps, tout à coup, on s'aperçoit tout au contraire qu'infiniment de choses ont changé. Quelque moment plongé en soi, d'une pensée qui nous saisit, dans laquelle nous descendons lentement. Et c'est parfois juste assez pour voir tout ce qu'on a bouleversé pendant qu'on se croyait statiques...
Oui, Cagire, comme un arrêt sur image, où l'image reprendrait tout l'essentiel à voir et à se souvenir. Et de cet ensemble, de son désordre apparent et de la lente manière dont se démêlent les choses au fil du temps, un regard vaguement ironique sur l'avenir et les ambitions ou aspirations illusoires qu'on y projette...
mais qu'est ce qui géne dans ce rembobinage
ce n'est ni le son ni l'image
bien sûr je n'ai rien d'un mage
on m'a longtemps pris pour un enfant sage
mais si de ma timidité j'ai été otage
depuis je me suis libéré à me mettre en nage
en eau trouble je double le cap de la cinquantaine
les balises ne sont pas toutes en place
mais j'arrive à peu près à me situer
entre les hommes et les femmes
Si tu le souhaites je peux t'envoyer les paroles de plusieurs chansons que j'a composé
à toi de voir avant que de lire
bien à toi et merci encore
ça va aller
et pour revenir je connais ce chemin par coeur
je suis sûr de ne pas me perdre en chemin
si beaux ces mots où tout est dit.
un texte qui me touche de coeur à coeur ... bang bang !!!
merci
Je réponds d'un sourire, et d'un merci aussi !
Mais à tant aller on aller gise en fait car de rencontres en découvertes il y a certes ce qui nous surprend et nous suspend mais il y a aussi ce qui fait réagir d'instinctive manière.
Les prismes diffractant de lumière nous éclaboussent de rais opales et naissantes.
Il y a donc du déchet, du rejet et surtout ces échecs qu'on ne s'explique pas tout de suite, tout de suie enduit, car à aller au charbon on creuse et trouve une mine, gare à la calamine et aussi au grisou quand grisé de trois sous on est dans les dessous mais pas loin des décombres.
A tant aller vers l'autre jamais je n'ai rien regretté
même si je m'y suis prafois épuisé à attendre vainement un retour sans comprendre de suite que le don c'est un aller simple, on n'échète pas ida y vuelta on passe et puis c'est tout.
Merci cher bifane de permettre des expressions étendues et pas entendues
On passe, et puis c'est tout.
En ce moment, c'est bien dans ce goût-là que je résumerais le tout. Sauf qu'on passe quelquefois bien lourdement, avec cette vieille rengaine entre deux pensées vagues, qui psalmodie son même refrain : mais qu'est-ce que je fous là ?
A binetôt.
Heureux battement d'ailes, donc. Merci de cette visite
Et c'est toujours un plaisir que d'apprendre qu'on en a donné ! Merci à toi, Balladine.
et la révolte pointer le bout de son nez, quand à force on répond à côté ou bien feint d'ignorer, ou encore prétend donner le change et s'ingénier à faire croire qu'on a un quelconque levier.
Alors oui tout passe, tout lasse et parfois tout casse, nos carcasses sonnent le creux, nous sommes désemparés, pas violés par le duc, pas proespéres grâce à Mérimée, mais rimer nous rapproche et assemble des grâces multiples
c'est pourquoi je me sent souvent bien ici auprès de toi.
Merci
Il y a des lieux, il y a des personnes, qui rassemblent nos pensées, celles à la dérive et d'autres plus lumineuses. Comme l'oiseau migrateur se pose avant de poursuivre son voyage.