Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 12:13

Aux bordures de l'est, d'où l'ombre était venue,

          l'horizon calme pâlissait ;

          l'air était frais encore,

          humide et silencieux.

Mon âme somnolait, en sa mémoire nue

          d'une amnésie qui rien ne sait,

          tandis que l'aube dore

          les êtres et les cieux.

J'avais longtemps marché sous d'éternelles nues,

          tandis qu'un autre jour passait,

          que les temps m'évaporent

          au sommeil d'autres lieux.

 

Cet esprit dans l'esprit, au sursaut des consciences,

          j'en entendais la voix :

          un murmure indistinct qui grogne ce qu'il pense

          de ce reste de soi.

 

J'étais presque un oiseau : un migrateur sans ailes,

          mais ni la pluie ni la chaleur

          ne réglaient mon errance :

          je n'allais nulle part.

Il fallait une route, un cours, une ruelle,

          n'importe... un axe vers ailleurs,

          vers l'inconnu immense

          d'un muet au revoir.

De la vie n'advenait, ni plus laide que belle,

          que l'indifférence à mon coeur,

          perdu dans les silences

          de raison et d'espoir.

 

Comme j'aurais laissé mon manteau à la neige,

          j'enlevais cette peau,

          ce derme, cette chair : que tout se désagrège

          et meure comme il faut.

 

Ni l'aurore non plus, qui ranimait l'espace,

          ni la paix d'une longue nuit

          n'inspiraient ma tendresse :

          animal sans émoi.

Peut-être avais-je mis le néant à sa place,

          toutes ces choses que l'on fuit

          à creuser nos détresses,

          à se trahir en soi...

J'attendais qu'à la fin l'inutile s'efface,

          ces fausses lueurs et ce bruit,

          et la laide promesse

          d'amour des ventres froids !

 

J'avais repris la main, ma volonté de vivre,

          sans bien savoir comment,

          enfin, il était temps que l'homme se délivre

          et qu'il vive vraiment.

 

 

Publié dans : Ceux qui s'évadent
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Commentaires

J'avais repris la main, ma volonté de vivre,

sans bien savoir comment,

enfin, il était temps que l'homme se délivre

et qu'il vive vraiment.


Oui juste ça, mais tout ça.

C'est vraiment bon de te voir grimper la pente, allez, encore un effort et tu vas sortir de l'ombre!

Mes bises occupées d'un lundi ordinaire :)
Commentaire n°1 posté par Désirée le 30/05/2011 à 14h17

C'est tout un programme que ce projet-là...

Mes bises en retour, d'un mardi tranquille, quoique pluvieux.

Réponse de Bifane le 31/05/2011 à 09h18
De très très belles images qui ne sont pas "juste" belles. Elles sont de cette sève qui resurgit. C'est bon de te lire à nouveau Bifane :)
Commentaire n°2 posté par Isabelle C le 30/05/2011 à 15h26

C'est étrange, quand on y pense, comme les choses qui reviennent, qui renaissent, qui reprennent en quelque sorte vie, soient en même temps, le plus souvent, celles qui nous effrayent le plus...

Merci de ta visite Isabelle !

Réponse de Bifane le 31/05/2011 à 09h19
Il y a quelque chose d'une délivrance dans ce poème aux réminiscences animales, dans le sens noble du terme.
Commentaire n°3 posté par balladine le 31/05/2011 à 11h15

J'aime bien ça, quand la notion animale prend un sens noble ! L'humain en manque si souvent...

Réponse de Bifane le 01/06/2011 à 09h37
C'est le tamtam de l'aube, une lumière qui s'amplifie dans le silence perlé des oiseaux. Car celui là, il a du rythme, un rythme profond qui se partage...
Commentaire n°4 posté par Vieux marmot le 31/05/2011 à 22h25

Quant au doute, tu me fais plaisir : j'avais quelques doutes pour celui-ci, justement !

Réponse de Bifane le 01/06/2011 à 09h38
...Peut-être que j'anticipe un peu, mais c'est ce rythme qui martelle mon sourire
Commentaire n°5 posté par Vieux marmot le 31/05/2011 à 22h31

Je suis flatté qu'il ait ce pouvoir !

Réponse de Bifane le 01/06/2011 à 09h39
Cher Bifane, on sent vraiment comme une force qui se lève et s'envole, pour produire le sens que tu cherches, que tout le monde cherche. Le Pisteur est sur une piste féconde...
La vie est trop courte pour la perdre dans des tâches aliénantes où l'on ne peut investir un peu de son cœur.
Je t'embrasse affectueusement, mon ami poète.
Commentaire n°6 posté par Sophie le 01/06/2011 à 09h04

C'est, comme souvent avec toi, la sagesse qui parle ! Tu as raison, la vie est trop courte pour la laisser échapper si bêtement. Il faut juste quelquefois trouver la bonne issue, et ronger son frein sans désespérer de la dénicher, si elle ne vient pas tout de suite.

Mes bises d'un matin ensoleillé, Sophie. A bientôt !

Réponse de Bifane le 01/06/2011 à 09h40
Bonjour Bifane...
Bon retour çà la vie! aussi incompréhensible que merveilleux. :)
Commentaire n°7 posté par alena le 01/06/2011 à 17h44

Tout comme son inverse, j'ai l'impression, non ? Enfin, au merveilleux près, évidemment...

Bonjour chez toi, Aléna !

Réponse de Bifane le 06/06/2011 à 10h00
Le cycle vernal vient conjuguer le souvenir et parier sur l'avenir, à l'embranchement il y a le début de l'épanchement , une confiance reconstruite, un pari intérieur et des perspectives renouvelées, alors pareil au phénix il s'offre à nouveau à nos regards
Commentaire n°8 posté par Thierry le 01/06/2011 à 21h34

Le printemps a certainement du bon sur nos humeurs, nos états d'âme, la capacité de nos tempéraments à "se refaire". Mais il reste trois autres saisons à passer dans une année. Il faudrait qu'on nous donne de quoi les aborder avec autant d'allant !

Réponse de Bifane le 06/06/2011 à 10h03
Attenter à l'envie et se remettre du passé pour se remettre en mouvement, patenté mais presque , en cela conforté et légitimé dans une reprise du chemin quand les interruptions et les pauses sont propices pour faire le point, et puis entendre tinter la couleur du voyage avant que de teinter les vêtements de la poussière par bon usage
c'est une veine qui s'ouvre pour laisser l'afflux du désir t'envahir tout entier et confier ton destin à tes pas après avoir jeté ta gourme mais pas oublié ta gourmandise de rencontres ici bas, et puis l'ébranlement c'est la remise en état et en perspective qui donne la force d'avancer.
Commentaire n°9 posté par Thierry le 02/06/2011 à 11h41

Dans le voyage, il y a la part du rêve et celle du réel. En fait, comme en beaucoup de choses... Mais j'aime assez l'image du voyage, dont le symbole rejoint si facilement le réel qu'ils finissent par s'y mélanger...

Réponse de Bifane le 06/06/2011 à 10h05
Belle écriture, c'est aussi reprendre les mots pour nous les faire vivre.
Commentaire n°10 posté par lutin le 04/06/2011 à 10h35

Ce serait un bon début, déjà ! Merci

Réponse de Bifane le 06/06/2011 à 10h05
De la vie n'advenait, ni plus laide que belle,

que l'indifférence à mon coeur,

perdu dans les silences

de raison et d'espoir.

je crois que je comprends ce qui vous a rendu sensible à mon texte

habituellement je ne suis pas séduite par la poésie rimée mais vous l'allégez tant! Elle devient musique

vous avez beaucoup de talent maintenant que je vous ai trouvé sur Google je reviendrai souvent
Commentaire n°11 posté par adeline le 06/06/2011 à 10h39

Je suis passé d'une forme très classique, que j'aimais bien au début, à quelque chose de plus libre et plus léger, où j'essaye d'insinuer une certaine musicalité, oui, qui se coulerait d'elle-même dans l'oreille du lecteur. La rime fait un peu partie de cette "quête" (bien grand mot, mais je n'en trouve pas d'autre sur le moment...), comme la cadence...

Enfin, tout ça n'est que de la forme, et sans le fond, on n'arrive à rien de toute façon, quelle que soit le chemin qu'on suit. Et vos textes ont ce côté très prenant, justement, sur le fond, que la forme sert sans y être asservie. C'est tout l'art d'une poésie vivante, à mon sens. Mais c'est très difficile à définir, quand on y pense, ce petit truc, ce détail, cette manière, qui font qu'on aime un style ou un autre, et quelquefois dans des registres très divers...

Merci de cette visite, surtout après une recherche qui demandait quelque curiosité.

A bientôt, Adeline !

Réponse de Bifane le 06/06/2011 à 12h27
vous la trouvez la musique pour moi si elle est parfois présente c'est d'elle-même . j'écris de la poésie parce que je ne suis pas musicienne . Mes deux enfants le sont
suis peut être un peu jalouse? et étais paresseuse?
je ne sais si vous reprenez vos texes pour y ajouter la rime mais elle me semble naturelle et justement elle passe avec légèreté
Pour moi vous avez un style qui vous est propre vous avez de la chance ce n'est pas donné à tout le onde
merci d'apprécier parfois mes textes ils sont surtout dictés par la sincérité j'aime les émotions
à bientôt je vais venir me promener et fouiller.
Commentaire n°12 posté par adeline le 06/06/2011 à 15h20

Non, la rime ne se rajoute pas, elle vient au moment d'écrire ou ne vient pas, et alors, je n'écris pas. C'est comme une vieille habitude, qui se coule toute seule dans les mots, de même pour le rythme, le jeu s'en fait naturellement, se cherche, se trouve, mais le tout se pose sur le moment. Les retouches ne tiennent qu'à des passages, à des choses en trop qu'on enlève, ou à d'autres qu'on a envie d'exprimer autrement.

La musique et la poésie vont bien de paire, je trouve. L'une peut appeler l'autre, les deux se confondre et s'épouser. Il y a un aboutissement certain dans leur rencontre, et il est rare d'en avoir l'occasion. Vous devriez profiter des talents de vos enfants, peut-être ? Leur proposer d'insinuer vos mots dans leurs notes...

Réponse de Bifane le 07/06/2011 à 11h22
Tout simplement de la musique pour le coeur...
Merci pour le partage.
Commentaire n°13 posté par marlou le 10/06/2011 à 06h00

Merci à toi aussi, Marlou.

Réponse de Bifane le 10/06/2011 à 10h01

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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