Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 12:13

Aux bordures de l'est, d'où l'ombre était venue,

          l'horizon calme pâlissait ;

          l'air était frais encore,

          humide et silencieux.

Mon âme somnolait, en sa mémoire nue

          d'une amnésie qui rien ne sait,

          tandis que l'aube dore

          les êtres et les cieux.

J'avais longtemps marché sous d'éternelles nues,

          tandis qu'un autre jour passait,

          que les temps m'évaporent

          au sommeil d'autres lieux.

 

Cet esprit dans l'esprit, au sursaut des consciences,

          j'en entendais la voix :

          un murmure indistinct qui grogne ce qu'il pense

          de ce reste de soi.

 

J'étais presque un oiseau : un migrateur sans ailes,

          mais ni la pluie ni la chaleur

          ne réglaient mon errance :

          je n'allais nulle part.

Il fallait une route, un cours, une ruelle,

          n'importe... un axe vers ailleurs,

          vers l'inconnu immense

          d'un muet au revoir.

De la vie n'advenait, ni plus laide que belle,

          que l'indifférence à mon coeur,

          perdu dans les silences

          de raison et d'espoir.

 

Comme j'aurais laissé mon manteau à la neige,

          j'enlevais cette peau,

          ce derme, cette chair : que tout se désagrège

          et meure comme il faut.

 

Ni l'aurore non plus, qui ranimait l'espace,

          ni la paix d'une longue nuit

          n'inspiraient ma tendresse :

          animal sans émoi.

Peut-être avais-je mis le néant à sa place,

          toutes ces choses que l'on fuit

          à creuser nos détresses,

          à se trahir en soi...

J'attendais qu'à la fin l'inutile s'efface,

          ces fausses lueurs et ce bruit,

          et la laide promesse

          d'amour des ventres froids !

 

J'avais repris la main, ma volonté de vivre,

          sans bien savoir comment,

          enfin, il était temps que l'homme se délivre

          et qu'il vive vraiment.

 

 

Publié dans : Ceux qui s'évadent
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Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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