Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 15:04

Ma bouteille à la mer,

          que je n'ai jamais prise,

          quoique pourtant vieux galérien...

Du haut des dunes,

          planté comme à l'envers,

          le cheveu à la brise,

          je songe aux naufrages anciens,

          aux vieilles lunes

          où passent en travers

          de vagues nuées grises

          en mes nuages aériens

          et sans rancune.

 

Ma bouteille à la mer,

          que charrient les écumes

          pour l'engloutir entre deux eaux,

          sans espérance,

          ne laissant dans les airs

          qu'un zeste d'amertume.

Comme serait l'odeur des mots :

          sans importance,

          que pour le chant des vers

          et de ce qu'ils allument

          dans l'âme, qui soit assez beau

          pour faire offense.

 

Ma bouteille à la mer,

          qui même en ma mémoire

          s'efface et se meurt dans la nuit

          bleue océane,

          parmi tout ce qu'on perd

          de si belles histoires,

          qui disaient pourquoi, qui je suis,

          comment je plane,

          la couleur du revers,

          l'essentiel illusoire,

          cette vérité qui nous fuit,

          belle et profane...

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
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Commentaires

Il y en a des choses, dans ta bouteille, Bifane...
Cette vérité qui nous fuit, nous fuira-t-elle toujours ? La trouverons-nous avant la fin ?
De quelles questions principales est-elle donc composée, finalement ? Qui suis-je ? Que puis-je espérer ? Comment me comporter avec autrui ? Comment être sage sans être résigné?
Enfin, ce sont celles que je me pose sans cesse, en tout cas...
Je t'embrasse fort, Bifane, ça fait plaisir de retrouver sa plume de nuage.
Commentaire n°1 posté par Sophie le 17/05/2011 à 17h33

Il doit y en avoir dans toutes les bouteilles, je suppose... La mienne, que je jette à la mer, et que je pourrais parfois jeter contre un mur... Et tant d'autres. Certaines si lourdes qu'elles doivent couler dans la première vague.

D'aucuns disent qu'il ne faut pas se plaindre. Soit. Ne nous plaignons pas, peut-être est-il plus discret, plus élégant de se laisser crever en silence ? Et puis quelquefois, aussi, il y a tant de choses qui s'ajoutent les unes aux autres, de vieux, de moins vieux, qui se mêlent à l'actuel et à l'à-venir. En faire la liste, ce serait interminable. Autant laisser couler. Jeter des bouteilles à la mer, de temps en temps, c'est plus poétique que les sacs plastiques, et ne pas signer, que le partage n'oblige à rien.

La vérité finit peut-être pas nous être forcément ennemie, tant nous lui tournons autour sans la toucher, tour à tour attirante et repoussante, essentielle et impossible. La vie est une composition, forcément. Certains ont un talent de compositeur, je pense, que d'autres n'ont pas. Il y a là un art de vivre très mal partagé, et dont je me demande si l'on peut réussir à le cultiver.

Il n'en reste pas moins que je partage tes questions. Ce genre de questions qui se renouvellent d'elles-mêmes, tant la réponse d'un jour n'a plus aucune réalité avec celle que demande le lendemain. De ce point de vue, la vie présente un bel intérêt. Il faudrait, pour rendre la chose meilleure, que nous puissions plus souvent nous laisser aller à notre goût, non pas dans un sens anarchique ou égoïste, mais dans celui d'une justice qui répondrait à nos aspirations, et à laquelle je me sens si souvent obligé de faire entorse, jusqu'à rendre la trahison habituelle, naturelle. C'est par là, peut-être, qu'on finit par se perdre définitivement. Mais par là aussi, sans doute, qu'on peut trouver les plus belles issues, puisqu'elles demeurent les plus incertaines.

Mes bises ensoleillées, Sophie, et mes remerciements pour ta visite

Réponse de Bifane le 18/05/2011 à 14h17
Il y a des questionnements qui tournent en rond, sans fin, sans trouver d'issue, comme les cyclone au-dessus des océans. Peut-être que lorsqu'on trouve une porte fermée il faut faire le tour de la maison, voir si celle de derrière ne serait pas ouverte. Comme faire le tour de la question. Et puis s'il n'y a pas de réponses aux questions, les mettre en bouteille et puis les jeter, les jeter vraiment. Parce qu'on a pas le temps. J'attrape une dizaine aujourd'hui, et mon temps désormais m'est plus que jamais compté. Certains vivraient deux fois plus vite, je vais vivre deux fois plus lentement, goûter tout jusqu'au tréfonds, regarder intensément, respirer à pleins poumons. VIVRE vraiment et plus en surface, dans les tourbillons. En jetant des bouteilles qui voguent sans fin.

"Cueillez cueillez..." disait Ronsard dépité.


Enfin, je ne sais pas si j'ai bien compris où tu voulais en venir. Je ne voudrai pas avoir l'air de radoter (déjà?? ^^) Je suis venue le lire deux fois, trois fois, j'avais juste envie de crier sottement "bleu" et "beau". Je ne sais pas pourquoi il m'évoque le poème que j'ai posté chez moi, ou celui-ci, de Gabrielle Marquet que j'adore:

Plage

Il y a tant de lumière de lait
tant de coquilles bleues vernies
écartelées sur le sable.

Tant de ciel carré
debout sur la mer.

Qu'il faut aimer
sous peine de sabotage.

Mes bises du jour ♥
Commentaire n°2 posté par le 18/05/2011 à 08h29

Je ne sais pas si on a ou non ce fichu temps de vivre. Très sincèrement, je ne sais pas. On l'a, et on le vend, on le perd, on le laisse aller, de n'avoir pas su le préparer, le préserver, le cultiver. Le temps me paraît, au quotidien, interminable. Cinq jours de non-vie, à digérer chaque semaine, avant d'arriver à deux jours qui nous appartiennent relativement, et dont le deuxième est déjà à moitié pourri de celui qui doit suivre. Ce n'est qu'un quotidien, banal et médiocre, sans intérêt, duquel il n'y a rien à dire, si ce n'est qu'on s'y perd.

En même temps, les années passent, la vie s'étiole, le monde blémit et l'horizon s'immobilise. Il y avait mieux à faire, certainement. Ce chemin n'était pas le meilleur, pas le pire non plus, mais les tempéraments insatisfaits ne savent pas se contenter de pis-aller, c'est ce qui finit par les rendre aigris et détestables, au bout du compte. Il doit y avoir quelque chose, comme un déclic mais à l'envers, qui se produit en silence, et qui fait tomber de Charybde en Scylla, de l'état d'insatisfaction à l'état aigri. Là-dessus, je me demande où j'en suis ? Ma bouteille à la mer pourrait bien lui demander ça, par exemple : suis-je encore en quête de quelque chose, ou me suis-je résigné à ce qu'il n'arrive jamais rien dont je puisse me réjouir assez pour échapper à ce sentiment de vanité et de gâchis ? Au moins suis-je devenu, d'une certaine manière, exemplaire : il m'arrive de parler d'avenir à ma grande fille (la petite n'en a pas encore l'idée), et de lui expliquer comme il faut se préparer bien à l'avance, ne pas se laisser prendre de cours, "sinon, tu feras comme moi : tu t'emmerderas le plus clair du temps, toute ta vie".

Bon, mais que disais-je à Sophie ? Il ne faut pas se plaindre. Du reste, à dire tout le vrai, je n'ai pas sujet de me plaindre pour tout, loin s'en faut, et je devrais avoir la sagesse de me réjouir du beau et du bon que j'ai, et que tant d'autres n'ont pas. Cette sagesse-là me fait défaut, à l'évidence. C'est un grave et pesant défaut !

Il y a, comme qui dirait, de la remise en question dans l'air... C'est de ça, sans doute, cette bouteille à la mer... Mais ne m'en demande pas davantage : je ne saurais te dire. En fait, il y a eu un moment où je renonçais à publier des poèmes dont je pressentais que je serais en peine de les expliquer. C'était bien bête. Certains disaient quelque chose que j'avais envie de dire, et à la réflexion, c'est une raison suffisante pour les publier. Le reste se fait comme il peut. En l'occurrence, je n'ai pas la traduction, ou pas le désir d'aller dans le détail. Je ressens plus que j'entends, et je ressens qu'il y a des choses à bousculer que j'ai trop longtemps laissées traîner. Le quotidien a besoin d'une dose de TNT. Je pense qu'on va lui offrir quelque chose comme ça...

Mes bises du jour à toi aussi, Désirée !

Réponse de Bifane le 18/05/2011 à 14h34
Absolument, il y a un art de vivre qui s'apprend et se cultive; certains ne l'apprendront jamais, et mourront aigris. Jusqu'à un certain point, c'est à dire si certaines conditions de possibilité pour une vie bonne sont présentes, l'harmonie se décide, ne se reçoit pas comme cadeau aléatoire.
Je crois qu'il faut être sage, mais pas amer ou empreint de regrets de ne pas jamais avoir osé. T'as envie de bousculer des choses ? Vas-y, Bifane, tu as tous mes encouragements !
Bises tout pleins
Commentaire n°3 posté par Sophie le 18/05/2011 à 17h41

Des choses à bousculer, oui, il y en a pas mal. Il y aurait de moi à bousculer avec elles aussi, mais j'ignore au juste par quel côté.

Mes bises à toi aussi, Sophie !

Réponse de Bifane le 19/05/2011 à 13h57
Une bouteille à la mer...

Quelques mots enterrés

Dans un abri de verre,

Le parfum ensablé

D’un rêve de cristal

Qui jamais ne se perd

Tant il est sidéral

Autant qu’il nous est cher.


Une bouteille à la mer...

Comme une main tendue

Au bord de l’éphémère,

Un vent suspendu

A l’abri d’une terre

Qui jamais ne s’éloigne

De la douce lumière

D’un astre qui témoigne

Qu’au delà des frontières

Demeurent des secrets

Sur lesquels, naguère,

Nos rêves ont vogué...
Commentaire n°4 posté par Gavarnie le 21/05/2011 à 00h48

En écrivant cette bouteille à la mer, je pressentais qu'elle trouverait un écho. C'est une image qui nous parle, quand bien même on n'aurait jamais vu la mer, ni jamais caché le moindre mot dans une bouteille...

Réponse de Bifane le 23/05/2011 à 12h27

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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