Vendredi 10 juin 2011 5 10 /06 /Juin /2011 15:57

D'où suis-je maintenant que ces quelques racines

          ont vu leur terre se fermer ?

                    De quel mur tombé des frontières ?

Là-bas, ceux que j'aimais...

          Le bord du monde au jet de pierre,

          ou n'est-ce qu'un fossé que les regrets ravinent ?

 

Le monde n'attend rien du temps qu'il donne à vivre,

          foulé d'anonymes passants.

 

Ce chemin, sous nos pas, on croit qu'on le dessine...

          On ne saura jamais

          combien de serments, de prières,

          de sanglots désarmés...

A peine un regard en arrière,

          et tout n'est qu'illusion de ce qu'on imagine.

 

On vient de nulle part, et ce combat qu'on livre

          cesse aux perles du premier sang.

 

N'importe quelle voie, l'humaine ou la divine,

          la vie ne nous promet

          que quelques instants éphémères.

Le temps de nous aimer,

          gorgés d'une foi téméraire,

          puis le silence est là, où nos âmes déclinent.

 

Que ces instants, du moins, nous tuent et nous enivrent

          d'une naïveté d'amants !

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
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Commentaires

Tout je donne tout, pour le vers de la fin qui est un coup de soleil! "Des naïvetés d'amants" oh comme c'est bien dit, de ces éblouissements du début de l'amour, du premier baiser, des souffles emmêles pour la première fois comme si on respirait l'âme de l'autre, son essence en même temps que son odeur. Cet emballement des coeurs à l'unisson où l'on se sent si vivants, on peut en éprouver un peu de regret quand les années ont un peu émoussé la chamade, la remplaçant par plus de douceur, de tendresse, moins d'exigence, peut-être. Et tout l'art consiste justement à les conserver, les retrouver au détour des habitudes, du quotidien, ces belles naïvetés d'amants et ces instants fulgurants de bonheur éphémère.
Commentaire n°1 posté par le 10/06/2011 à 18h33

Ah Désirée ! qu'est-ce que ça me plaît que tu l'ais accroché, celui-là. C'est drôle, il "chantait" moins que les autres, à la relecture, mais je n'ai pas pu me résoudre l'enlever : c'était vraiment celui qui me "parlait" le plus, le plus justement. Ce qu'il m'évoque raconte tant de choses, possède en soi un sens si doux, qu'il semble avoir son histoire à lui tout seul...

Mes bises du jour, début de week-end, avant un départ pour Albi, où l'on va visiter un village, paraît-il l'un des plus jolis du pays : Corde-sur-ciel, il s'appelle. C'est déjà un très beau nom... 

Réponse de Bifane le 11/06/2011 à 08h36
l'éphémère, la vie n'est faite que de cela, nous attendons plus, mais le bonheur est une foultitude d'éphémères, les amants éphémères, mais si souvent retrouvés pour un laps de temps, l'habitude tue, l'attente est excitante, l'éphémère on le capte car il est le vent qui passe, s'arrête et repart toujours dans la même attente du tourbillon.
Commentaire n°2 posté par lutin le 11/06/2011 à 20h31

Le vent, l'éphémère... oui, des choses comme celles-là donnent une définition assez juste du "bonheur", qu'on est bien fou de vouloir arrêter et fixer. Par nature, il ne peut être qu'un instant, un passage, et quand bien même il n'est pas impossible qu'il se répète, je ne vois pas qu'il puisse demeurer à l'état inébranlable. Mais peut-être qu'avec beaucoup de sagesse et de volonté, on peut trouver le moyen de recommencer, de le rafraîchir et lui redonner vie...

Réponse de Bifane le 14/06/2011 à 11h09
malgré les derniers vers j'en ai le coeur serré...
Commentaire n°3 posté par saadou le 12/06/2011 à 20h27

Je suis en train de songer qu'un coeur serré ne l'est souvent que d'avoir mis beaucoup, beaucoup de choses dedans...

Réponse de Bifane le 14/06/2011 à 11h05
La vague et son retrait ....

L'attachement prend son temps de ligature, il voyage en léger bagage d'un possible choix. Libre, il donne à mesure qu'il reçoit, ça l'enchante. Il garde en son terreau les muscs mêlés, ça sédimente.
Commentaire n°4 posté par Isabelle C le 15/06/2011 à 02h13

La botanique au service de la philosophie ! N'aurais-tu pas une certaine tendresse pour l'amusante conclusion de Candide à son maître Pangloss ?

Merci de ta visite Isabelle !

Réponse de Bifane le 15/06/2011 à 12h07
Il résonne fort et grave, ce poème... Nous fait se sentir si petits sur la terre, malgré cette force qui nous anime et nous porte au fil des instants...
Commentaire n°5 posté par Cagire le 16/06/2011 à 23h14

Se sentir si petit, et à la fois si rempli de ce qui nous hante, nous transporte, nous traverse et nous émeut. Nous retient aussi... Nous sommes des animaux plein de paradoxe...

Réponse de Bifane le 17/06/2011 à 13h05
Oui, c'est bien ça, ici ce n'est pas le rythme qui me prend, ce sont les images, avec des décrochements comme sans doute certains de tes paysages. J'ai vu ton étrange lucidité dans le commentaire à Dé...
Commentaire n°6 posté par Vieux marmot le 16/06/2011 à 23h40

De la lucidité ? Tu m'en vois ravi... Ce n'est pourtant pas ce qui m'aide à vivre, à vue de nez. Mais peut-être est-ce précisément ce qui peut nous en empêcher ?

Réponse de Bifane le 17/06/2011 à 13h07
Illusion et éphémère... Oh dis, mon ami Bifane, ta mélancolie a un goût de Schopenhauer, dirait-on... Mais il y a le dernier vers, en effet, qui nous éclaire. L'amour, n'est-ce pas, c'est la façon d'enchanter notre monde, de sublimer un peu notre condition. A titre expérimental, j'aurais tendance (s'il s'agit de ce truc qui flambe entre hommes et femmes, je ne parle pas des autres formes d'amour, comme l'amour parental, par exemple) à le traiter aussi d'illusion mortifère, mais à titre philosophique, je lui accorde encore du crédit...

Ah, Corde, je l'ai dans mes bouquins de Moyen-Age, çà a l'air superbe, t'as pris des photos ?

Plein de bises, ami Pisteur.
Commentaire n°7 posté par Sophie le 17/06/2011 à 17h27

Mais l'illusion et l'éphémère ne sont-ils pas dans la part essentielle qui définit nos vies ? Et quant au péril que représente l'illusion, n'est-ce pas justement là où elle est la plus belle qu'elle est aussi la plus périlleuse : ce à quoi nous nous accrochons, ces fragments de vie qui nous servent de fondations, et qui nous laissent comme morts quand ils s'effondrent ?

Tu sembles mettre beaucoup de mépris sur l'amour qui peut brûler entre l'homme et la femme. Enfin, c'est l'impression, du moins, que tu donnes (que tu souhaites donner ?). Je ne peux aller si loin : ces moments, si illusoires furent-ils (mais je ne connais rien, au fond, qui ne le soit pas...), font partie des plus beaux et des plus vibrants que j'aie connus, ceux au cours desquels j'en ai certainement appris le plus sur l'existence et sur moi-même.

Corde, oui, on a fait quelques photos, dans lesquelles j'ai commencé à trier un peu. Il y en a de jolies, pour lesquelles je ferai peut-être un petit album un de ces jours...

Bon week-end, Sophie, et merci de ta visite !

Réponse de Bifane le 18/06/2011 à 09h29
Se peut il que le tant me manque
on a beau corner sans piston dans la coulisse
et écorner notre mince viatique (ce qui n'est pas capital)
mais a t on intérêt à perdre de vue laisse en ciel
on ne peut que se contenter de ce que l'on a
si l'on ne veut pas être tendu en permanence
vers des "à voir" qui ne sont que chimères
parce que un tu l'as vaut mieux que deux tu l'auras
l'aura des aurores pointe l'aube comme un éternel recommencement.
Commentaire n°8 posté par Thierry le 18/06/2011 à 10h37

Se contenter de ce qu'on a. Un premier pas vers la sagesse, sans doute, un remède à l'éternelle insatisfaction du poète rêveur et songe-creux, qui renouvelle son pourquoi à l'existence à longueur de temps. Ce pourquoi duquel, depuis quelques temps, je m'essaie à passer au comment, sans grand succès pourtant, tant l'un et l'autre semble imbriqué dans ma perception de la vie. Et pourtant, il y a certainement une solution à trouver par là. Et le moyen, justement, d'apprendre à se contenter de ce qu'on a, si peu que ce soit, si incomplet au regard de nos aspirations profondes, lesquelles, à bien y regarder, ne sont pas toujours vraiment les nôtres, tant nous nous laissons gruger par le monde extérieur, ses sirènes et son strass, qui finissent par nous convaincre, peu ou prou, bon gré mal gré, qu'il y aurait quelque bonheur à posséder davantage, et encore et toujours... Chimères, tu l'as dit ! Je te le reprends et l'adopte, bien volontiers ! Mais nos chimères ne sont-elles pas un peu ce qui nous ressemble le mieux ? Au moins disent-elles, ou murmurent-elles pour le moins, une facette parmi d'autres de ce que nous sommes, quand bien même nous nous ingénions à nous y refuser. L'exemple de cette manie consumériste, pour ne prendre que celui-là : même à nous inscrire en faux contre ses miroirs aux alouettes, nous n'y sommes pas moins pris, à nous y mirer à notre tour, malgré toutes nos préventions...

Reste à nous détacher de tout ce superflu, inutile ô combien ! Et retrouver l'essentiel, oui ! Là aussi, je te suis. Cet essentiel qui finirait par nous échapper, à force de nous être dissimulé et remplacé par les erzats si séducteurs d'un monde d'apparence...

Tout ça fait beaucoup de choses à chercher, ou à retrouver. Voilà pour le moins de quoi nous occuper...

Réponse de Bifane le 22/06/2011 à 11h48
Je relis Tristan et Iseut en ce moment et je ne sais si c'est sous l'effet d'un quelconque philtre, j'ai beau filtrer, le doute s'infiltre mais la brulure est là encore qui marque au fer rouge; je ne peut dire que ça me plait ni que c'est la plaie, cela existe voilà tout!
Commentaire n°9 posté par Thierry le 18/06/2011 à 10h42

Et nous avons à faire (affaire ?) avec ce qui existe, à nous débattre comme nous pouvons avec ce qui nous tient et nous retient. J'apprécie ce doute, même dans nos goûts les plus intimes, les plus simples, qui revient à mettre en question ce que nous sommes par rapport à ce que nous aimons. Appliquer quelque filtre là-dessus relèverait d'une belle adresse, et d'une psychologie qui ne serait pas de comptoir. Trouver l'homme derrière son idéal, car l'idéal, si beau soit-il, si aimé et caressé, n'est pas l'homme lui-même. Plutôt un fantasme de lui, plus haut qu'un rêve, puisque s'il peut envisager d'aller un jour jusqu'à la réalisation d'un rêve, il sait bien que l'idéal, par définition ou presque, lui échappera toujours.

Réponse de Bifane le 22/06/2011 à 11h52
Mépris, non, c'est que mes mots m'entraînent plus loin que je ne le voudrais et je m'en excuse; peut-être parce qu'ils sont le vecteur de ma tristesse profonde; çà arrive quand on est malheureux du fait d'un amour très menteur...
Oui, çà serait bien de voir tes photos de Corde !
Bises de dimanche, ami Bifane, je t'espère une bonne journée.
Commentaire n°10 posté par Sophie le 19/06/2011 à 09h40

En lisant ta réponse, je souriais en me disant que ces mots trop loin avaient quelque chose d'égoïstement rassurant : il se dégage une telle sagesse dans la profondeur de réflexion de ton écriture, qu'on s'attend peu à te trouver dans une de ces ornières où les sentiments dépassent la réflexion et jettent les mots plus loin que la raison. Même si ce n'est là qu'un petit geste, rien qu'un vague et tout petit excès, il me montre que, même bien plus loin en avant sur le chemin du devenir, comme tu me semble l'être plus que moi, on arrive encore à se laisser prendre par ses humeurs. Et j'aime bien cette petite tâche d'humanité défaillante dans l'image quelque peu idéale que je me fais de toi, à la lecture de tes pensées, chez toi.

Réponse de Bifane le 19/06/2011 à 16h11

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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