Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 12:59

Ceux qui vont et s'en vont,

          à tant boiser nos vies

          qu'on ne sait trop

          s'ils s'édifiaient d'âme si belle

          qu'elle nous reste, au fond,

          à brillanter la lie

          dessous ma peau,

          comme à nous espérer des ailes.

 

Est-ce qu'ils nous voyaient

          pour le vrai que nous sommes,

          ou mieux, qui sait,

          que je me puisse voir moi-même ?

Peut-être qu'ils payaient

          à nous rendre des hommes,

          à nous pousser

          vers ces heureux esprits qui s'aiment ?

 

Vous disaient-ils aussi

          ce chemin en arrière,

          à témoigner

          des rares beautés du courage ?

Tous ces anciens défis

          et ces vieilles ornières

          où j'empoignais

          la belle fureur de mon âge...

 

Ceux qui vont et s'en vont,

          ces yeux qui nous suivirent...

Leur don de soi

          pour sa beauté ou sa noblesse.

Ce qui m'en reste, au fond,

          je ne saurais bien dire :

          c'est tout en moi

          ce qu'il faut tenir de promesse.

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
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Commentaires

Echos...

Partent-ils...

Ne sont-ils plus alors ...

Que des ronds dans l'eau qui répercutent...les images



Confiées à nos miroirs les plus secrets ?

A bientôt.
Commentaire n°1 posté par la vieille dame le 11/01/2011 à 14h25

Lesquels partent et lesquels quittons-nous ? Il n'est pas impossible que ce ne soit là qu'un mélange hasardeux, où chacun va son chemin. Je ne vois pas de coupable, juste des pas qui vont où ils doivent, où ils peuvent. Et s'ils ne sont plus, c'est que nous avons la mémoire courte ! Pour ma part, c'est une chose que je cultive avec attention, étant souvent occupé à me replonger dans le passé, où je retrouve ceux qui ont compté, même si peu que ce soit, et où, souvent, je comprends mieux quelle a été leur importance dans ma vie. J'ignore quelle fut la mienne dans la leur, mais ça n'a pas grande importance. Je crois qu'il n'est pas mal de se donner l'habitude de n'attendre rien des autres, non par défiance, mais pour éviter cette misérable rancoeur des âmes comptables, qui ne se trouvent jamais assez bien payées, et le plus souvent dans cet autre écueil de n'avoir rien donné elles-mêmes, encore qu'elles en caressent obstinément l'illusion...

Réponse de Bifane le 11/01/2011 à 16h03
C'est drôle comme ça fait écho en moi ce poème. J'ai la tête en arrière ces jours-ci. Sans regret réel parce que ceux que j'ai laissé glisser hors de mes yeux et de mon coeur, je pense que c'était parce que le temps de compagnonnage s'achevait tout simplement.La semaine dernière je suis passée sur des blogs que je fréquentais il y a quatre ou cinq ans. Je m'en suis éloignée peu à peu, parce que j'ai évolué et puis certaines relations ne me correspondaient peut-être plus aussi, je crois. La vie n'est pas statique. On est passants. On va, on vient, il y a des tas d'ombres et de fantômes dans mon environnement virtuel. Je visite en silence ces personnes que j'ai connue et dont j'ai été proche, c'est ma manière de prendre de leurs nouvelles. Je n'éprouve pas le besoin de renouer, mais j'aime savoir qu'ils ou elles sont encore là. Puis il y a ceux qui eux, ont totalement disparu de la toile, je pense à eux, que sont devenus Térence, Lionel et Edwige qui m'avait envoyé des madeleines? Je l'ignore mais je pense à eux avec tendresse...
Commentaire n°2 posté par Désirée le 11/01/2011 à 14h41

C'est tout justement ce que je ressens : cette séparation sans drame ni rancoeur, juste parce que les êtres vont leur chemin, et que d'avoir le plaisir d'y marcher quelques temps avec eux ne leur donne pas l'obligation d'y être toujours et jusqu'au bout. J'ai autrefois caressé cette étrange lubie, n'y étant pourtant pas si fidèle moi-même, dans l'idée que seul le temps assermentait le sentiment. Or, plus j'y songe et me souviens des multiples rencontres que j'ai faites, réelles ou virtuelles, et plus je m'aperçois que le temps n'y fait rien : ceux qui n'ont fait que passer ne valait pas moins que ceux qui sont restés. Il n'est là qu'une question de trajectoires, et la valeur des sentiments n'en est pas changée.

 

C'est drôle, ce que tu dis des lieux que tu fréquentais autrefois, et que tu ne visites plus que silencieusement. J'en ai moi-même quelques uns. Pour certains, ce sont des personnes qui, sans doute, n'apprécieraient pas que je leur laisse un mot, mais que j'ai plaisir à relire. Pour d'autres, ils ont suivi un de ces chemins vers lequel le mien n'allait pas, ni pire ni meilleur, juste autre. Et c'est vrai qu'il est agréable, pourtant, d'y retourner parfois, juste pour voir s'ils sont toujours là...

 

Réponse de Bifane le 11/01/2011 à 16h12
Ce que j'ai oublié d'écrire c'est que j'ai considérablement "grandi" grâce à mes relations sur le web. J'ai fréquenté des personnes avec de belles qualités humaines, des gens "savants" également, et tous m'ont enrichi c'est incontestable. Je pense qu'on ne mûrit que les uns par rapport aux autres dans des échanges sans cesse renouvelés, le partage et la bienveillance. Et puis s'il n'y avait eu la toile, jamais je n'aurai rencontré la Poésie...alors oui, les autres, même passants, nous apportent beaucoup et parfois sans même s'en douter.

ps: tu n'aurais pas la possibilité d'agrandir la fenêtre pour écrire son commentaire, elle est vraiment étroite et pas pratique quand on veut faire long...


Bises!
Commentaire n°3 posté par Dé le 11/01/2011 à 14h49

Ah ça, oui ! Incontestablement ! Les rencontres que j'ai faites sur le Net m'ont apporté infiniment plus, dans l'écriture et son approche, que les années que j'avais passées à n'écrire que pour les fonds de tiroir, abreuvé seulement aux classiques et ne concevant rien d'autre. Ce croisement de cette expérience, pauvre par isolement, avec celles d'autres plumes, d'autres sensibilités, m'a ouvert de nouveaux horizons de façon inattendue.

 

Pour la taille des fenêtres de commentaires, figure-toi que je réponds dans les mêmes, sans pouvoir les élargir non plus. Je m'y suis fait, mais c'est vrai que c'est peu pratique...

 

Mes bises du jour, Désirée !

Réponse de Bifane le 11/01/2011 à 16h16
Ton poème à la première lecture m'a d'abord fait penser aux anciens, à nos aieux, qui ont traçé le chemin pour nous et puis en relisant une seconde fois (toujours à voix haute) j'ai pensé à celles et ceux que nous croisons sur les chemins de la vie, qui nous ont aidé parfois à sortir des ornières et qui passent en nous laissant seuls mais enrichis de ces rencontres.
Commentaire n°4 posté par Balladine le 11/01/2011 à 21h25

Les anciens qui tracent la voie, je ne doute pas qu'on le retrouve souvent. Chez moi aussi, un peu, mais à la vérité, si peu... Il y a des choses qui m'en restent, mais les grandes lignes me viennent d'ailleurs, les grandes aspirations, les valeurs sur lesquelles on se fonde pour avancer dans la vie, toutes ces choses me viennent de rencontres ultérieures et de personnes extérieures à la famille. Celles et ceux que nous croisons sur les chemins de la vie, comme tu dis. Ces personnes-là ont eu beaucoup plus d'influence et m'ont poussé vers d'autres horizons, que je n'aurais pas seulement imaginés sans elles. Je leur garde une reconnaissance profonde, qui n'enlève rien à la tendresse que je garde pour ceux "de mon sang", mais le "sang étranger" répond plus justement à ma raison d'être et à mon devenir.

 

Réponse de Bifane le 12/01/2011 à 10h53
contente de lire un poème de vous.
J'ai moi aussi pensé aux anciens. mais je ne crois pas que ce soit incompatible avec ce poème?
Un des plus réussis, je trouve.
Commentaire n°5 posté par aléna le 12/01/2011 à 12h14

Merci Aléna.

Aucunement incompatible, en effet : chacun y trouve ce qu'il veut. Je trouve que cette variété dans les enrichissements de chacun montre bien quelle drôle d'espèce nous sommes, et à quel point notre singularité est prononcée. Ce qu'il faudrait réussir, c'est à admettre toutes ces différences sans les juger irrecevables pour ce qu'elles ne nous ressemblent pas, et pour autant qu'elles n'attentent ni à la vie ni à sa dignité. Nous avons tous, je crois, un long chemin à faire pour y parvenir. Mais y tendre, c'est déjà un début.

Réponse de Bifane le 12/01/2011 à 14h00
J'aime beaucoup celui-ci, mais en fait, pour être franche, je n'ai jamais rien lu ici qui me déplaise ! Parfois, tu sembles rappeler en toi une brume épaisse, et puis d'autres fois, en bon pisteur, tu suis les nuages jusqu'à ce qu'ils se délitent dans un ciel bleu...
Ceux qui laissent en nous leurs traces, il peut y en avoir beaucoup, au fur et à mesure qu'on avance dans la vie. Le don de soi, ça s'apprend, ça se travaille, ça se mûrit; il y en a qui donne peu : j'aime bien ce que tu dis sur les âmes comptables, qui mesurent savamment ce que l'autre leur apporte mais d'eux-mêmes ne sont guère généreux, oubliant que les liens humains de qualité sont réciproques ou ne sont pas...
Je t'embrasse, cher Bifane, bonne journée à toi.
Commentaire n°6 posté par Sophie le 13/01/2011 à 13h40

Ces âmes comptables m'ont longtemps porté sur les nerfs, jusqu'à les regarder finalement comme tant d'autres défauts qu'on observe, et desquels il faut savoir se dire que, si on ne les partage pas, on doit en avoir soi-même qui hérissent les autres tout autant. Cela ne veut pas dire que je m'efforce à quelque commerce avec ce type de personnes, mais que j'essaie de les éviter sans pour autant les condamner, ce qui, d'abord ne les change en rien, et ensuite ne m'apporte pas davantage à moi. Vains remuements sans intérêt...

 

 

Je t'envoie mes bises de ce fameux jour de la semaine où les obligations nous pèsent le moins, attendu qu'on ne les supporte plus que pour quelques heures, avant de n'avoir plus à s'occuper que de ce qui nous intéresse. Et je te souhaite un bon week-end.

Réponse de Bifane le 14/01/2011 à 12h51
ça interroge en tout cas ... et m'évoque un peu ce tout petit livre de Bobin "l'autre visage" que vous connaissez sans doute, où il fait se rencontrer les êtres dans un monde sans vision physique.
Je m'amuse parfois à me représenter les échanges sur notre Babelweb, comme d'immenses mers où les courants chauds ou froids, se frôlent, se mélangent voire se fusionnent. Des "déplacements" drainant des flux de températures variables, assez volatiles somme toute.
Et puis... quand la rencontre de corps s'opère, quand la vision replace dans sa violence relative, les repères de nos appartenances respectives sur tous les plans que nous connaissons à force, tellement bien, ceux des standards socio-culturels mais aussi ceux de nos projections personnelles, s'engage alors une autre construction. Il y a comme un envahissement du champ du subtil qui faisait que quelque chose se parlait de l'autre à moi. Il arrive qu'il survive.
Je ne vois aucune différence avec le sujet qui nous préoccupe tant que celui du lien d'amour. De son passage obligé par la désillusion.
Finalement, ça devient quelque chose comme: "j'aime comme il me fait rêver" plutôt que "je le rêve pour le supporter"...
Commentaire n°7 posté par Isabelle C le 14/01/2011 à 08h31

Ah ! Bobin ! Depuis le temps que j'en entends parler... Eh non ! je ne l'ai toujours pas lu. Il serait temps de m'y mettre !

 

Ici, je pensais à la fois aux échanges que nous avons sur le Net et à ceux que nous trouvons aussi dans la réalité. Je les distingue pour des détails qui n'empêche pas que, chaque fois que je les mets en comparaison, je suis toujours amusé d'y voir finalement si peu de différence que je m'étonne d'entendre ou de lire encore si souvent des critiques amères du monde virtuel. Qu'est-ce qu'on lui reproche dont le réel serait exempt ? D'ailleurs, le passage de l'un à l'autre, de mon point de vue, n'a jamais fait que confirmer des sentiments qui s'étaient déjà révélés. Et certes, on ajoute quelque chose à se voir, à s'entendre, qui est un réel plaisir, mais je n'ai jamais été surpris de ce que je découvrais. Enchanté, toujours, mais pas surpris. D'autres relations sont demeurées virtuelles, qui n'y ont rien perdu. Le lien, quand il se tisse, nous accompagne son bout de chemin, et il ne me semble pas nécessaire de le "réaliser" pour l'éprouver. C'est une option, charmante à coup sûr, mais pas incontournable.

 

Aussi bien, les relations éphémères du virtuel ne m'évoquent-elles rien d'autre que celles du réel, qui parfois ne le sont pas moins. Les illusions que nous pouvons nous faire, les charmes qui passent, les complicités qui se font et se défont, la réalité m'en a donné autant. Et j'ajoute ce petit paradoxe entre le durable et l'éphémère, où parfois, ce qui dure a moins d'importance que ce qui n'a fait que passer. On le voit tous les jours : ces relations que nous avons au quotidien, parmi lesquelles le plus grand nombre ne nous touche pas, ne nous est ni précieux ni insupportable, juste indifférent. Et dans nos souvenirs, de certaines personnes qui nous ont à peine croisé, et dont nous avons conservé le meilleur souvenir, pour quelque essentiel que nous y avons trouvé. Ce qui m'amène à penser que le temps, dans son aspect durable, n'y fait rien : ce n'est pas la durée qui fait la valeur, mais juste le contenu. Et un instant, à lui seul, peut contenir infiniment.

 

Réponse de Bifane le 14/01/2011 à 13h13
Je rebondis sur le com d'Isabelle. "L'autre visage" est une pure merveille! Il est dans la petite pile de livres toujours à portée de main et bourré de post-it. Si tu veux je le scanne et je te l'envoie. C'est pas long à lire, mais c'est d'une densité!

Bonne journée le Loup :)
Commentaire n°8 posté par Désirée le 14/01/2011 à 08h52

Ah tiens ! Mais ce serait une très bonne idée, ça ! Cela dit, je ne voudrais pas te coincer des heures sur ton scanner non plus. Mais peut-être m'en saisir quelques unes des premières pages, histoire de me mettre l'eau à la bouche ?

 

Justement, je veux interrompre la lecture que je fais en ce moment, juste après le volume que je suis en train de lire, qui est celui du fils, écrit le plus récemment de toute la série, mais qui s'intercale dans celle-ci, après le septième... J'ai lu quelques remarques sur La Boétie et Montaigne, qui sont de cette époque-là, et notamment sur un ouvrage de La Boétie, qui était très jeune au moment de l'écrire (mais il est mort très jeune aussi, il faut dire...), sur la servitude volontaire. Je trouve que c'est très à propos, dans les années que nous vivons, justement. Et comme c'est un petit livre, je pense que je vais le découvrir avant de poursuivre la grande épopée avec Robert Merle, dont le prochain volume met en scène le fils du héros qu'on a suivi au cours des sept précédents...

 

Bref, bref... J'y pourrais bien mêler un peu de Bobin, quand bien même ce serait hors-sujet, mais histoire de varier un peu les plaisirs !

 

Bonne journée à toi aussi, Désirée, et merci encore !

Réponse de Bifane le 14/01/2011 à 13h18
à ceux qui laissent tant en chemin
ceux qui laissent à désirer
qui croient nous tenir en laisse
ceux pas à l'aise mais pleins de venin
eux pour qui le temps s'est étiré
Tu nous offres toujours des pistes de réflexion insolites
alors comment taire ce qui affleure
Commentaire n°9 posté par Thierry le 15/01/2011 à 09h36

A tous ceux-là, que nous ne manquons pas d'être nous-mêmes, quelquefois, au hasard des traverses qui mettent si durement à l'épreuve nos plus nobles idéaux. Toutefois, il me semble qu'à en ressortir finalement avec toujours le désir de les caresser, ou d'avoir même parfois su les protéger au prix de nos vils intérêts du moment, nous sauvons une part d'âme qui nous permet de lui espérer plus de noblesse et de valeur, un jour, loin devant, si nous parvenons jusque là...

Réponse de Bifane le 16/01/2011 à 17h37
Cher Bifane je voulais commenter briévement ton échange avec désirée, juste pour te dire que j'ai appris il n'y a pas si longtemps sur la revue Histoire, je crois que ce qui liait Montaigne et la Boétie était sans doute autre et qu'au détour de leurs écrits il y a des indices qui tendent à accrditer l'idéequ' ils seraient tous les deux descendants de marranes et qu'ils s'inscriraient donc dans une belle et longue tradition philosophique d'al Andalus !
Commentaire n°10 posté par Thierry le 15/01/2011 à 09h42

J'avoue que tu dépasses là cette fort modeste culture que je me taille à la petite semaine. Mais justement, je vais interrompre ma lecture de Robert Merle, dans un moment où Fortune de France marque une pause, entre deux générations, et quoiqu'on ne soit pas encore à la fin du règne de Henri IV. J'en profite pour m'évader le temps de quelques pages, avant de reprendre les romans de Merle, d'abord dans une biographie de Montaigne, écrite par Stefan Zweig, pour lequel j'ai une grande et déjà ancienne admiration, puis dans Les pages immortelles de Montaigne par André Gide, lequel m'est inconnu encore, si ce n'est d'en avoir entendu parler. Peut-être trouverai-je dans cette digression de lectures quelques éclaircissements sur ce que tu me racontes là ?

Réponse de Bifane le 16/01/2011 à 17h45
Je viens de relire en rétro tous ces échanges et le moins que je puisse dire c'est que tu ne me laisses jamais de marbre et que cette fois les coms approfondissent et prolongent de belle manière, car en plus de la matiére la forme est si soignée et élégante comme si l'écrin était à l'écran qui ne manque pas de cran sans oublier le crin, car frotter son cuir aux autres et sa tête donc, n'est ce pas ce plus beau des cadeaux qu'on se fait.
Merci Bifane, il est des matins poins gris après des semaines longues et compliquées.
Commentaire n°11 posté par Thierry le 15/01/2011 à 09h52

Ce sont d'abord ces échanges qui m'ont attiré sur BabelWeb, après en avoir essuyé l'inanité dans les forums, qui naissent avec de très belles promesses, mais ont une bizarre tendance à mal vieillir, soit qu'on se lasse de tant s'y investir, soit qu'on finisse par s'y prendre trop au sérieux, soit encore pour des raisons qui tiennent à notre nature humaine, et qu'il serait trop long de développer ici. Mais dans les blogs, l'humeur est différente. On n'est contraint nulle part : on lit et l'on commente là où nous porte l'intérêt ou le goût du moment, on peut échapper aux politesses vaines, on échange avec des personnes d'élection plus que par un commerce obligé, et pour ma part, j'y ai trouvé mon compte et mon plaisir. Je suis heureux de pouvoir donner parfois, à ceux qui viennent par ici, un peu du plaisir ou de l'enthousiasme que j'ai pu trouver ici ou là, sur les blogs de tant d'autres, dont Sophie, que nous lisons fidèlement toi et moi, n'est pas des moindres.

Réponse de Bifane le 16/01/2011 à 17h50
Ces êtres avec qui on a fait un bout de chemin, qui ont compté pour nous, qu'on recroise parfois longtemps plus tard, que l'on chérit toujours même si on ne sait plus rien de leur vie, à l'enterrement desquels on va, alors que çà fait si longtemps que l'on ne s'est pas vus...
" c'est tout en moi ce qu'il faut tenir de promesses...": être à la hauteur de soi même, et ce n'est pas toujours facile...
Commentaire n°12 posté par Laura le 15/01/2011 à 11h07

Je redoute assez cette saison de perdre ceux qui ont tant compté, en dehors du cercle familial. Il s'en trouve tant qu'on ne remplacera pas, qui laisseront après eux un insondable vide, que nul ne comblera ni ne consolera... Ce sont des épreuves d'une cruauté terrible, dans une vie, que rien ne peut justifier ni expliquer, et comment nous en consolerions-nous... Ce qu'il faut tenir de promesses, par là, prend un sens d'une grandeur que je ne parviens pas seulement à me figurer, sans doute parce que nous n'avons pas la possibilité de les tenir toutes ?

Réponse de Bifane le 16/01/2011 à 17h56
bleus ou noirs, tous aimé, tous beaux
des yeux sans nombre ont vu l'aurore
ils dorment au fond des tombeaux
et le soleil se lève encore

Sully Prud'homme dans son poème
" les yeux " ( à lire absolument "
permet de se convaincre que les morts
gouvernent les vivants.
Commentaire n°13 posté par renaud le 17/01/2011 à 00h37

Je ne te répondrai pas, Renaud, que je n'accorde aucun crédit à ce que je ne puis pourtant nommer autrement qu'hypothèse. Je suis ce qu'il est convenu d'appeler un agnostique : qui ne crois ni ne décrois, et je prétends, à force d'y avoir pensé, rêvé, supposé, qu'il ne nous appartient pas d'acquérir aucune certitude en ce domaine. Balançant dans ce doute permanent, qui s'encontre lui-même et se renie à mesure qu'il s'affirme, je vais aussi quelquefois vers ces pensées d'un ailleurs, puisque, pour incertain qu'il soit, il n'en est pas pour autant impossible. Et ce poème de Sully Prudhomme parle si bien de ce faible espoir que je ne puis passer outre sans le partager, peu ou prou. Le sentiment, là-dessus, se laisse aller aux humeurs du moment, quand on penche pour la raison seule et maîtresse à expliquer nos vies, leur sens, leur origine et leur devenir. Il suffit pourtant que je mette dans ces yeux certains des miens pour leur vouloir aussi une vie plus loin, ailleurs, autrement. Et cependant, quand je songe aux tristesses qui achèvent souvent nos vies, à force d'y pleurer ceux qui nous ont quitté, ceux qui ne veulent plus de nous, ceux qui nous ont renié, blessé, ceux qui nous en veulent à raison... quand je songe au poids de tout cela, il me vient l'idée que de pouvoir, en quelque temps, quelque lieu, quelque autre dimension, s'en départir définitivement, quitte à perdre aussi le plus beau, vaut peut-être mieux. Mais j'en reste là à l'état de question, finalement, car il n'y a pas grand chose à y affirmer, il me semble...

 

Merci pour la lecture de ce poème, que je n'avais jamais faite, et qui m'a enchanté. Bonne journée à toi, Renaud.

 

Réponse de Bifane le 17/01/2011 à 13h20
Je ressens bien tout ça, comme c'est dit.
Les commentaires aussi souvent me parlent, sans "truchement"(ça, c'est pour Robert Merle, vieux souvenir. Je ne retiens pas grand chose de mes lectures, sauf des traces de plaisir et quelques fois, des résurgences...)
Commentaire n°14 posté par Vieux marmot le 18/01/2011 à 22h09

La lecture ne demande peut-être pas à être toujours une leçon ? L'apprendre, belle ambition, mais finalement, la prendre, comme une main amie, n'est-ce pas suffisant, voire bien mieux ? Outre l'évasion qu'elle nous autorise, ce que j'aime, dans la lecture, ce sont les pensées qu'elle aide à naître : elle doit nous accoucher, non nous contraindre, voilà la grande idée ! C'est de la sorte, je crois, que lisait Montaigne...

Réponse de Bifane le 20/01/2011 à 07h24
Souvent je me sens regardée, téléguidée, ceux qui partent ont encore main mise sur nous.
Commentaire n°15 posté par lutin le 20/01/2011 à 10h59

Est-ce une main qui vient d'ailleurs, ou est-ce celle dont nous gardons le souvenir ? Toute la question est peut-être là, de toute foi d'ailleurs, quelle qu'elle soit : croit-on pour ce que nous ressentons de l'extérieur ou pour ce que nous espérons de l'intérieur ? Question sans réponse, évidemment... Mais quoi qu'il en soit, ceux qui partent gardent en effet une certaine part dans nos choix, nos ressentis : ce qu'ils ont insinué en nous demeure. Je le ressens de même.

Réponse de Bifane le 21/01/2011 à 15h51
Oui, c'est tout à fait ça. Je parle plus souvent en sensations qu'en expression, voire qu'en réflexion, mais c'est ça et j'aime les rebondissements des uns sur les autres, tant que les particularités se respectent ou mieux, s'aiment. "Nous accouchent", c'est le mot. Tu vois, tu n'accouches pas uniquement des nuages, mais aussi des marmottes
Commentaire n°16 posté par Vieux marmot le 20/01/2011 à 21h22

La sensation, si elle pouvait parvenir à l'expression, produirait quelque chose de sublime. Je gage que nos plus grands auteurs, les immortels, ont réussi ce tour de force, et que c'est précisément ce qui nous les rend si lumineux.

 

Mais quant à accoucher les autres, je ne crois pas que quiconque y soit réellement pour quelque chose : il me semble que nous avons ça en nous, que nous nous accouchons nous-mêmes, là où nous avons notre goût et notre potentiel. Les autres ne sont pas les guides : ils ne font qu'agiter les occasions, et jamais seuls : nous les agitons avec eux. C'est l'échange de l'un à l'autre qui produit l'accouchement de l'esprit, de la pensée. Même le penseur solitaire ne procède pas autrement : c'est par le truchement (nous y revenons !) de son vécu qu'il élabore sa pensée. Ce sont les rencontres de son existence et tout ce qui en a découlé qui lui permettent de la construire.

Réponse de Bifane le 21/01/2011 à 15h56
Oui. T'es en forme toi en ce moment! Mais y a un concept qui m'échappe, c'est "construire son existence". J'ai bien des idées, mais je les laisse voguer. Parfois elles reviennent, accomplies, c'est rare.
Commentaire n°17 posté par Vieux marmot le 21/01/2011 à 22h47

C'est la pensée, que je parlais de construire, Vieux Marmot, pas l'existence. Je ne suis pas assez pragmatique, je crois, pour envisager l'existence comme une construction, si bien que lorsque je parle de "poser sa pierre", dans mon esprit, j'envisage bien plus l'image du kern qu'édifient les randonneurs sur les bords des sentiers, que celle d'un quelconque bâtiment...

Réponse de Bifane le 24/01/2011 à 12h09
Construire sa pensée, oui, en la frottant délicatement à celle des autres. N'est-ce pas ce que l'on fait ici, entre autres bel et fécond espace ?... Ah, bienheureux Bifane, tu es dans les Fortune de France ! Je les ai tant lus que mes exemplaires tombent en loques; et quel plaisir de voir mon fils les lire à son tour ! - les six premiers sont à mon avis les meilleurs; après, ma foi, j'ai l'impression que la verve se perd un peu.
Bonne lecture, et plein de bises amicales !
Commentaire n°18 posté par Sophie le 24/01/2011 à 17h05

J'en suis arrivé à ce moment où la carrière de Pierre de Siorac touche apparemment à sa fin. Revenu de ses dernières missions au service du roi Henri IV, lui et son ami Miroul coulent leurs vieux jours dans leurs domaines voisins. C'est là aussi que s'intercale le volume écrit par le fils de Robert Merle, et qui, dans le cours de l'histoire, se trouve être le journal de Miroul, lequel revient sur les premiers temps de Mespech. Il est moins intéressant, mais on s'y laisse prendre. Olivier Merle a voulu reprendre, à la suite de son père, la parladure de l'époque, mais après un ou deux chapitres où il maîtrise à peu près la chose, les suivants déçoivent un peu : moins bien maîtrisés, avec qui plus est une erreur récurrente de français, qu'il arrive à coller à presque toutes les phrases des personnages. Quand on s'en aperçoit, elle devient vite pesante. L'histoire est d'ailleurs plus resserrée sur les héros de Mespech, sans trop d'intérêt historique, si ce n'est le décorum. Enfin, une autre erreur s'est glissée sous la plume d'Olivier Merle, qui a oublié a quel degré de familiarité Pierre et Miroul en étaient arrivés. Tu te souviens peut-être que leur relation évolue beaucoup au fil des romans, si bien qu'à la fin, Miroul devient plus proche de son maître que le propre frère de ce dernier. Ils fraternisent, près de se traiter d'égal à égal, et la relation du maître au valet est bien loin. Or, Olivier Merle oublie si bien cela que leurs relations, dans son livre, sont revenues des années en arrière : ils se vouvoient à nouveau, Miroul n'appelle plus Pierre par son prénom, lui donne à nouveau du maître, et ils n'ont plus de ces amusantes prises de bec qu'ils avaient dans les volumes de Robert Merle, c'est déroutant et décevant, et jusqu'à la fin du livre, je n'ai pas pu m'y faire.

 

Pour l'heure, j'ai laissé la suite des Fortunes de France en attente. Conscient de ce que les personnages vont changer, que je vais perdre Pierre de Siorac et son cher Miroul, et comme on arrive à la fin du règne de Henri IV, j'ai voulu marquer une pause avant de poursuivre. C'est l'occasion de m'intéresser à des personnages qui m'ont intrigué dans le cours de ma lecture de Merle, pour aller faire mieux connaissance avec eux. Montaigne, dont je viens de lire la biographie écrite par Stefan Zweig (son dernier livre, je crois bien...), et en ce moment Marie Stuart, du même auteur, qui présente le personnage très différemment de ce quelle est dans les romans de Robert Merle. Il faut dire, à la décharge de Merle, que ses romans sont censés être le journal d'un partisan de la religion réformée, et qu'en tant que tel, il était naturel qu'il n'ait pas de sympathie particulière pour Marie Stuart, fervente adepte de l'église papiste et, qui plus est, descendante de la maison de Guise. Stefan Zweig me la présente, ces jours-ci, d'un autre point de vue, tout à fait intéressant, et d'une belle plume, là aussi. Ah ! et puis, en pied de nez à certain triste sire qui l'a dépréciée, je me suis aussi offert le plaisir de découvrir La Princesse de Clèves, un peu plus reculée dans l'histoire, mais d'une plume comparable à celle de Laclos. Bref, je ne sors plus de l'histoire, qui me passionne !

 

Mes bises à toi aussi, Sophie, et à bientôt !

Réponse de Bifane le 24/01/2011 à 17h25
Ben oui! J'avais louché sur mon écran. "Construire sa pensée", je conçois mieux...chez les autres; je trouve ça fascinant. Chez moi tout fout le camp. Bigbang ce serait prétentieux. C'est plutôt comme Jackie qui essaie de rassembler les morceaux de cervelle de John sur le capot de la voiture. Je suis Jackie et John.
Commentaire n°19 posté par Vieux marmot le 24/01/2011 à 22h02

Ah bin non : c'était pas sur le capot, c'était sur le coffre ! Sur le capot, on n'a vu à ce moment-là que les mains des gardes du corps qui couraient à côté de la voiture, comme c'était alors de règle. Même que j'ai vu un film où Clint Eastwood reprenait du service et courait encore à côté d'une voiture de Président, et que ça lui mettait méchamment les boules, vu qu'il était plus en âge de pratiquer, mais qu'il voulait quand même faire comme si, parce que ça va bien de s'entendre dire qu'on est trop vieux, merde-à-la-fin (comme qui dirait), si ces p'tits cons croient que j'peux pas trotter comme un cabri à côté d'une bagnole, j'm'en vais t'leur faire voir qu'il a encore la ressource qu'il faut le papy, que ça va leur en faire une belle en travers... A la fin, quand même, on voit bien qu'il est essoufflé, ça l'fait pas trop. Mais il a bien couru quand même, et personne lui file un verre d'eau, c'est quand même dégueulasse... Mais c'est Clint Eastwood, et on sent bien qu'ça va pas s'passer comme ça, et que le béjaune à la con en costard trois-pièces, s'il a encore toutes ses dents à la fin du film, c'est certainement parce qu'il a plus de nez !

Réponse de Bifane le 25/01/2011 à 12h54
Eh bien, ce que tu dis du livre d'Olivier Merle me dissuade utilement de le lire ! Quel étrange parti pris de modifier ainsi les rapports entre Pierre de Siorac et son cher Miroul ! Quant aux volumes qui suivent les 6 tomes originels, ils sont de Robert mais ils n'égalent pas les premiers; c'est le fils de Pierre de Siorac (sa mère étant la duchesse de Guise) qui prend le relais, et on découvre la cour de Louis XIII. Le langage a évolué, pour coller au XVIIè siècle, et c'est plutôt logique, mais le souffle romanesque n'est plus là. Dommage. Comme si l'auteur n'avait pas senti qu'il fallait s'arrêter là. C'est comme le septième tome des Rois Maudits (Quand un roi perd la France), il est raté... Je n'ai pas lu les biographies dont tu parles, encore une lacune ! Ah, cher Bifane, tu aimes l'histoire, c'est un beau point commun ! Je t'embrasse, à bientôt !
Commentaire n°20 posté par Sophie le 25/01/2011 à 10h40

Je ne voulais pas faire si mauvaise presse à Olivier Merle, dont le livre n'est pas tout à fait sans intérêt. Ce qu'il fait raconter à Miroul lui est assez propre, et la jeunesse du valet et futur chevalier ne laisse pas de captiver le lecteur. Certes, sa relation avec Pierre laisse un goût d'inaccompli au lecteur, encore tout imprégné des dernières lignes lues chez Merle père, et j'avoue que je n'ai pas su passer au-dessus du détail, qui me chagrinait fort. Mais pour quelqu'un qui a achevé la lecture des Fortunes de France depuis lurette, et qui prend le livre d'Olivier Merle, comme ça a été le cas de ma chère et tendre épouse, il paraît que le retour au source n'est pas sans charme. Le titre de livre est "L'avers et le revers", et si je ne le porte pas aux nues, je crois pourtant que, pour quelqu'un qui a apprécié la grande saga Merlienne, ce doit être un petit morceau de gourmandise à ne pas dédaigner.

 

Les Rois maudits de Druon, je les ai lus il y a déjà fort longtemps. Je ne saurais plus te dire combien ils comptaient de volumes, et d'autant moins que la version que j'en ai rachetée il y a peu les réunit tous en un seul, ce qui fait un gros bouquin pas très commode à manipuler... N'empêche qu'après les Fortunes de France, j'ai bien l'intention de reculer plus loin dans l'Histoire, et d'aller reprendre cette tranche d'histoire, et retrouver Philippe Le Bel, dont j'ai gardé un souvenir confus. Il faut dire qu'à l'époque où je le lisais, je n'avais pas encore Internet, et qu'il était moins facile et naturel d'aller chercher des renseignements sur les personnages que je croisais sous la plume de Druon. Ce que je fais beaucoup en lisant Merle, et qui me permet non seulement de mieux suivre le récit dans la partie consacrée aux personnages historiques, mais encore de mieux m'en souvenir.

J'ai ainsi découvert quelques sites historiques très bien faits et documentés et, qui plus est, plutôt bien écrits, tout à l'opposé de Wikipédia qui, non content déjà de donner des informations quelquefois complètement erronées, le fait en plus dans un style auprès duquel celui d'un quotidien local passerait pour de la littérature... Je passe ainsi pas mal de temps entre Memo et La France pittoresque, sur lesquels j'ai trouvé une source d'informations remarquable, dans un style agréable. J'en essaye quelques autres, à l'occasion, mais il s'en trouve beaucoup qui ne font que reprendre les faits dans une chronologie fastidieuse à parcourir, au lieu de tourner ça dans un résumé bien lêché qui agrémente davantage le lecteur.

 

Je t'envoie mes bises, Sophie, et je repasse bientôt chez toi : j'ai lu ton nouveau texte hier soir. Première lecture, grand plaisir déjà, mais tu sais comme j'aime à te lire deux fois avant de t'en dire quelque chose... A bientôt donc !

Réponse de Bifane le 25/01/2011 à 13h08
...Admettons qu'aujourd'hui, j'opte pour un passage moins silencieux, c'est un non-sens comme un défi à la raison...
Mais si ton coeur a sourit, j'ai également pris ma part de soleil.
merci pour tes mots...
Alba
Commentaire n°21 posté par alba le 25/01/2011 à 13h08

C'est une heureuse surprise, Alba, que j'accueille avec un sourire jusque derrière les oreilles ! Pourquoi un non-sens ou un défi à la raison ? Je suis flatté de lire entre tes lignes que tu passes quelquefois me lire en silence, et si tu prends quelque plaisir à me lire, j'en suis plus flatté encore.

A moi donc de te remercier, ma chère Alba, pour le plaisir de ton passage moins silencieux que de coutume !

Réponse de Bifane le 25/01/2011 à 13h14
Parce que se manisfester comme un clown qui sort de sa boîte pourrait paraître absurde, quant au défi à la raison, la liste n'est pas exhaustive hihi...
Merci pour ton sourire... Le temps chez moi n'exerce pas son pouvoir en ce qui concerne l'oubli.
A très bientôt sur tes pensées vagabondes
Commentaire n°22 posté par alba le 25/01/2011 à 13h35

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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