Ceux qui vont et s'en vont,
à tant boiser nos vies
qu'on ne sait trop
s'ils s'édifiaient d'âme si belle
qu'elle nous reste, au fond,
à brillanter la lie
dessous ma peau,
comme à nous espérer des ailes.
Est-ce qu'ils nous voyaient
pour le vrai que nous sommes,
ou mieux, qui sait,
que je me puisse voir moi-même ?
Peut-être qu'ils payaient
à nous rendre des hommes,
à nous pousser
vers ces heureux esprits qui s'aiment ?
Vous disaient-ils aussi
ce chemin en arrière,
à témoigner
des rares beautés du courage ?
Tous ces anciens défis
et ces vieilles ornières
où j'empoignais
la belle fureur de mon âge...
Ceux qui vont et s'en vont,
ces yeux qui nous suivirent...
Leur don de soi
pour sa beauté ou sa noblesse.
Ce qui m'en reste, au fond,
je ne saurais bien dire :
c'est tout en moi
ce qu'il faut tenir de promesse.
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
Partent-ils...
Ne sont-ils plus alors ...
Que des ronds dans l'eau qui répercutent...les images
Confiées à nos miroirs les plus secrets ?
A bientôt.
Lesquels partent et lesquels quittons-nous ? Il n'est pas impossible que ce ne soit là qu'un mélange hasardeux, où chacun va son chemin. Je ne vois pas de coupable, juste des pas qui vont où ils doivent, où ils peuvent. Et s'ils ne sont plus, c'est que nous avons la mémoire courte ! Pour ma part, c'est une chose que je cultive avec attention, étant souvent occupé à me replonger dans le passé, où je retrouve ceux qui ont compté, même si peu que ce soit, et où, souvent, je comprends mieux quelle a été leur importance dans ma vie. J'ignore quelle fut la mienne dans la leur, mais ça n'a pas grande importance. Je crois qu'il n'est pas mal de se donner l'habitude de n'attendre rien des autres, non par défiance, mais pour éviter cette misérable rancoeur des âmes comptables, qui ne se trouvent jamais assez bien payées, et le plus souvent dans cet autre écueil de n'avoir rien donné elles-mêmes, encore qu'elles en caressent obstinément l'illusion...
C'est tout justement ce que je ressens : cette séparation sans drame ni rancoeur, juste parce que les êtres vont leur chemin, et que d'avoir le plaisir d'y marcher quelques temps avec eux ne leur donne pas l'obligation d'y être toujours et jusqu'au bout. J'ai autrefois caressé cette étrange lubie, n'y étant pourtant pas si fidèle moi-même, dans l'idée que seul le temps assermentait le sentiment. Or, plus j'y songe et me souviens des multiples rencontres que j'ai faites, réelles ou virtuelles, et plus je m'aperçois que le temps n'y fait rien : ceux qui n'ont fait que passer ne valait pas moins que ceux qui sont restés. Il n'est là qu'une question de trajectoires, et la valeur des sentiments n'en est pas changée.
C'est drôle, ce que tu dis des lieux que tu fréquentais autrefois, et que tu ne visites plus que silencieusement. J'en ai moi-même quelques uns. Pour certains, ce sont des personnes qui, sans doute, n'apprécieraient pas que je leur laisse un mot, mais que j'ai plaisir à relire. Pour d'autres, ils ont suivi un de ces chemins vers lequel le mien n'allait pas, ni pire ni meilleur, juste autre. Et c'est vrai qu'il est agréable, pourtant, d'y retourner parfois, juste pour voir s'ils sont toujours là...
ps: tu n'aurais pas la possibilité d'agrandir la fenêtre pour écrire son commentaire, elle est vraiment étroite et pas pratique quand on veut faire long...
Bises!
Ah ça, oui ! Incontestablement ! Les rencontres que j'ai faites sur le Net m'ont apporté infiniment plus, dans l'écriture et son approche, que les années que j'avais passées à n'écrire que pour les fonds de tiroir, abreuvé seulement aux classiques et ne concevant rien d'autre. Ce croisement de cette expérience, pauvre par isolement, avec celles d'autres plumes, d'autres sensibilités, m'a ouvert de nouveaux horizons de façon inattendue.
Pour la taille des fenêtres de commentaires, figure-toi que je réponds dans les mêmes, sans pouvoir les élargir non plus. Je m'y suis fait, mais c'est vrai que c'est peu pratique...
Mes bises du jour, Désirée !
Les anciens qui tracent la voie, je ne doute pas qu'on le retrouve souvent. Chez moi aussi, un peu, mais à la vérité, si peu... Il y a des choses qui m'en restent, mais les grandes lignes me viennent d'ailleurs, les grandes aspirations, les valeurs sur lesquelles on se fonde pour avancer dans la vie, toutes ces choses me viennent de rencontres ultérieures et de personnes extérieures à la famille. Celles et ceux que nous croisons sur les chemins de la vie, comme tu dis. Ces personnes-là ont eu beaucoup plus d'influence et m'ont poussé vers d'autres horizons, que je n'aurais pas seulement imaginés sans elles. Je leur garde une reconnaissance profonde, qui n'enlève rien à la tendresse que je garde pour ceux "de mon sang", mais le "sang étranger" répond plus justement à ma raison d'être et à mon devenir.
J'ai moi aussi pensé aux anciens. mais je ne crois pas que ce soit incompatible avec ce poème?
Un des plus réussis, je trouve.
Merci Aléna.
Aucunement incompatible, en effet : chacun y trouve ce qu'il veut. Je trouve que cette variété dans les enrichissements de chacun montre bien quelle drôle d'espèce nous sommes, et à quel point notre singularité est prononcée. Ce qu'il faudrait réussir, c'est à admettre toutes ces différences sans les juger irrecevables pour ce qu'elles ne nous ressemblent pas, et pour autant qu'elles n'attentent ni à la vie ni à sa dignité. Nous avons tous, je crois, un long chemin à faire pour y parvenir. Mais y tendre, c'est déjà un début.
Ceux qui laissent en nous leurs traces, il peut y en avoir beaucoup, au fur et à mesure qu'on avance dans la vie. Le don de soi, ça s'apprend, ça se travaille, ça se mûrit; il y en a qui donne peu : j'aime bien ce que tu dis sur les âmes comptables, qui mesurent savamment ce que l'autre leur apporte mais d'eux-mêmes ne sont guère généreux, oubliant que les liens humains de qualité sont réciproques ou ne sont pas...
Je t'embrasse, cher Bifane, bonne journée à toi.
Ces âmes comptables m'ont longtemps porté sur les nerfs, jusqu'à les regarder finalement comme tant d'autres défauts qu'on observe, et desquels il faut savoir se dire que, si on ne les partage pas, on doit en avoir soi-même qui hérissent les autres tout autant. Cela ne veut pas dire que je m'efforce à quelque commerce avec ce type de personnes, mais que j'essaie de les éviter sans pour autant les condamner, ce qui, d'abord ne les change en rien, et ensuite ne m'apporte pas davantage à moi. Vains remuements sans intérêt...
Je t'envoie mes bises de ce fameux jour de la semaine où les obligations nous pèsent le moins, attendu qu'on ne les supporte plus que pour quelques heures, avant de n'avoir plus à s'occuper que de ce qui nous intéresse. Et je te souhaite un bon week-end.
Je m'amuse parfois à me représenter les échanges sur notre Babelweb, comme d'immenses mers où les courants chauds ou froids, se frôlent, se mélangent voire se fusionnent. Des "déplacements" drainant des flux de températures variables, assez volatiles somme toute.
Et puis... quand la rencontre de corps s'opère, quand la vision replace dans sa violence relative, les repères de nos appartenances respectives sur tous les plans que nous connaissons à force, tellement bien, ceux des standards socio-culturels mais aussi ceux de nos projections personnelles, s'engage alors une autre construction. Il y a comme un envahissement du champ du subtil qui faisait que quelque chose se parlait de l'autre à moi. Il arrive qu'il survive.
Je ne vois aucune différence avec le sujet qui nous préoccupe tant que celui du lien d'amour. De son passage obligé par la désillusion.
Finalement, ça devient quelque chose comme: "j'aime comme il me fait rêver" plutôt que "je le rêve pour le supporter"...
Ah ! Bobin ! Depuis le temps que j'en entends parler... Eh non ! je ne l'ai toujours pas lu. Il serait temps de m'y mettre !
Ici, je pensais à la fois aux échanges que nous avons sur le Net et à ceux que nous trouvons aussi dans la réalité. Je les distingue pour des détails qui n'empêche pas que, chaque fois que je les mets en comparaison, je suis toujours amusé d'y voir finalement si peu de différence que je m'étonne d'entendre ou de lire encore si souvent des critiques amères du monde virtuel. Qu'est-ce qu'on lui reproche dont le réel serait exempt ? D'ailleurs, le passage de l'un à l'autre, de mon point de vue, n'a jamais fait que confirmer des sentiments qui s'étaient déjà révélés. Et certes, on ajoute quelque chose à se voir, à s'entendre, qui est un réel plaisir, mais je n'ai jamais été surpris de ce que je découvrais. Enchanté, toujours, mais pas surpris. D'autres relations sont demeurées virtuelles, qui n'y ont rien perdu. Le lien, quand il se tisse, nous accompagne son bout de chemin, et il ne me semble pas nécessaire de le "réaliser" pour l'éprouver. C'est une option, charmante à coup sûr, mais pas incontournable.
Aussi bien, les relations éphémères du virtuel ne m'évoquent-elles rien d'autre que celles du réel, qui parfois ne le sont pas moins. Les illusions que nous pouvons nous faire, les charmes qui passent, les complicités qui se font et se défont, la réalité m'en a donné autant. Et j'ajoute ce petit paradoxe entre le durable et l'éphémère, où parfois, ce qui dure a moins d'importance que ce qui n'a fait que passer. On le voit tous les jours : ces relations que nous avons au quotidien, parmi lesquelles le plus grand nombre ne nous touche pas, ne nous est ni précieux ni insupportable, juste indifférent. Et dans nos souvenirs, de certaines personnes qui nous ont à peine croisé, et dont nous avons conservé le meilleur souvenir, pour quelque essentiel que nous y avons trouvé. Ce qui m'amène à penser que le temps, dans son aspect durable, n'y fait rien : ce n'est pas la durée qui fait la valeur, mais juste le contenu. Et un instant, à lui seul, peut contenir infiniment.
Bonne journée le Loup :)
Ah tiens ! Mais ce serait une très bonne idée, ça ! Cela dit, je ne voudrais pas te coincer des heures sur ton scanner non plus. Mais peut-être m'en saisir quelques unes des premières pages, histoire de me mettre l'eau à la bouche ?
Justement, je veux interrompre la lecture que je fais en ce moment, juste après le volume que je suis en train de lire, qui est celui du fils, écrit le plus récemment de toute la série, mais qui s'intercale dans celle-ci, après le septième... J'ai lu quelques remarques sur La Boétie et Montaigne, qui sont de cette époque-là, et notamment sur un ouvrage de La Boétie, qui était très jeune au moment de l'écrire (mais il est mort très jeune aussi, il faut dire...), sur la servitude volontaire. Je trouve que c'est très à propos, dans les années que nous vivons, justement. Et comme c'est un petit livre, je pense que je vais le découvrir avant de poursuivre la grande épopée avec Robert Merle, dont le prochain volume met en scène le fils du héros qu'on a suivi au cours des sept précédents...
Bref, bref... J'y pourrais bien mêler un peu de Bobin, quand bien même ce serait hors-sujet, mais histoire de varier un peu les plaisirs !
Bonne journée à toi aussi, Désirée, et merci encore !
ceux qui laissent à désirer
qui croient nous tenir en laisse
ceux pas à l'aise mais pleins de venin
eux pour qui le temps s'est étiré
Tu nous offres toujours des pistes de réflexion insolites
alors comment taire ce qui affleure
A tous ceux-là, que nous ne manquons pas d'être nous-mêmes, quelquefois, au hasard des traverses qui mettent si durement à l'épreuve nos plus nobles idéaux. Toutefois, il me semble qu'à en ressortir finalement avec toujours le désir de les caresser, ou d'avoir même parfois su les protéger au prix de nos vils intérêts du moment, nous sauvons une part d'âme qui nous permet de lui espérer plus de noblesse et de valeur, un jour, loin devant, si nous parvenons jusque là...
J'avoue que tu dépasses là cette fort modeste culture que je me taille à la petite semaine. Mais justement, je vais interrompre ma lecture de Robert Merle, dans un moment où Fortune de France marque une pause, entre deux générations, et quoiqu'on ne soit pas encore à la fin du règne de Henri IV. J'en profite pour m'évader le temps de quelques pages, avant de reprendre les romans de Merle, d'abord dans une biographie de Montaigne, écrite par Stefan Zweig, pour lequel j'ai une grande et déjà ancienne admiration, puis dans Les pages immortelles de Montaigne par André Gide, lequel m'est inconnu encore, si ce n'est d'en avoir entendu parler. Peut-être trouverai-je dans cette digression de lectures quelques éclaircissements sur ce que tu me racontes là ?
Merci Bifane, il est des matins poins gris après des semaines longues et compliquées.
Ce sont d'abord ces échanges qui m'ont attiré sur BabelWeb, après en avoir essuyé l'inanité dans les forums, qui naissent avec de très belles promesses, mais ont une bizarre tendance à mal vieillir, soit qu'on se lasse de tant s'y investir, soit qu'on finisse par s'y prendre trop au sérieux, soit encore pour des raisons qui tiennent à notre nature humaine, et qu'il serait trop long de développer ici. Mais dans les blogs, l'humeur est différente. On n'est contraint nulle part : on lit et l'on commente là où nous porte l'intérêt ou le goût du moment, on peut échapper aux politesses vaines, on échange avec des personnes d'élection plus que par un commerce obligé, et pour ma part, j'y ai trouvé mon compte et mon plaisir. Je suis heureux de pouvoir donner parfois, à ceux qui viennent par ici, un peu du plaisir ou de l'enthousiasme que j'ai pu trouver ici ou là, sur les blogs de tant d'autres, dont Sophie, que nous lisons fidèlement toi et moi, n'est pas des moindres.
" c'est tout en moi ce qu'il faut tenir de promesses...": être à la hauteur de soi même, et ce n'est pas toujours facile...
Je redoute assez cette saison de perdre ceux qui ont tant compté, en dehors du cercle familial. Il s'en trouve tant qu'on ne remplacera pas, qui laisseront après eux un insondable vide, que nul ne comblera ni ne consolera... Ce sont des épreuves d'une cruauté terrible, dans une vie, que rien ne peut justifier ni expliquer, et comment nous en consolerions-nous... Ce qu'il faut tenir de promesses, par là, prend un sens d'une grandeur que je ne parviens pas seulement à me figurer, sans doute parce que nous n'avons pas la possibilité de les tenir toutes ?
des yeux sans nombre ont vu l'aurore
ils dorment au fond des tombeaux
et le soleil se lève encore
Sully Prud'homme dans son poème
" les yeux " ( à lire absolument "
permet de se convaincre que les morts
gouvernent les vivants.
Je ne te répondrai pas, Renaud, que je n'accorde aucun crédit à ce que je ne puis pourtant nommer autrement qu'hypothèse. Je suis ce qu'il est convenu d'appeler un agnostique : qui ne crois ni ne décrois, et je prétends, à force d'y avoir pensé, rêvé, supposé, qu'il ne nous appartient pas d'acquérir aucune certitude en ce domaine. Balançant dans ce doute permanent, qui s'encontre lui-même et se renie à mesure qu'il s'affirme, je vais aussi quelquefois vers ces pensées d'un ailleurs, puisque, pour incertain qu'il soit, il n'en est pas pour autant impossible. Et ce poème de Sully Prudhomme parle si bien de ce faible espoir que je ne puis passer outre sans le partager, peu ou prou. Le sentiment, là-dessus, se laisse aller aux humeurs du moment, quand on penche pour la raison seule et maîtresse à expliquer nos vies, leur sens, leur origine et leur devenir. Il suffit pourtant que je mette dans ces yeux certains des miens pour leur vouloir aussi une vie plus loin, ailleurs, autrement. Et cependant, quand je songe aux tristesses qui achèvent souvent nos vies, à force d'y pleurer ceux qui nous ont quitté, ceux qui ne veulent plus de nous, ceux qui nous ont renié, blessé, ceux qui nous en veulent à raison... quand je songe au poids de tout cela, il me vient l'idée que de pouvoir, en quelque temps, quelque lieu, quelque autre dimension, s'en départir définitivement, quitte à perdre aussi le plus beau, vaut peut-être mieux. Mais j'en reste là à l'état de question, finalement, car il n'y a pas grand chose à y affirmer, il me semble...
Merci pour la lecture de ce poème, que je n'avais jamais faite, et qui m'a enchanté. Bonne journée à toi, Renaud.
Les commentaires aussi souvent me parlent, sans "truchement"(ça, c'est pour Robert Merle, vieux souvenir. Je ne retiens pas grand chose de mes lectures, sauf des traces de plaisir et quelques fois, des résurgences...)
La lecture ne demande peut-être pas à être toujours une leçon ? L'apprendre, belle ambition, mais finalement, la prendre, comme une main amie, n'est-ce pas suffisant, voire bien mieux ? Outre l'évasion qu'elle nous autorise, ce que j'aime, dans la lecture, ce sont les pensées qu'elle aide à naître : elle doit nous accoucher, non nous contraindre, voilà la grande idée ! C'est de la sorte, je crois, que lisait Montaigne...
Est-ce une main qui vient d'ailleurs, ou est-ce celle dont nous gardons le souvenir ? Toute la question est peut-être là, de toute foi d'ailleurs, quelle qu'elle soit : croit-on pour ce que nous ressentons de l'extérieur ou pour ce que nous espérons de l'intérieur ? Question sans réponse, évidemment... Mais quoi qu'il en soit, ceux qui partent gardent en effet une certaine part dans nos choix, nos ressentis : ce qu'ils ont insinué en nous demeure. Je le ressens de même.
La sensation, si elle pouvait parvenir à l'expression, produirait quelque chose de sublime. Je gage que nos plus grands auteurs, les immortels, ont réussi ce tour de force, et que c'est précisément ce qui nous les rend si lumineux.
Mais quant à accoucher les autres, je ne crois pas que quiconque y soit réellement pour quelque chose : il me semble que nous avons ça en nous, que nous nous accouchons nous-mêmes, là où nous avons notre goût et notre potentiel. Les autres ne sont pas les guides : ils ne font qu'agiter les occasions, et jamais seuls : nous les agitons avec eux. C'est l'échange de l'un à l'autre qui produit l'accouchement de l'esprit, de la pensée. Même le penseur solitaire ne procède pas autrement : c'est par le truchement (nous y revenons !) de son vécu qu'il élabore sa pensée. Ce sont les rencontres de son existence et tout ce qui en a découlé qui lui permettent de la construire.
C'est la pensée, que je parlais de construire, Vieux Marmot, pas l'existence. Je ne suis pas assez pragmatique, je crois, pour envisager l'existence comme une construction, si bien que lorsque je parle de "poser sa pierre", dans mon esprit, j'envisage bien plus l'image du kern qu'édifient les randonneurs sur les bords des sentiers, que celle d'un quelconque bâtiment...
Bonne lecture, et plein de bises amicales !
J'en suis arrivé à ce moment où la carrière de Pierre de Siorac touche apparemment à sa fin. Revenu de ses dernières missions au service du roi Henri IV, lui et son ami Miroul coulent leurs vieux jours dans leurs domaines voisins. C'est là aussi que s'intercale le volume écrit par le fils de Robert Merle, et qui, dans le cours de l'histoire, se trouve être le journal de Miroul, lequel revient sur les premiers temps de Mespech. Il est moins intéressant, mais on s'y laisse prendre. Olivier Merle a voulu reprendre, à la suite de son père, la parladure de l'époque, mais après un ou deux chapitres où il maîtrise à peu près la chose, les suivants déçoivent un peu : moins bien maîtrisés, avec qui plus est une erreur récurrente de français, qu'il arrive à coller à presque toutes les phrases des personnages. Quand on s'en aperçoit, elle devient vite pesante. L'histoire est d'ailleurs plus resserrée sur les héros de Mespech, sans trop d'intérêt historique, si ce n'est le décorum. Enfin, une autre erreur s'est glissée sous la plume d'Olivier Merle, qui a oublié a quel degré de familiarité Pierre et Miroul en étaient arrivés. Tu te souviens peut-être que leur relation évolue beaucoup au fil des romans, si bien qu'à la fin, Miroul devient plus proche de son maître que le propre frère de ce dernier. Ils fraternisent, près de se traiter d'égal à égal, et la relation du maître au valet est bien loin. Or, Olivier Merle oublie si bien cela que leurs relations, dans son livre, sont revenues des années en arrière : ils se vouvoient à nouveau, Miroul n'appelle plus Pierre par son prénom, lui donne à nouveau du maître, et ils n'ont plus de ces amusantes prises de bec qu'ils avaient dans les volumes de Robert Merle, c'est déroutant et décevant, et jusqu'à la fin du livre, je n'ai pas pu m'y faire.
Pour l'heure, j'ai laissé la suite des Fortunes de France en attente. Conscient de ce que les personnages vont changer, que je vais perdre Pierre de Siorac et son cher Miroul, et comme on arrive à la fin du règne de Henri IV, j'ai voulu marquer une pause avant de poursuivre. C'est l'occasion de m'intéresser à des personnages qui m'ont intrigué dans le cours de ma lecture de Merle, pour aller faire mieux connaissance avec eux. Montaigne, dont je viens de lire la biographie écrite par Stefan Zweig (son dernier livre, je crois bien...), et en ce moment Marie Stuart, du même auteur, qui présente le personnage très différemment de ce quelle est dans les romans de Robert Merle. Il faut dire, à la décharge de Merle, que ses romans sont censés être le journal d'un partisan de la religion réformée, et qu'en tant que tel, il était naturel qu'il n'ait pas de sympathie particulière pour Marie Stuart, fervente adepte de l'église papiste et, qui plus est, descendante de la maison de Guise. Stefan Zweig me la présente, ces jours-ci, d'un autre point de vue, tout à fait intéressant, et d'une belle plume, là aussi. Ah ! et puis, en pied de nez à certain triste sire qui l'a dépréciée, je me suis aussi offert le plaisir de découvrir La Princesse de Clèves, un peu plus reculée dans l'histoire, mais d'une plume comparable à celle de Laclos. Bref, je ne sors plus de l'histoire, qui me passionne !
Mes bises à toi aussi, Sophie, et à bientôt !
Ah bin non : c'était pas sur le capot, c'était sur le coffre ! Sur le capot, on n'a vu à ce moment-là que les mains des gardes du corps qui couraient à côté de la voiture, comme c'était alors de règle. Même que j'ai vu un film où Clint Eastwood reprenait du service et courait encore à côté d'une voiture de Président, et que ça lui mettait méchamment les boules, vu qu'il était plus en âge de pratiquer, mais qu'il voulait quand même faire comme si, parce que ça va bien de s'entendre dire qu'on est trop vieux, merde-à-la-fin (comme qui dirait), si ces p'tits cons croient que j'peux pas trotter comme un cabri à côté d'une bagnole, j'm'en vais t'leur faire voir qu'il a encore la ressource qu'il faut le papy, que ça va leur en faire une belle en travers... A la fin, quand même, on voit bien qu'il est essoufflé, ça l'fait pas trop. Mais il a bien couru quand même, et personne lui file un verre d'eau, c'est quand même dégueulasse... Mais c'est Clint Eastwood, et on sent bien qu'ça va pas s'passer comme ça, et que le béjaune à la con en costard trois-pièces, s'il a encore toutes ses dents à la fin du film, c'est certainement parce qu'il a plus de nez !
Je ne voulais pas faire si mauvaise presse à Olivier Merle, dont le livre n'est pas tout à fait sans intérêt. Ce qu'il fait raconter à Miroul lui est assez propre, et la jeunesse du valet et futur chevalier ne laisse pas de captiver le lecteur. Certes, sa relation avec Pierre laisse un goût d'inaccompli au lecteur, encore tout imprégné des dernières lignes lues chez Merle père, et j'avoue que je n'ai pas su passer au-dessus du détail, qui me chagrinait fort. Mais pour quelqu'un qui a achevé la lecture des Fortunes de France depuis lurette, et qui prend le livre d'Olivier Merle, comme ça a été le cas de ma chère et tendre épouse, il paraît que le retour au source n'est pas sans charme. Le titre de livre est "L'avers et le revers", et si je ne le porte pas aux nues, je crois pourtant que, pour quelqu'un qui a apprécié la grande saga Merlienne, ce doit être un petit morceau de gourmandise à ne pas dédaigner.
Les Rois maudits de Druon, je les ai lus il y a déjà fort longtemps. Je ne saurais plus te dire combien ils comptaient de volumes, et d'autant moins que la version que j'en ai rachetée il y a peu les réunit tous en un seul, ce qui fait un gros bouquin pas très commode à manipuler... N'empêche qu'après les Fortunes de France, j'ai bien l'intention de reculer plus loin dans l'Histoire, et d'aller reprendre cette tranche d'histoire, et retrouver Philippe Le Bel, dont j'ai gardé un souvenir confus. Il faut dire qu'à l'époque où je le lisais, je n'avais pas encore Internet, et qu'il était moins facile et naturel d'aller chercher des renseignements sur les personnages que je croisais sous la plume de Druon. Ce que je fais beaucoup en lisant Merle, et qui me permet non seulement de mieux suivre le récit dans la partie consacrée aux personnages historiques, mais encore de mieux m'en souvenir.
J'ai ainsi découvert quelques sites historiques très bien faits et documentés et, qui plus est, plutôt bien écrits, tout à l'opposé de Wikipédia qui, non content déjà de donner des informations quelquefois complètement erronées, le fait en plus dans un style auprès duquel celui d'un quotidien local passerait pour de la littérature... Je passe ainsi pas mal de temps entre Memo et La France pittoresque, sur lesquels j'ai trouvé une source d'informations remarquable, dans un style agréable. J'en essaye quelques autres, à l'occasion, mais il s'en trouve beaucoup qui ne font que reprendre les faits dans une chronologie fastidieuse à parcourir, au lieu de tourner ça dans un résumé bien lêché qui agrémente davantage le lecteur.
Je t'envoie mes bises, Sophie, et je repasse bientôt chez toi : j'ai lu ton nouveau texte hier soir. Première lecture, grand plaisir déjà, mais tu sais comme j'aime à te lire deux fois avant de t'en dire quelque chose... A bientôt donc !
Mais si ton coeur a sourit, j'ai également pris ma part de soleil.
merci pour tes mots...
Alba
C'est une heureuse surprise, Alba, que j'accueille avec un sourire jusque derrière les oreilles ! Pourquoi un non-sens ou un défi à la raison ? Je suis flatté de lire entre tes lignes que tu passes quelquefois me lire en silence, et si tu prends quelque plaisir à me lire, j'en suis plus flatté encore.
A moi donc de te remercier, ma chère Alba, pour le plaisir de ton passage moins silencieux que de coutume !
Merci pour ton sourire... Le temps chez moi n'exerce pas son pouvoir en ce qui concerne l'oubli.
A très bientôt sur tes pensées vagabondes