Je t'emprunte un baiser
aux réserves de nos mémoires,
un qu'on respire,
qu'on abandonne avec des yeux
de serments irrisés,
ces tendres débuts de l'histoire
où tout chavire
au gré de rêves merveilleux...
Je te prendrai aussi
un de ces sourires canailles,
lourds de promesses
et d'audacieux sous-entendus,
à chercher des replis
où l'on rêve qu'on nous assaille,
quand on ne blesse
que pour se guérir un peu plus...
Et puis il me faudra
un long regard dans les silences
des mots intimes
bercés de fébriles langueurs,
tous ceux qu'on ne dit pas,
illuminés dans l'évidence
qui nous anime
et nous éternise le coeur.
Je te rendrai le tout
longtemps avant que ne fleurissent
les amertumes
et les regrets de petits vieux :
tout, le parfum, le goût,
le jour de nos premiers délices,
que quelques brumes
dérobaient à nos yeux...
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
"les regrets de petits vieux" sourire. J'espère ne point en avoir.
Bise mon ami! :)
Je sais, la grivoiserie n'est pas le mot le mieux choisi, mais pour le titre, je lui trouvais une musique amusante, un sourire entre les lettres.
Pour les petits vieux, j'ai la liste des prétendants, là, sous les mirettes, et... désolé de te décevoir : t'es pas dessus. Même pas pour les postes de remplaçants, que dalle.
Mes bises, la grande Poétesse ! Faut pas se chercher des cheveux gris : d'abord, ils disent juste qu'on vit. Tu sais que je m'en pousse quelques uns, des intrus argentés, qui se faufilent par là, entre les autres, l'air que rien. La première fois, ça m'avait fait drôle : un ch'veu blanc ?? Mais non, il m'a rassuré : m'a dit qu'il était juste gris, et du gris chromé des belles mécaniques encore, avec ce grognement au repos, ce feulement dans les tours, et des explosions là-dedans qui font chauffer la feraille !
Bon, j'arrête... Bises, Désirée, et du sourire pour la journée, tant qu'il se peut !
Les petits vieux, oui, çà attendra, même pour tes amies qui comptent un peu plus d'années que toi sous leur chef blanchi! Tiens, mes cheveux blancs à moi, je les trouve assez symboliques de ce que je sens à l'intérieur quant à mon âge : comme j'ai les cheveux clairs, ils ne se voient guère !
Mais au-delà de l'humeur, c'est le don et le contre-don qui s'expriment dans ton poème; la réciprocité, c'est le prérequis indispensable de toute histoire d'amour ou d'amitié.
Je t'embrasse, bonne journée, mon ami.
L'échange à la base de tout, ma chère Sophie, ce mélange où les âmes cherchent plus à se compléter qu'à se dominer. S'il s'agissait toujours de se comprendre, d'entendre ce que l'autre nous dit, nous donne ou nous demande, si l'on fondait le sens de nos vies sur ce joli principe, on y ferait un monde merveilleux. Il n'est qu'à voir les rares occasions en lesquelles nous trouvons, peu ou prou, cette complicité profonde, cette ouverture de soi et de l'autre qui se font ensemble, et à quelque niveau que ce soit : on trouve là comme une autre raison d'être, un petit bout de sens à la vie qui nous réconcilie avec elle.
Et en amour... C'est infini à dire, ce sont d'autres chemins, des petits sentiers que nous regardons comme de larges avenues pavées d'or. Ce sont de beaux moments, qu'il est dommage d'oublier, et qu'on oublie pourtant, au fil des saisons. Pourtant, je crois qu'à se les remémorer, il nous en revient toujours quelques sourires, et ce sentiment d'avoir vécu là quelque chose d'éternel...
Mes bises à toi, Sophie, en te souhaitant une belle journée !
Une continuité, oui, le mot me paraît plus juste. Pas si évidente que ça du côté d'où elle vient, mais qui se révèle apparemment un peu mieux quand on arrive de l'autre...
Dépasser le temps des regrets...
La seule phrase me laisse rêveur. Est-il quelque chose à dépasser, dans les regrets, si ce n'est la douleur qui nous empêche de poursuivre ? Hors cette blessure trop vive à cautériser, tout nous reste attaché à la peau, à l'âme. Même ce mal que nous recouvrons d'un oubli trompeur, il suffit d'un rien parfois pour en ranimer la douleur, tu sais, ces gorges serrées dans le silence, dont on ne laissera passer ni un mot, ni une larme, mais qui nous étrangleront un peu de leur passage, de leur mémoire, aussi longue que nous.
Non, je crois qu'il y a des regrets que je ne dépasserai jamais. Des choses passées et certaines finies même, mais dont quelque amertume me restera toujours au ventre. Ce ne sont pas des crimes, pas d'inommables saloperies, mais des gestes qui manquaient, des paroles qui ne vinrent pas quand il fallait, et d'autres qui jaillirent trop vite. Je n'oublie pas, je regrette encore ces amis d'autrefois, ces amours envolées, ces occasions manquées, ces êtres qui m'accompagnèrent un bout de route, avant de s'éloigner, et parmi eux, ceux qui se sont éloignés pour l'éternité.
Mais il y a la vie. On peut y avancer avec sa petite musette de tristesse sous le bras, ça ne fait de mal à personne. C'est notre histoire, ce sont nos leçons, la vague-à-l'âme que ces choses-là nous donnent encore, c'est justement ce qui nous enseigne à mieux aimer les autres choses qui se sont présentées depuis, et celles à venir.
Je regarde mes filles. Elles sont dans les âges, aujourd'hui, où ma vie à moi avait commencé de déraper. D'un côté, ce bonheur de les voir, de parler avec elles, d'écouter le monde qu'elles imaginent et celui qu'elles découvrent, et comme elles grandissent, comme elles apprennent. Il y a de la lumière là-dedans, et puis il y a une petite ombre quand je pense à ce que je faisais à leurs âges, c'est inévitable je crois... Et ça ne me gâche pas le bonheur d'être avec elles, ça ne m'enlève pas la joie de les trouver heureuses, de sentir que ça roule bien, qu'elles font bien leur chemin jusque là...
Bon, je suis d'une longueur de fleuve, ce matin... En plus, il paraît quand même que je suis au boulot... C'est pas sérieux !
Bonne journée à toi, Vieux Marmot, et merci de ta visite et de tes réflexions, qui ont le chic d'éveiller les miennes en écho.
De la mémoire et des yeux
Au coeur les tendresses
Qui s'éveillent
Dans l'intime
Qui déshabille, fébrile,
Les souvenirs au creux
De la mémoire et des yeux
En pensée, souvent...
Des sourires dans le souvenir, oui, dans ce petit endroit reculé de la pensée, où le présent nous évoque si souvent le passé, et quelquefois de manière si agréable...
Merci de ta visite et de tes mots, Gavarnie
(Je souris... comme Désiré, je me demandais ce qui viendrait après un pareil titre !)
Ah... il vient ce qui veut venir, ma chère Cagire ! Je me demande s'il m'arrive de décider de mes inspirations ? Quelque chose remonte qui veut s'exprimer, le moment vient, tu lances quelques idées vagues, et puis d'un coup, tu sais ce que ça va raconter...
Les regrets de petits vieux... C'est un truc qui me fout la trouille, pour dire le vrai, une mauvaise pente dont j'ai vu les effets de mes yeux, sur un être qui comptait beaucoup. Je lui ressemble par bien des côtés, mais j'espère que je ne me ferai pas prendre à ce piège-là. Les chemins nous forment aussi, et je compte sur celui que je trace pour choisir une autre fin, à la longue...
Mes bises, Cagire, et merci de ta visite !
esthète aussi avec une seule idée en tête
l'échange, que du bon !
Salut Thierry ! Merci pour l'appréciation. Que du bon ? Oui, au moment de le vivre en tout cas, on ne pas trouver de mauvais dedans (ils ont enlevé tous les morceaux !).