Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 12:28

Comme aux nuits de nos réticences

          où l'ombre venue nous éteint

          d'un vestige de lune

          dans les fugues du soir,

          ce rien, ce vain,

          tout ce que tu en penses,

          au traître et sensuel espoir

          qu'une âme ne reste pas qu'une...

 

Mais le verbe échoue à nous dire,

          mangé dans son absurdité

          d'inutile tristesse,

          poussé plus loin qu'il faut

          à insister

          quand la mer se retire,

          ce sable nu comme une peau

          et haletante de caresse...

 

Ces lieux devenus cimetière

          aux passants envolés ailleurs,

          et l'écho qui reflue

          à danser le rappel

          des voyageurs,

          papillons éphémères,

          tout comme autant le goût de sel

          des larmes mélangées aux nues...

 

L'éclipse d'une silhouette

          désemparée dans le lointain,

          et si longtemps suivie

          dans son effacement,

          le bout, la fin,

          son attente muette

          à n'avoir plus rien au devant

          que le sort et son ironie...

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
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Commentaires

"Mais le verbe échoue à nous dire..." '... la fin, son attente muette"

Il y aurait, je trouve, entre certains textes que je découvre sur Babel Web, des résonances qu'il serait intéressant de regrouper. Un blog où se rencontreraient ces textes.
Vous dites ici, Bifane, des choses autour desquelles j'ai gravité aussi dans mon dernier texte, et j'en connais d'autres. C'est fabuleux ce sentiment de cheminer, tous, dans nos questions essentielles. S'en dégagent l'ébauche des grands mythes, nos rêves collectifs. Je me régale :)
Commentaire n°1 posté par Isabelle C le 09/09/2010 à 23h48

Je ne connais pas Babel Web, mais je ne manquerai pas d'aller y jeter un oeil, Isabelle. Merci ! La rencontre poétique des pensées est un rêve que j'ai fait il y a quelques mois (je vais bientôt pouvoir parler d'années, je crois...) en créant un forum. Le résultat n'en a pas été très encourageant, les poètes n'étant pas moins que d'autres sujets aux vaines disputes comme aux hypocrisies mesquines. L'effet du groupe ? Je n'en sais trop rien, toujours est-il que j'ai fini par abandonner un projet que j'avais poussé et tiré de mon mieux pendant plus de deux ans.

Reste que j'apprécie infiniment ce type de questionnements dans la poésie, cette errance des êtres qui se cherchent, et n'en finiront sans doute jamais dans cette quête. Ce sentiment de cheminer, comme vous dites si bien, avec les mots que j'aurais choisis moi-même, tant l'image me tient à coeur et tant elle correspond bien à ma propre démarche.

Un recueil que je tente vainement d'achever depuis longtemps traite lui-même de ce sujet, en essayant de le prendre par le commencement, fixé sur un personnage. Je ne sais si j'en viendrai jamais à bout, tant il me manque de constance dans ce travail, mais si j'y arrivais, ce serait une jolie petite pierre à cette grande idée, enfin, j'espère...

Réponse de Bifane le 10/09/2010 à 09h07
Ne cherchez pas BabelWeb, vous y êtes ! C'est ma trouvaille pour nommer Le net :))
J'avais aussi ouvert un forum, sur le thème de la parentalité, mon métier s'y consacrant, ce fût riche, très riche, chronophage++, je n'ai pas pu suivre et l'ai fermé.
Oui le cheminement est une notion belle qui trace un mouvement qui ne fige aucune vérité, aucune certitude et qui laisse bien ouverte l'idée qu'on a chacun le notre.
Alors bon cheminement pour votre oeuvre, j'ai hâte que vous nous la fassiez connaître :)
Commentaire n°2 posté par Isabelle C le 10/09/2010 à 10h55

C'est bien trouvé, Babel Web, bien plus joli que blogosphère, je vais l'adopter, tiens !

Oui, l'animation d'un forum est extrêmement chronophage : j'y passais des heures ! J'y ai pris du plaisir, un certain temps, puis beaucoup moins, puis plus du tout. Je m'en suis à ce point dégoûté que je ne participe même plus à ceux dans lesquels j'étais simplement inscrit : rien qu'y mettre les pieds me donne envie de fuir...

Quant au cheminement, c'est très juste, ce que vous dites : ce mouvement qui interdit d'arrêter la pensée, de la fixer à des vérités prétendument inébranlables, et dont on s'aperçoit avec un minimum de bonne foi qu'elles ne sont jamais si fausses que lorsqu'on les déclare sûres et certaines. Le cheminement comme une continuelle évolution, donc, où la découverte de soi croise celle des autres, de la nature humaine en général et de ses multiples raisons d'être...

Pour mon "oeuvre", on verra. Je n'y ai plus touché depuis des mois, j'ai toujours le fil bien en tête, l'idée plutôt claire et précise de l'orientation à lui donner, une assez importante quantité de textes pour l'étayer, mais il faudrait reprendre tout ça et nettoyer le surplus, pour qu'apparaisse le fil d'Ariane qui doit traverser le recueil de bout en bout, pour en faire une histoire suivie. C'est plus compliqué que je l'avais imaginé au départ... Mais je ne désespère pas encore d'y parvenir un jour !

Réponse de Bifane le 10/09/2010 à 12h29
Pareil. Moi mon second prénom c'est Fidel. Alors je reste par là, à me coller à toi sous le parapluie, histoire d'avoir moins les joues mouillées. Et puis comme ça je te tiendrai un petit peu chaud à l'âme, ça mange pas de pain. Allez comme dirait qu"qu'un que je connais: Anda! ça va passer, on est pas nombreux mais on est bien là :)

Bon puis si on était moins bête on mettrait à profit les creux de blog pour se ré-atteler à nos "oeuvres" et enfin en poser le dernier point. Je cause mais tu sais quoi hein. Après avoir larmoyé sur mon blog, je me suis remise au boulot. L'appétit vient en mangeant. J'espère que l'inspiration va me servir du roboratif.

Et tiens je te fais même un bisou canadien plein de sucre et de coton ^^
Commentaire n°3 posté par Con Stances le 10/09/2010 à 18h25

Oui, t'as raison : on devrait s'appliquer à être moins bêtes... Mais j'ai une sacrée couche quand même, faut croire, vu comme je me reprends toujours les pieds dans les mêmes tapis...

Je vais essayer d'en profiter, tiens, moi aussi. Mais c'est pas gagné...

En tout cas, merci d'être toujours par là, Désirée ! ;o)

Réponse de Bifane le 11/09/2010 à 10h48
L'ombre, les vestiges de la lune et les fugues du soir... Je pense, à te lire, à un loup du crépuscule, hurlant la douceur de sa mélancolie... Ça mérite bien un recueil, Bifane... Au boulot, mon ami !
Commentaire n°4 posté par Sophie le 11/09/2010 à 11h46

Je ne sais si ça le mérite, mais en tout cas, ce ne sont pas les mêmes poèmes. Quoique... l'histoire qu'ils racontent pourrait bien intégrer certains poèmes que j'ai publiés ici depuis...

Au boulot ! Il faudrait que j'arrive à me dire ça, avec une belle conviction, au moins une fois par jour ! Mais j'ai l'impression de devenir fainéant, en fait... Merci de m'encourager en tout cas, Sophie !

Bises

Réponse de Bifane le 11/09/2010 à 12h10

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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