Ces jours de vain, d'ennui, accablés d'habitude,
à peine où demeurer quelqu'un,
tant l'épuisement nous renonce,
nous entête de plomb.
De quête lasse, ni réponse,
ni quoi, ni oui, ni non,
la vieillesse s'en vient, trainée de lassitude,
son lourd cadavre sur nos reins.
Qui sont les tyrans ou les traîtres
à serrer le collier ?
Qui sait... Le coupable est peut-être
l'esclave le premier...
Est-il un goût de vivre aux gravats de ces ruines ?
Qui puis-je voir et qui me voit ?
En est-il qui s'y reconnaissent
et se veuillent bien tels ?
Là, tous vendus, l'âme traîtresse,
l'être comme en duel
entre tout ce qu'il rêve et tout ce qu'il rumine
d'une vie à rebours de soi !
Tout y est posé à l'envers,
jusqu'à la raison d'être :
on aime sa prison, ses fers,
on les forge peut-être !
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
La révolte je crois, commence en soi. Pour soi d'abord.
Je ne crois pas aux révolutions. D'autres mains mais mêmes laisses, suffit de se pencher sur l'Histoire, ou le monde actuel. La Tunisie qui voit la sienne confisquée par des hommes pires encore que les précédents...
Je n'ai pas une grande foi non plus dans les révolutions. Mais j'aimerais croire en l'évolution. Et j'aimerais que celle-ci soit assez vivante pour pouvoir s'ébrouer de temps en temps et virer un peu de cette vermine qui lui croûte le dos sans vergogne !
L'Histoire ne devrait pas reculer, ni s'immobiliser. Elle devrait aller de l'avant, toujours en visant le meilleur. Ses leçons devraient nous servir à éviter les pièges si grossiers dans lesquels nous continuons de nous empêtrer. La cause humaine devrait être depuis longtemps de tout premier ordre, et rien ne devrait la reléguer au triste rôle qu'elle joue, misérablement coincée entre le faux prétexte et l'alibi.
Cette vieille, si vieille histoire de tyrans renversés par de futurs tyrans pis encore que leurs prédécesseurs, n'est-ce pas le signe que l'humain ne peut arriver à rien tant qu'il ne met pas ses efforts au service de tous, au lieu de les réduire à son propre bénéfice ou à celui de sa paroisse ? Qu'est-ce qui guide tous les pouvoirs en place ? Qu'est-ce d'autre que le petit intérêt de quelques uns, d'une portion d'humanité infiniment réduite, et de plus à si court terme qu'il arrive même que les conséquences leur soient directement néfastes... Même les vampires marchent sur la tête : s'ils pouvaient, à force d'avidité, ils finiraient par se mordre eux-mêmes à la gorge.
A quand, non pas une révolution, mais ne serait-ce qu'une voix, qui s'élève claire et forte pour dire tout le mal qui a été fait et qui doit cesser sur-le-champ ? A quand un mea culpa honorable des sangsues ministérielles et présidentielles, qui se dévorent le gâteau comme autant de porcs ? A quand une réponse humaine à toutes les questions économiques, qui ose dire qu'avant de protéger les intérêts et les portefeuilles, il conviendrait de protéger la vie et l'avenir de tous ? A quand un peu, un tout petit peu de bonne volonté ?
Merci !
Bonjour Toubibette ! Merci de ta visite !
L'histoire est certes intime, mais d'une intimité qui conditionne l'universel, je crois. Ce que nos individualités font, ce à quoi elles renoncent, se répand à la multitude et finit par agir comme la corrosion sur l'acier : le plus dur, le plus pur n'y échappent pas. Ces chaînes que l'on traîne ne font pas que nous retenir nous-mêmes ou nous seuls : elles empêchent en même temps que nous allions vers l'autre, elles nous enferment par egoïsme dans notre individualité. Le ressort de la clairvoyance n'y change rien, non plus que celui du cynisme, autre forme facile de lâcheté, sous des dehors ricanants et fiérots. Il n'empêche...
Finalement, le moindre effort vaut d'être fait, quand on y regarde avec les yeux de l'abandon. Quand bien même ça ne sert à rien, ça sert au moins à nous empêcher de glisser dans le nihilisme définitif, lequel arrange si bien les affaires des quelques vilains drôles aux poches ouvertes. Le moindre effort qui nous sort de l'état de victime, même illusoire, même limité à rien dans le temps, demeure pourtant une résistance à la porte fermée, au reniement de tous les possibles.
Ce n'est pas si simple mais déjà de se poser les questions il est moins utile de savoir les réponses...
Je ne sais ce qui est utile, des questions ou des réponses. Utile à quoi ? à qui ? Mes questions sont anciennes, pour moi et pour d'autres que moi, vieilles peut-être comme le monde. Je ne vois pas qu'elles l'aient si bien changé. On peut se battre les flancs des évolutions positives, on trouvera toujours de quoi se satisfaire. Il n'empêche, l'essentiel échappe.