Nous sommes là.
Et comment dire à ceux qu'on aime
en d'autres mots ?
Qu'il ont cette importance
qui nous tient par le bras
contre nous-mêmes,
le mal à fleur de peau,
la peine immense...
Nous sommes là.
Et ce n'est rien qu'une présence,
mais qui suffit.
Cette chaleur muette
qui ne s'épuise pas,
et recommence
nos espoirs infinis
sur une miette...
Nous sommes là.
Quand l'âme vague aux nuits secrètes
et sans lueur,
j'y raccroche l'envie,
j'y empreinte mes pas...
Quand tout s'arrête,
votre feu dans mon coeur,
c'est ma survie.
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
C'est très joli, et l'oscillation que je ressens entre l'apaisement et une sorte de douleur sourde cachée derrière me touche beaucoup.
Merci pour ce poème Bifane, et bonjour chez toi.
Ni à la mer, ni en vacances, mais peut-être le balancement que tu y entends me vient-il de la perspective d'aller chercher ma nouvelle moto samedi ? Il faut dire qu'il y avait un moment que je l'attendais... Enfin, le rythme des virages, le balancement de la machine, tout ça ne m'évoque pas vraiment la mer...
Mais tu sais comme j'aime qu'on perçoive une musique dans mes mots. Parce qu'on a beau la rechercher, et parfois l'entendre au moment de l'écrire, ça ne passe pas toujours pour autant dans l'oreille du lecteur. Quand j'y arrive, c'est toujours une petite réussite, à mon idée... Si j'avais quelques talents de musicien, je m'essayerais à la chanson, tiens...
Merci à toi, Spyrall !
Ce sont des images qui parlent...
Personnellement, plus j'avance en âge plus j'aime à toucher, à caresser, prendre dans mes bras, serrer les miens. J'imagine que j'ai conscience de l'étiolement de mon temps imparti, ce qui n'est pas fait aujourd'hui qui dit que demain on aura loisir et plaisir de le faire?
Aimez-vous les uns les autres. Diable! Il avait raison le bougre. Aimons-nous et sans délai.
Mes bises du jour Bifane :)
Ce sentiment de n'être rien... qui nous rassemble... et nous trahit tout à la fois.
On n'est pas rien. Je ne le conçois pour personne, et je suppose que toi non plus, qu'est-ce ce qui nous pousse donc à l'envisager pour nous ?
Mais qu'on tienne à peu de choses, ça, c'est une particularité plus singulière, il me semble. Qu'on se sente parfois juste raccroché par un fil, qu'on puisse jouer les funambules un bout de temps, même, là-dessus, c'est le petit trait personnel de notre tempérament. Et paradoxalement, cette difficulté à l'exprimer, à le laisser voir, sentir, c'est assez étrange...
De mon côté, pour ce qui est d'avancer en âge, tu sais que je ne suis pas en reste. Quoique je ne me sois jamais posé la question clairement, de savoir ce que ça change, ce que ça me donne ou m'enlève, je n'en vois pas moins les effets. Contradictoires, les effets... D'un côté, certaines sensibilités qui semblent s'être exacerbées, de l'autre, des choses qui ne me touchent plus, auxquelles je suis devenu imperméable. Et puis des élans contraires, entre l'envie de toucher, dont tu parles, et d'autres fois, le désir tout inverse d'être isolé et sans contact. Mais avec, ce me semble, une humeur et des états d'âme bien moins positifs dans le côté solitaire.
L'autre demeure le point essentiel, vital. Certains autres par-dessus tout. Et le sentiment que, si l'on pouvait étendre cet attachement plus généralement, on ferait un monde idéal...
Des bises, Désirée !
La plus difficile, je ne sais, mais l'une d'entre elles à coup sûr. J'en ai connu qui n'ont jamais su, et se sont éteints sur le regret de n'avoir pu. C'est une qualité à cultiver, à acquérir si on ne l'a pas, indubitablement...
Etre là, oui, pour les autres. Nous avons besoin les uns des autres. Nous avons besoin de réciprocité.
La survie, comme c'est juste. On ne survivrait pas sans cette douceur-là.
Je t'embrasse bien fort, porte toi bien.
Quelques vers à nouveau, oui. J'attendais d'en trouver qui changeraient un peu de ma grisaille des derniers temps, de peur qu'elle ne me devienne trop coutumière... Je me demandais ce que je pourrais trouver, tout personnellement, de positif ? Et puis j'ai été vers le plus simple : être là.
C'est par là que les autres comptent, et c'est par là qu'on compte pour eux, je crois. Cette présence sur laquelle on peut s'appuyer.
Je t'envoie mes bises et te souhaite une belle journée, Sophie.
C'est tout juste ce qui me retient de le fermer quand l'idée m'en vient... J'y retourne moi-même, de temps en temps, et j'aime assez certains échanges qui se sont faits au fil des pages...
Bien mon bonjour chez toi, Isabelle !
Faut-il qu'il y en ait, de cette magie, pour que ces endroits virtuels prennent, avec le temps, une si belle densité...
Tu t’es tu longtemps, Bifane, mais ce message aux mots et pensées ciselés mérite d’avoir été attendu et porté avant d’être présenté comme un précieux enfant. Il est doux-amer, il est tendre il est triste et il est consolateur. Car il n’est pas de chagrin lorsque après la perte on est en paix avec soi-même.
Je me taisais de n'avoir rien de très nouveau à écrire, ne voulant pas répéter à l'infini les mêmes idées. Je ne crois pas que celui-ci soit tellement nouveau lui-même, pour ce qu'il exprime d'idées humaines, mais l'humeur me changeait assez de mes dernières inspirations pour me donner envie de le poser ici.
Je retiens ton idée d'être en paix avec soi-même : ce n'est pas la première fois que je la lis, mais elle m'évoque toujours la même chose, malgré le temps et les désillusions. Qu'il y a là quelque chose de très essentiel à trouver, que je suis loin, bien loin d'approcher encore, mais que j'aimerais bien pouvoir saisir un jour...
différentes manières
mais une attention bienveillante
une chaudière à alimenter
un feu à entretenir
ça crée des liens
qu'est ce que ça fait
comment ça parle le silence
quand on n'est pas là
qu'est ce que ça démontre
le non agir, le non être
et comment on peut comparer
un avant et un après
merci bifane, toujours source de rélexions bienvenues
Oui : différentes manières, avec des ressentis plus qu'une certitude ou qu'une observation étudiée. Des impressions profondes, des madeleines et de ces choses nouvelles, inattendues, qui nous touchent droit à l'âme. Ces petites pierres de nos fondations, ces liens ténus, que le temps assure en les mûrissant... Puis, ce regard qu'on peut un jour poser en soi, en se disant - qui sait ? peut-être qu'au fond, je n'ai pas dérivé si loin de moi...
Bien mon bonjour chez toi, Thierry, avec mes remerciements pour ton passage.
Contente de te lire à nouveau, Bifane !
La banalité se trouve peut-être dans la présence qui s'ignore, dans le fait d'être là et finalement d'y renoncer, de façon implicite, comme une issue unique et évidente. Triste et inutile présence. Quelquefois, il m'arrive de ne considérer ma présence qu'à cette hauteur, et alors, être là n'a aucune importance, car la part de nous qui y est retenue ne saurait être la meilleure.
Dès lors qu'elle devient essentielle, et alors seulement, la présence prend un sens. Etre là. C'est y être pour y être, avec le désir et la foi, en l'autre comme en soi. Pas forcément à viser quelque chose d'extraordinaire, et c'est là que je te rejoins, Cagire : dans cette présence quotidienne, qui n'existe ni pour le bon ni pour le mauvais, mais pour le tout, et qui par là, à mon sens, existe pour le meilleur. Alors, il n'est plus besoin de grands mots, il n'est parfois même plus besoin de parole, la présence est assez entière pour suffire. Et en effet, ce n'est pas banal, et c'est une chance.
Mes bises à toi, Cagire, et passe une bonne semaine !
Quand on écrit des poèmes comme celui-là, on a forcément quelque part des talents de musicien. Il ne te reste plus qu'à les dénicher !
"... finalement, je tomberai plus tard !". Il y a un petit côté opiniâtre par là, que j'aime beaucoup, un pied-de-nez à la fatalité, qui pourrait s'en rire, pour un peu...
Cette impression dont tu parles, de marcher sur un fil, je commence à penser qu'elle est un peu "saisonnière", d'une certaine manière. Je l'ai souvent connue, et, au moins jusqu'à présent, toujours traversée. Quelquefois longue comme un désert, d'autres fois, courte comme une nuit mais intense comme une vie... Et puis le renouveau.
Il n'empêche que nous chargeons notre bagage, en passant... Savoir où ça nous mène, et si ça sert à quelque chose ou à quelqu'un ? Si ça peut servir ? Quelquefois, je ressens comme l'intuition d'un sens caché. Je dois sans doute un peu donner dans la bondieuserie alors, quand bien même je m'en défends. Mais après tout, qui sait ? Pas moi, pour sûr...
Les talents de musicien, je ne saurais dire. Je me ferais volontiers chansonnier, si l'occasion s'en présentait, et il m'est arrivé d'en caresser le rêve. Mais il y a beaucoup de prétendants et peu d'élus, et j'avoue que les sommets comme les grandes réussites et les ambitions impossibles ne sont plus des défis qui me tentent. Je n'en suis pas à vivoter et ressasser de vieilles choses sans en espérer de nouvelles, mais j'aspire à moins d'éclats que par le passé, moins de lustre. Un bonheur mesuré me suffirait, de petites choses qui iraient mieux, des tracasseries qui cesseraient, et puis, quelques être à aimer encore, des nouveaus, des anciens, des mains à prendre et quelques unes à donner. Voilà qui me suffirait.
J'ai longtemps espéré faire quelque chose de ce petit talent de plume que j'aime à cultiver. Mais je n'ai pas les épaules pour mener un travail un terme, semble-t-il. Je me lasse trop vite, je tourne en rond trop tôt, je n'ai plus l'air des autres, leur respiration et leur regard, qui seuls me portent et me donnent envie, je crois. Alors, ce blog, ses quelques visiteurs, ses mots qu'ils me laissent, c'est déjà beaucoup pour moi, et les échanges que nous y posons parfois sont mes petites cerises sur le gâteau.
Peut-être vers mon grand âge aurai-je la patience d'essayer autre chose. Pour l'heure, je crois qu'il n'est pas temps. Et tant pis si le temps ne doit jamais venir. Il viendra bien pour d'autres choses, et j'espère que je saurai toujours les cueillir.
Merci de ta visite, Spyrall. C'est toujours un plaisir.
C'est aimer, c'est aimer aimer, c'est aimer être aimé... Il y a des vies qui ne tiennent que par l'amour dont elles se nourrissent. Au-delà, le reste est superflu, en bonus, en prime, ou a contrario, en obligations, en sus, à charge... L'amour reste le moteur essentiel.
Plus souvent mal que bien, je crois que c'est mon moteur, ma raison, mon sens. J'essaie de donner à tout ça des bases plus saines, plus sereines, moins tumultueuses et fantasques, moins exigeantes, moins strictes. Des fondements plus largement ouverts, qui ne sont peut-être pas dans mon naturel, mais que je ressens fortement dans mes aspirations. Comme quoi, on peut être à la fois ce qu'on est et ce qu'on rêve, quand bien même les deux états se trouvent quelquefois en opposition.
Mes amitiés à toi aussi, Frédérique.
Par peur de les gèner
Qu'on les aime
On leur dit jamais assez que sans eux sans elles
on serait même pas la moitie de nous même. "
L. Chedid
http://www.youtube.com/watch?v=B0lNjqndE0Y&feature=related
Comme il a raison... Sur ce qu'on serait, sans eux...
Je me fais parfois l'impression d'une voile sur un bateau. Sans le vent, je ne sers à rien, je suis là, je pèse de tout mon poids, je pends lamentablement, je me détrempe sous les pluies. Il me faut le vent pour exister. Le vent, ce sont les autres qui me le donnent, me l'apportent, et c'est par eux que je gonfle dans l'air et emporte le reste avec moi.
Non, sans les autres, on ne serait pas la moitié de nous-mêmes. Je crois bien qu'on ne serait pas du tout, en fait...
Le nouveau né à peine vagissant courre déjà le risque de s’étouffer.
Le jeune enfant colérique lui pourrait sans doute gravement se blesser.
L’adolescent transgressant les limites cherche uniquement à exister.
Quand à l’adulte affermit dans quelques soit disant définitive convictions il cherche encore et toujours comment échapper à une problématique perdition.
Bien sûr on aura beau jeu de préciser que tout est net que rien ne dépasse.
Mais si les apparences peuvent nous amener à une telle conclusion C’est que le maelström secret et son vortex spiralé ne saute pas à la vue.
Tout est souterrain et filtré, seules les émotions figent encore sur les visages.
Qui des crispations qui des antagonismes et de ces isthmes l’isolé sur sa péninsule n’insulte ni le destin ni le cours du temps cherche encore à discerner dans ces filets de sens le passage discret de courants qui renvoient à l’échouage permanent sur la grève du temps.
Alors oser le moindre mouvement pour non seulement capter de l’écume le savant mélange qui entre sel et oxygène procure les ingrédients d’une vie bien menée mais aussi avancer sur le sable pour ordonner la matière granulaire et assécher momentanément dans les interstices le fond de larmes qui déferle du plus loin des souvenirs.
Jamais on ne peut savoir ce que nous réserve le cours tempétueux où le tumulte aidant on noie dans la terreur du pire les restes d’un empire, les sens nous manquent ils que les voilà de nouveau prêts à se jouer des vagues dans un sursaut violent.
J’affronterai seul la grande mer et ces incertitudes par qu’il n’y a pas ici bas de finitude !
Là à reprendre la mer moult fois on ne risque pas seulement de récurer le pont mais aussi de ramener à la conscience les manœuvres tant de fois réussies qui pourrait échouer comme notre frêle esquif si la conjonction des incertitudes dépassait ce que l’on a cru pouvoir braver.
Je vogue au sombre de ta pensée, de ton ressenti douloureux, du mal-être qu'expriment tes mots... Il nous manque parfois de la lumière, de l'élan, il nous manque des yeux pour avoir de plus doux regards. Qu'est-ce qui nous fixe sur l'obscurité, quelquefois si longtemps ? Qu'est-ce qui nous y retient, comme ligotés ? Je ne saurais dire. Je suis un piètre consolateur, je crois... Mais ce n'est pas de manquer à entendre ce qu'on me dit.
J'ai une grande honte qui me revient parfois, d'une amie qui pleurait, et que je n'ai pas osé prendre dans mes bras. Par timidité, par effacement, je ne sais pas. Je suis convaincu, et je l'étais alors, qu'elle aurait aimé ce geste, un geste juste amical, sans aucune arrière-pensée, un geste protecteur, chaleureux. Et je suis resté immobile à la regarder, bouleversé par sa peine, et incapable de la soutenir un tant soit peu. Je m'en suis souvent voulu de cette retenue idiote et cruelle. On ne va pas au bout de soi, et on a tort. Il n'y a rien que de bon à attendre quand on va vers le bon, c'est naturel il me semble. Pourquoi le craindre ?
Tu parles des certitudes de l'adulte. Les pauvres choses que cela. Les misérables pensées, toutes empesées, arrêtées, immobiles. Ah ! la certitude, comme une lettre gravée dans le marbre. Il n'y a que mort par là. Les certitudes sont faites pour être remuées, bousculées, ébranlées, mises à bas s'il se peut, parce qu'il n'y a que dans l'évolution, la mutation et le renouveau que vit la pensée.
C'est ce qu'il nous faudrait au coeur, Thierry : ce goût-là. Cette soif terrible, comme après des heures de désert, cette soif de boire la vie pour ce qu'elle a à nous donner. Ne pas nous laisser gruger par l'ombre, où tout devient pesant et comme impossible, où chaque pierre se change en muraille, où chaque écueil est comme un ravin, un canyon infranchissable. Ce sont des évidences que nous savons, des banalités que nous connaissons, mais la vie est en nous, il faut nous le répéter. Sinon, nous sombrons. La vie est en nous, nous sommes la vie, c'est nous qui la changeons, autant au moins qu'elle nous change. Et même quand elle nous change, nous avons le choix de changer dans un sens ou l'autre, plus ou moins positif.
J'ai quelquefois aussi des semelles de plomb, et je sais comme elles tiennent fermement aux pieds, ces foutues godasses-là... Pourtant, il n'y a pas à chercher : on peut demander de l'aide pour se les enlever, mais la meilleure aide que nous puissions trouver vient d'abord de cette amorce de volonté qu'il faut retrouver en soi. Là où ça dort, mais où ça ne meurt pas. Il ne faut pas pousser l'affaissement plus loin : plus loin, il n'y a rien pour nous. Et ailleurs, il y a. Il faut juste y aller.
Amicalement à toi, Thierry
Après ce si beau poème, je me suis baladée dans les messages de tes lecteurs et amis... et j'ai senti toute cette douceur, toute cette attention qui valide à coup sûr l'envie de partager.
Dans ma grotte depuis bien trop longtemps, je me suis dit que par ce beau 1er mai ensoleillé, je pouvais peut-être sortir mon nez ! Allez voir ceux que j'aime, que ce n'était pas si risqué tout de même !!!
Et puis voilà, je tombe sur ce poème qui parle de ça, exactement de ça... de ce qui panse mon coeur lorsque les coups ont été trop durs et que je n'ai plus envie de dire ou d'entendre.
Je veux te dire merci Bifane, d'être toujours là, et surtout de n'avoir jamais dévié. D'être ce cœur vaillant et tendre.
Alors, puisque c'est bien de le dire : Je t'aime.
En passant, une bises à nos amies communes qui sont bien plus fidèles que moi ;-)
Tu sais quoi ? En lisant ton commentaire, je me disais que, si ça se trouve, j'ai un blog pour qu'on m'y dise de temps en temps des choses gentilles comme ça. Histoire de me changer du peu de considération que je peux avoir par ailleurs, au boulot par exemple, où le coeur vaillant est bien à la peine pour se donner quelque volonté, même dans le sens du changement, qui peut parfois devenir difficile, quand on s'est lentement laissé convaincre du peu qu'on vaut... Enfin, cela dit, ça tombe bien d'en parler là, puisque je suis justement en train d'en revenir.
Merci d'être passée, Pakita, ça me fait toujours plaisir. Moi non plus, je ne me promène plus trop sur les blogs des amis. Un gros manque d'envie et d'inspiration, ces derniers temps, qui me tient éloigné même d'ici, où je ne trouve plus grand' chose à raconter que je n'aie déjà ressassé trop souvent.
Tiens, j'ai pensé à toi, il n'y a pas longtemps : quand j'ai été chercher ma nouvelle moto à Bordeaux : une 'tite Kawa' 650, toute belle-toute noire, qui me fait un terrible petit jouet. Je lui ai donné le p'tit nom de Belle Negra, qui lui va au poil ! Avec les beaux jours qui reviennent, je suppose que toi aussi, tu vas ressortir ton jouet ? Ah ! je trouve que, pour le moral, c'est un truc diablement efficace !
Je t'envoie mes bises et mes pensées, Paki' !
du moins pour moi.Il y a des gens qui, absents,sont plus présents en moi que d'autres qui me côtoient et d'autres
que j'ai impérativement besoin de toucher pour apprivoiser
leur présence.Je ne sais plus qui disait: " le véritable
amour se mesure au besoin de la présence " mais n'est ce
pas une vision un peu égoïste des êtres et des sentiments ?
Il y a des touchers magiques et des présences routinières et inversement.Pour toutes sortes de raisons mon père était peu présent auprès de moi mais les rares moments passés avec lui m'ont laissé des souvenirs et une présence plus intenses que ceux laissés à des amis qui voyaient leur
père au quotidien.Je balance tout celà de façon désordonnée
mais à l'égard des gens que j'aime c'est difficile à exprimer et à imaginer leur présence est un début d'absence
et leur absence est un début de présence.C'est un sujet de
philosophie.
Ceci étant sois bien certain que j'ai grandement apprécié
ton beau texte et l'humain qui en ressort.
C'est très juste, Renaud, ce que tu dis de la présence et de l'absence, l'une reniant l'autre si paradoxalement parfois. On dirait aussi qu'on a quelque chose de commun, dans notre rapport au père, qui me permet de t'entendre à demi-mots sans avoir besoin de longues explications. Et, en effet, quelles traces indélébiles il en reste, c'est quelque chose qui m'étonne parfois, mais que j'apprécie, malgré la douleur que nous cause la mémoire, quand les temps sont passés et définitivement passés...
Il ne faut certes rien oublier, mais il faut aussi vivre au présent, et concilier les émotions incompatibles que l'hier et l'aujourd'hui entraînent parfois. Etre là, malgré ça, assez pour qu'on puisse compter sur nous, assez aussi pour oser compter sur nos proches, qu'ils soient de coeur ou de sang, et malgré les silences qui font parfois de nous des absents en présence, ou des présents en absence, des êtres pas tout à fait là, à l'esprit ou au coeur retenu ailleurs, menant un autre parcours le temps qu'il faut pour le saisir...
Merci enfin pour "l'humain qui en ressort" : cette part étant celle à laquelle j'aspire le plus, et de plus en plus avec le temps. Trop même, me semble-t-il parfois, mais sans que je veuille rien y changer, tant je ressens l'importance de garder cet attachement entier, si encombrant puisse-t-il être à l'occasion.
Quant à moi, je n'ai toujours pas sortie ma belle. Mes problèmes de santé m'en tiennent à l'écart pour l'instant, j'espère que ce ne sera pas pour tout l'été ! Comme je peux enfin allez voir les médecins, j'ai bon espoir.
Mais je suis heureuse pour toi, vraiment !
Loup est à côté de moi et me souffle : une 650 kawa ??? mais laquelle ?
Car vois-tu, c'est ce qu'il a lui aussi :-) et il en est très content.
Bises.
La Kawa er6-N, petit roadster, moteur twin, qui claque bien à l'accélération, à te mettre une musique des plus réjouissantes dans les oreilles. J'en suis très content, moi aussi. C'est un modèle 2009, après les modif' apportées au cadre (les plus importantes), celles au niveau esthétique étant plus discrètes, mais réussies à mon goût. Je mettrai bientôt quelques photos dans les albums, je te ferai signe ! Là, j'ai pas encore eu le temps : je roule trop avec pour la prendre en photo...
Valérie n'a pas récupéré la 125, non : ma Varadero était épave depuis le mois d'août dernier (et moi, privé de moto depuis lors aussi...). C'est un copain qui me l'a foutue par terre, dans les bois, juste au début des vacances, l'été dernier. Tu imagines si je l'avais mauvaise. Mais je lui dois des remerciements : c'est à partir de là que le permis moto s'est profilé. Plutôt que de reprendre une 125, dont les limites commençaient à me lasser, c'était l'occasion ou jamais de passer à autre chose. J'ai eu le permis en novembre, et depuis, je mettais des sousses de côté pour me payer celle qui me faisait envie. Et valà, non seulement c'est exactement le modèle que je voulais, mais même la couleur était celle que je préférais.
Quant à Valérie, elle a le permis moto depuis un bail, et on envisage de lui en prendre une aussi, moins récente sans doute (pas trop les moyens...), genre Zephyr ou Fazer, en 750. Le rêve étant de pouvoir se barrer tous les deux, chacun sa bécane, pour de chouettes virées de l'autre côté des Pyrénées...
Et Loup, c'est quoi, la sienne ? Une vilaine avec plein de watts, ou une plus civilisée ?
J'espère que tu pourras bientôt profiter de la tienne à nouveau. C'est vraiment un sacré remède à la morosité, ces p'tites choses à deux roues. Faut l'avoir essayé pour comprendre... Moi, y'a pas : dès que je grimpe dessus, j'ai le sourire qui s'étire jusque derrière les oreilles, c'est irrésistible !
Bises, Paki, à bientôt !
Une amie voulait refaire son garage et la moto la dérangeait. Comme son z'homme venait de s'acheter un de ces affreux scooter, il boudait la belle bleue !! Loup a passé quelques semaines à lui refaire une beauté, depuis elle vrombit comme un tigre. Le bonheur quoi !
Ah ! Monsieur est comme ma Madame : un p'tit faible pour les styles rétros ! Et dans le domaine, je n'irais pas dire "qu'importe le flacon...", lequel "flacon" fait même toute la différence, à ce qu'il me semble.
Un copain m'a passé une photo de ma Belle Negra, qu'il a prise dimanche sur son portable. Je vais lui ouvrir un nouvel album, j'en ajouterai d'autres, quand j'en aurai... En attendant, la v'là, la p'tite bête, vue de profil (deux zgondes... le temps que je le fasse...)
N'empêche, ça doit faire du bien après les mesquineries paperassières du bureau.
Mais je m'égare!
Quant au texte donc, le juste dépouillement d'une simple présence qui exprime l'essentiel et sa chaleur.
C'est pas discutable, elle va en prendre par paquets de douze, du virage pyrénéen, la Bella Negra. En fait, c'est le meilleur endroit à mes yeux, la montagne, à moto ! Mais c'est encore mieux quand on est plusieurs ! Tu sais, c'est comme toujours avec les bonnes choses : on peut les déguster seul, mais les partager, ça les rend plus délectables encore !
Et sinon, oui ! Après la journée de boulot, j'ai encore rien trouvé de mieux pour baisser le rideau en sortant du bureau que de grimper sur la moto. De tout le reste, rien n'y fait. Je rentre chez moi avec le cafard ou les nerfs, mais j'arrive pas à déconnecter. Avec la moto, c'est magique : je monte dessus, et c'est fini, le boulot n'existe plus, seul le plaisir, la mélodie du moteur, le vent, la route, le pied quoi ! J'arrive chez moi frais comme un gardon, la banane scotchée à la face, des éloges plein la bouche pour la Bella Negra, qui me botte vraiment bien !
Merci de ton passage, cher Vieux Marmot !
Si j'y suis arrivée ya pas de raison que toi non. Tu as sans doute commencé un petit quelque chose, il suffit que tu y rajoutes un autre petit quelque chose, et puis un jour tu es au bout. Depuis le temps que tu écris tu dois bien avoir des textes dont tu es content? Ils peuvent former un socle sur lequel tu bâtiras des nouveautés. Moi c'est ce que j'ai fait, et c'est pas trop incohérent. Au bout du compte, malgré les doutes (et j'en ai encore à la pelle) on est heureux d'avoir réalisé son petit oeuvre à défaut d'un grand.
Sinon la bécane, wouah super belle. Mon zom aime les looks rétros aussi mais je serai bien incapable de te dire la marque et le modèle. Je lui demanderai.
Bises du jour!
Je sais bien... C'est un truc que je me suis dit, déjà, et c'est vrai que j'aurais de quoi composer quelque chose, sans doute... Mais il faut aussi l'envie, et en ce moment, elle n'y est vraiment pas. Peut-être que je m'étais fait une idée trop ambitieuse de ce que je voulais réaliser ? Sans doute... A vouloir péter plus haut, tiens... C'est pas tellement nouveau, comme genre : je me vise des trucs impossibles à atteindre, comme ça, je m'épargne d'avance la peine d'y arriver. Doit y avoir quelque chose de malhonnête là-dessous, faudrait creuser...
Mais ça me fait plaisir, ô combien ! que tu aies mené ton projet au bout. J'ai appris ça avec un bonheur sans mélange, sautant sur le lien aussitôt pour aller voir. Je me frotte les mains d'avance, de pouvoir te lire sur le papier. Celui-là, c'est sûr, je vais le dévorer !
Sinon, la moto, bin c'est mon grand plaisir, vouik ! Je suis comme un vrai gosse : les mirettes illuminées dès que je la regarde, et ne ratant pas une occasion de la sortir. Faut dire que je l'ai d'abord attendue un bout de temps, et qu'ensuite, c'était exactement celle que je me rêvais. Toutes les autres, quand je les envisageais, tenaient du pis-aller. Celle-là, c'était mon must. Je ne suis pas très rétro, moi, ni hypersportives non plus : la moto, pour moi, c'est pour la ballade, en montagne de préférence. Faut donc qu'elle accroche bien le bitume, qu'elle ait du couple et du souffle, et pour l'esthétique, c'est le genre roadster qui emporte ma préférence : pas de carénage, pas de valises, pas de hard-top (j'ai quand même un p'tit truc qui se fixe sur le réservoir, que j'essayerai un de ces jours, pour voir si c'est pas gênant à l'usage...).
Tiens, t'as vu, j'ai plus à écrire sur ma moto que sur ma plume, en ce moment... C'est peut-être l'effet tout-nouveau-tout-beau, mais en même temps, je me souviens que même avec la Varadero, qui n'était qu'une 125, au bout de 2 ans, si les limites du moteur commençaient à me lasser, en revanche, les virées à moto ne me faisaient pas moins plaisir et n'avaient toujours pas moins d'effet sur mon humeur. Tiens, j'ai même réussi à convaincre Valérie de s'en reprendre une aussi, pour qu'on puisse aller tourner dans les montagnes et passer en Espagne, à l'occasion. C'était mon seul regret, dans ces virées : qu'on n'y soit pas tous les deux, chacun sa bécane, pour rouler vers le soleil !
Mes bises du jour aussi !
J'oublierai pas, et je te remercie !
Bises
Je ne sais que dire si ce n’est que je suis contente de te relire.
A ma mère qui vient de mourir, c’est ce que j’ai dit dans l’oreille : on est tous avec toi, merci pour tout !
Il me reste cette « peine immense » que je n’arrive pas à exprimer par des mots. Les mots ne m’aident pas, sauf ceux des autres, seules les images me réconfortent !
Ma chère Saravati, il y a si peu à dire dans l'immensité de ces peines, dans ce qu'elles creusent en nous de manque et de détresse... J'ai perdu mon père il y a quelques années maintenant, je ne saurais dire combien au juste : la date de sa mort, même l'année, refusent obstinément de me rester en mémoire. Et qu'importe... Il n'est plus là, cela suffit. Et puis il est là autrement, si souvent, si profondément, si intensément... Je ne dirais pas "parfois", ni quand, ni comment : ils nous reviennent sans prévenir, dans un geste, un mot, quelque chose de rien, ou dans les grands moments de vide et de chagrin, où ils se glissent auprès de nous, comme pour nous rappeler de petites choses essentielles, qui doivent nous aider à poursuivre le chemin...
Je suis de tout coeur avec toi, Saravati, quoique nous ne nous connaissions que peu, mais parce que cette peine est certainement très fraternelle dans ce que nous y éprouvons et y perdons de nous-mêmes. Et qui nous fait nous connaître bien, nous connaître mieux, dans ce qu'elle verse en nous...
J'ai envie d'ajouter cette consolation que j'y ai trouvé en chemin, après : que chaque larme que nous versons sur leur mémoire est un hommage que nous rendons à l'amour qui nous a uni, en quoi elle est belle, en quoi elle est sacrée, en quoi aussi elle nous enrichit infiniment puisque, plus nous les pleurons, et plus il y a d'amour à exprimer, et c'est une grande faveur que d'en avoir à pleurer.
Très amicalement à toi, Saravati...
Je ne sais comment te remercier pour tes mots ...seulement m'en imprégner. Ton empathie me touche beaucoup, mais çà, à lire tes textes si sensibles, je le savais déjà !
Amitiés
C'est drôle, ce que tu dis, Saravati : un jour, quelqu'un m'a dit que je ne comprenais même pas la signification du mot "empathie"... Et nous sommes ainsi faits, ou, à tout le moins, je le suis, que les choses les pires qu'on ait pu nous dire sont justement celles dont je me souviens le mieux, et auxquelles j'accorde quelque crédit, oubliant les qualités qu'on a pu me prêter, et auxquelles j'ai tellement plus de mal à croire...
Je n'en suis pas moins sensible à tes mots, et t'en remercie bien.
Bien amicalement à toi
Entre ce que nous sommes fondamentalement dans le moment présent et ce que l'autre voit en nous, il y a un fossé que l'on arrive parfois à combler.
Pour en revenir à l'empathie, tu le sais aussi bien que moi, elle permet de comprendre les sentiments de l'autre, mais pas d'être vis-à-vis de l'autre ce que celui-ci voudrait qu'on soit avec lui. Quand les espaces entre les gens se creusent, ce genre de reproches dont tu parles est courant. Ce n'est pas pour ça qu'il reflète la réalité !
Bonne journée à toi !
J'allais te répondre quelque chose comme "oh je sais bien !", et puis mes pensées ont glissé vers cette prétendue certitude, comme pour observer de quoi elle était faite... Finalement, c'est moins simple qu'il y paraît. Non que je ne puisse dire que je le sais : ton raisonnement est irréprochable et ta conclusion évidente, j'y acquiesce en toute bonne foi, comme si j'en étais convaincu, et pour tenter de dire le vrai, une part de moi l'est en effet. Mais une autre, que je ne connais pas d'hier, mais que je ne crois pas avoir jamais pris la peine d'étudier plus à fond, s'ingénie pourtant à croire ce qu'on a pu me dire de plus sombre sur ma petite personne. J'y songeais tout à l'heure, notre échange a poussé plus loin ce raisonnement : je n'étais peut-être pas ce qu'on me disait de mal, mais je me demande si, à l'entendre, une part de moi n'en a pas pris acte pour y croire et, en quelque sorte, le devenir, même de façon illusoire, même sans me convaincre absolument, mais comme on mêlerait son sang d'une infime goutte de poison, qui fait son oeuvre souterraine et silencieuse...
Je vais tâcher d'y penser plus sérieusement. Il y a peut-être quelque chose par là à remuer et bousculer...
Merci à toi, et bonne journée chez toi aussi !
Tu touches ici la difficulté de vivre une relation et de continuer à la vivre sereinement
Quand les nuages surgissent, on a tendance à s’ingénier à prouver la culpabilité de l’autre et par là notre peu de responsabilité, c’est un mécanisme d’auto-défense presque inné.
Avec le recul, savoir que quelqu’un qu’on a aimé pense ce mal de nous et parce qu’il reste quelque chose de cet amour, penser qu’il ne peut pas avoir tout à fait tort.
Tout ça dans une réalité qui n’est ni la nôtre ni celle de l’autre mais un terrain neutre où l’on se débat et où l’on essaie de trouver ses marques. Alors peut-être on arrive à son tour à se culpabiliser et de cette manière dégager l’autre de sa totale responsabilité dans l’incompréhension, l’échec.
Selon ce qu’on éprouve, ces reflux d’amour ou ces poussées d’amertume, on réécrit l’histoire sous ce nouvel éclairage. Mais cela ne veut pas dire que c’est la vérité.
Je ne sais si c’est clair, les méandres de la pensée sont tellement fluctuants, mais je te donne mes réflexions à chaud, je crois que dans la pensée le premier jet est le plus authentique même s’il n’apparaît pas évident. C’est une discussion qui peut aller très loin, encore que le terme discussion ne soit pas le plus adapté, car dans notre conversation, il ne s’agit pas de discussion mais de partage. Merci pour ce partage, Bifane !
Il y a la part des relations très proches, évidemment marquante et essentielle, où nous nous contruisons plus ou moins selon le regard qu'on nous accorde, tant et si bien que les gamins méprisés, ignorés ou maltraités n'y parviennent que dans un chaos impossible.
Il y a aussi toutes les autres relations, plus ou moins importantes, et parmi elles, les plus fugaces, les moins durables, qui ne sont pas forcément celles qui comptent le moins, la durée n'ayant à la vérité qu'assez peu d'importance, puisque seule compte l'intensité et la profondeur d'une liaison d'un être à l'autre. Et dans ce flux changeant, qui parfois se grossit et d'autres fois devient désert, des êtres d'explosion qui deviennent pour chacun de nous des repères, des points cardinaux, où quelque chose a remué en nous, a grandi ou s'est détruit, s'est bonnifié ou s'est blessé. Et quelquefois, le tout ensemble, dans un inextricable méli-mélo... Ceux-là posent des pierres qui, je crois, demeurent et nous évoluent, si l'on peut parler d'évolution dans ce sens.
Certains savent-ils si bien trier le bon grain de l'ivraie qu'ils ne gardent de tout ça que le meilleur, la part la plus lumineuse pour eux, et se nourrissent de cette énergie formidable pour devenir ? N'y a-t-il que quelques éclopés, en fait, qui, souffrant d'un raisonnement ou d'un fonctionnement particulièrement tordu, au lieu de ne garder que le bon, prennent au contraire tout le mauvais, qu'ils conservent et ressassent à l'infini ?
Je songe souvent à quelques phrases qu'on m'a dites, les unes qui me visaient particulièrement, mais d'autres aussi qui étaient jetées dans la conversation sans me regarder moi, et que j'ai prises avec plus d'attention que d'autres. Il en est une qui me revient souvent, et à certaines périodes plus encore : "Il n'est pas doué pour le bonheur". Elle n'était pas pour moi, je l'ai juste attrapée au passage, et gardée. Ce qu'on disait de ce type, ce pauvre type qui s'était enfoncé dans une spirale malheureuse, il me semble pouvoir me l'appliquer si souvent, si justement...
Pourtant, dans ces relations qui nous touchent, nous marquent et laissent sur nous, en nous, leur empreinte, il y a eu du bon, de l'excellent, de la lumière à nous réchauffer l'âme. Je pourrais ne cultiver que cela, me remémorer cette part vibrante et sincère de toutes ces relations. Or, à la réflexion, il me semble au contraire que je l'oublie, qu'elle ne prend pas racine en moi, qu'elle se disperse avec le temps. Ce qui demeure et s'enracine au contraire, ce sont ces jugements sombres, ces répliques quelquefois seulement inspirées par la colère du moment, et même souvent des accusations dans lesquelles je percevais et pouvais définir toute la mauvaise foi qu'elle contenait, où, pourquoi et comment. Il n'empêche, ce sont ces scories-là qui se sont accrochées...
Bon, je ne vais pas aller plus loin dans le déballage. En réalité, ça n'en est pas un : juste une mise en relief de quelque chose dont, jusqu'ici, je n'avais peut-être pas vraiment pris conscience. Non que je ne l'avais jamais vu : ce n'est pas la première fois que je me rends compte à quel point le négatif me marque en profondeur, quand le positif ne fait le plus souvent que m'effleurer. Mais je crois que je n'avais pas observé combien ce principe, ce mécanisme, a perduré et s'est installé, résistant au plus simple bon sens, et se répandant peut-être trop généreusement...
Merci à toi de m'avoir donné l'occasion de mettre le doigt là-dessus. Peut-être y a-t-il quelque chose à faire par là, comme je le disais tout à l'heure, quelque chose à bouger, à changer, à remettre dans le bon sens...