Je vais,
et ce n'est pas d'aller, au fond,
qui rend l'âme plus belle
ou plus légère.
Je vais,
à rêver de grands soleils blonds
et d'empreintes nouvelles
à l'éphémère.
Demain,
nos pas peut-être iront là-bas,
où vivre et se connaître ;
dans nos caresses,
nos mains,
toute la chaleur de nos bras,
tout cet amour dans l'être
et sa noblesse...
Ou bien
il fera froid comme d'hiver,
un froid d'indifférence
sans queue ni tête,
les chiens
viendront se disputer nos chairs,
aux noires décadences
de la défaite.
Demain,
où il n'est plus que le passé,
quand la vieillesse glisse
dans son naufrage.
Plus loin,
au soir des temps, où nul ne sait
comment les jours finissent,
ni le voyage.
Je vais,
mon errance cherche son nom,
et mon âme ses ailes
et sa lumière.
Je vais,
comme tous les hommes s'en vont
de mémoire éternelle
sur cette terre.
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
Merci Cagire. Bon, bin du coup, je le laisse. Je me connectais justement pour le retirer, ce pauvre poème... C'est beaucoup, sans doute trop, que de le hisser à de si prestigieuses comparaisons. Je n'en avais pas l'ambition, comme bien tu penses... Mais en effet, nulle humeur bien déclarée, pas un sens bien affirmé non plus, quelque chose comme un regard passé au hasard des évidences, survolant son sujet sans vouloir s'y attarder, et peut-être paresseux un peu...
A bientôt, Cagire, en bonne semaine chez toi !
L'insatisfaction pour moteur, oui, sans doute. La question que je me pose parfois est d'où elle nous vient ?
Et peut-être parfois y réussissons-nous... ;o)
Comment oublier cet article lu dans la presse internationale, où des chiens venaient disputer les chairs d'une jeune fille que des soldats avaient sauvagement assassiné, son cadavre était resté de l'autre côté des barbelés, sous les yeux de ses parents, prisonniers dans un camp...
Il y a quelques années de cela, en Europe, non loin de chez nous.
Souvenir sombre, à nous laisser à l'esprit ce qu'est la nature humaine, poussée dans certains de ses retranchements. Elle s'est souvent illustrée de la sorte, dans le pire, avec trop peu dans la part du meilleur pour contrebalancer les horreurs dont elle est coupable...
Christian Bobin.
Il faudra qu'il arrive à bon port, mais nous y travaillerons !
Sans doute, ma chère Frédérique, mais je tiens qu'il vaut mieux exprimer ce qu'on ressent, quitte à ne présenter d'autre intérêt que pour soi seul, que de singer hypocritement ce qu'on ne ressent pas. Or, chaque sentiment, comme chaque chose, en son temps. Et si j'en suis à celui de la grisaille, il n'est dit nulle part qu'elle soit définitive.
Un de ces quatre, il y aura quelques couleurs encore, et tu seras contente ! ;o)
Tout ça ne valait pas des excuses, Frédérique : je ne l'avais pas mal pris, je te répondais peut-être moi-même brusquement, mais le fait est : j'écris dans l'humeur du moment, et il se peut qu'elle manque de couleurs ces temps-ci, la saison ne s'y prêtant guère. Comme il se peut aussi que l'humeur trop uniforme de mes derniers écrits finisse par lasser, ce qui semble d'ailleurs être le cas (et je ne parle pas de toi, puisque tu te donnes encore la peine de me laisser un mot !), mais tant pis. J'écris pour me défouler l'âme, pour en évacuer les trop-pleins et poser quelque part les petits fardeaux que nous nous trainons sur l'épaule, et qui finiraient par peser si on n'y prenait garde. Ce nombrilisme a sans doute ses limites, quant à l'intérêt qu'il peut susciter, mais tant qu'il me sert encore bien d'éxutoire, je continue d'en user, quitte à en abuser peut-être.
Passe une bonne soirée, Frédérique, et ne t'excuse de rien : il n'y a pas de quoi !
Bises de matin très frais !
C'est assez frais chez nous aussi : ce matin, la campagne est couverte de neige, les gamines ont même pu sortir la luge !
A part ça, le verbe aller est de ceux qui me plaisent le plus, pour ce qu'il suppose de vie, d'espoir et de volonté. Quoiqu'on n'aille pas toujours comme on voudrait...
Mes bises à toi aussi, Sophie !
Je vais,
Demain,
Ou bien
Demain,
Plus loin,
Je vais,
Je vais..."
Mais aujourd'hui, ici, tu es, intensément, Bifane...
:)
C'est un résumé qui lui donne un air bien optimiste, finalement !
c'est précieux pour moi qui suis encore bien trop crispée sur des instants qui semblent au bord du chavirement (et hélas, ils y plongent parfois).
J'ai enfin retrouvé une voie d'accès à Babelweb, et je viens te donner la bise, en amie :).
Content de te voir de retour, Karedig ! J'espère que tu nous redonneras des choses à lire bientôt. Je passerai te rendre visite, mais je n'ai pas beaucoup de temps pour Internet en ce moment.
Merci de ta visite, et mes bises en retour !
"Va, petit mousse,
Où le vent te pousse,
Où te portent les flots
Sur ton navire,
Vogue ou chavire
Dans le fond des eaux.
Peut-être qu'une reine
Te donnera sa main
Peut-être une baleine
Te mangera demain
Va, va, petit mousse
Vole où le vent te pousse ..." :O)
Le mien, je ne sais pas. Mais le tien, à coup sûr !
Sinon tu savais que le petit Mousse c'était aussi un bateau bordelais, vieux de 100 ans, en train de rouiller dans un jardin public ? Moi nan.
Tiens, j'suis allé voir la tête qu'il avait (une tête d'oiseau d'ailleurs...), vu que, encore qu'ayant habité Bordeaux quelques temps, je ne l'ai jamais vu. Je ne devais pas me promener dans le bon jardin, ou bien peut-être n'y était-il déjà plus. Mais c'était il y a déjà vingt ans, si je compte bien... Pffff... Des fois, on se sent comme le p'tit mousse, on se laisserait bien mettre en cale sèche, tiens !
L'errance voltigeante... yep ! Je l'ai vu de suite, qu'il était pas du genre à aller au fond des choses, à chercher midi à quatorze heures. Plutôt à regarder le chemin comme il va, prendre note, vaguement, de notre façon d'y aller, et passer à autre chose, plus loin. Il me va bien comme ça. Je me vois pas chercher plus loin non plus en ce moment. D'autant que, comme ça, à vue de nez, j'aurais plutôt l'impression qu'en gros, y'a rien de si exceptionnel à trouver, au bout du compte, que de bons souvenirs à se tailler au bout d'bois, tant qu'on peut, ce qui est déjà fort bien.
Bon, avec ça, ça va, j'ai pas cent ans, mais n'empêche, j'suis bien content quand même...
vie, de liberté et d'infini.
Je n'aurais pas été si radical, Renaud, mais j'opine pourtant que ces notions de prennent réellement de prix qu'à l'épreuve des solitudes et errements de nos cheminements...
Et j'aime beaucoup celui-ci. Il laisse une drôle d'impression douce-amère. Comme si le poète était vieux... et immortel à la fois. Vivant, écrasé d'espoir... et indifférent en même temps. Enfin bref drôle d'impression vraiment. Tiens, je vais le relire !
Je te remercie du compliment, Spyrall. Le rythme est une recherche constante, chez moi, et je n'écris rien sans en poursuivre un en particulier. L'ennui étant que celui qui me résonne à l'oreille ne ressort pas toujours si évidemment à la lecture. Peut-être que je m'améliore donc de ce côté-là, et c'est une bonne nouvelle !
Il est courage, et vie.
La stagnation est cent fois plus tragique : elle "va" mal. Tellement qu'elle s'enkyste, se putréfie, et noircit le tableau en y prenant tout l'espace.
Celui qui va est en rencontre. Celui qui reste est en replis. Plus rien ne brille. Sauf sa douleur.
La vie du mouvement, oui, un élan par définition positif, quoiqu'il traverse, puisqu'il accepte de le traverser...
Merci Sophie. L'une des fêtes est déjà passée, et fort bien passée, je dois dire, où l'on s'est amusé beaucoup, dans une bonne humeur comme je n'en avais plus vu la Noël inspirée depuis des années. Avec quoi le Père Noël fut assez généreux, à réjouir tout le monde sans simple politesse d'usage.
Je t'envoie mes bises enguirlandées et neigeuses, bien dorées au coin du feu, qui reste, ces jours-ci, le seul endroit bien fréquentable, tant le froid s'est durablement installé (-11° ce matin). En espérant que tu passes toi aussi de bonnes fêtes, avec quelque chose d'assez sympathique en perspective pour faire un doux souvenir de la soirée du Nouvel An. A bientôt !