Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 17:17

Un voile est sur mes yeux, de soie noire et légère,

          à peine si je l'ai senti

          quand il a glissé de mon front

          sur mes paupières,

          et ses douceurs me font

          la caresse d'un ennemi.

 

On dirait que descend une nuit calme et tendre,

          on tend l'âme vers elle, un peu,

          comme s'il y avait du bon

          à mieux l'entendre,

          à se baisser d'un ton,

          peut-être en-dessous des flots bleus...

 

Mais dans l'ombre paisible, une ombre plus subtile

          surprend nos yeux qui s'égaraient,

          croyant voler vers nulle part

          dans l'inutile,

          une ombre, ou le hasard

          de nos sentiments ignorés...

 

Et soudain, cette nuit transpire d'une larme

          luisante, au sel inattendu,

          aussi profonde que la mer,

          rien qu'une larme,

          son goût sur le revers

          qui ne nous est pas inconnu.

 

Est-ce moi qui pleurais ? Au dedans, en silence ?

          Est-ce moi, ce ruisseau damné,

          cette boue au lieu du terreau,

          cette souffrance

          griffée à fleur de peau,

          ce soir d'un monde abandonné ?

 

 

Publié dans : Ceux qui murmurent aux brumes
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
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Commentaires

Tiens! Celui-ci sent vraiment le Bifane. Comme libéré de la grisaille et de la rage, magma nécessaire sans doute, et puis l'ombre sereine comme une paix fatale qui prépare la lumière dans un sursaut à travers la douleur.
Oh! Je me relis et je trouve mon commentaire prétentieux dans la sentence, comme souvent d'ailleurs, mais je le laisse parce qu'au dedans, mon ressenti est quand même là.
Commentaire n°1 posté par Vieux marmot le 24/05/2011 à 21h29

Les réactions du lecteur sont quelquefois surprenantes, mon cher Vieux Marmot, mais c'est sans doute pour ça qu'on prétend "donner à lire" : c'est une autre démarche que celle de l'écrire, et ce qu'il en ressort est personnel au lecteur. Pour ma part, j'essayais de mettre le doigt sur quelque chose d'assez indicible dans le cheminement intime de nos perceptions, de ce glissement d'un état d'âme à un autre, d'une humeur de saison à une autre, dans ces perspectives plus durables que l'instant seul, qui changent nos regards sur le monde et la vie, qui parfois les illuminent et d'autres fois les obscurcissent, sans qu'on ait bien saisi ce qui avait changé d'un regard à l'autre...

Réponse de Bifane le 25/05/2011 à 09h30
oui c'est toi, mais c'est aussi n'importe qui d'autre.
Une poésie universelle.
Commentaire n°2 posté par la vieille dame le 25/05/2011 à 08h17

Ce qu'il faut dire à un poète pour lui faire plaisir : la langue universelle... Celle qui voit la vie, l'entend et l'explore, la recherche et la ressent, quitte à s'y perdre quelquefois...

Réponse de Bifane le 25/05/2011 à 09h31
Ami Bifane, c'est un très grand, celui-là... Quand le rythme lui-même est signifiant, la musique des mots est si naturelle qu'on respire avec elle.
J'y retrouve tant de choses de moi, mais c'est toujours comme çà avec les bons poèmes et poètes, ils parlent du cœur des autres en ouvrant le leur.
Il y a comme une ombre douce, une lenteur mélancolique où la souffrance semble s'apprivoiser; on y vit dedans comme entouré de voiles de soie. Mais elle n'est en fait que le petit moment qui précède les larmes, par magie noire étalé sur des années entières...
Je t'embrasse, Bifane, très émue, vraiment, par ce que je viens de lire.
Commentaire n°3 posté par Sophie le 25/05/2011 à 09h09

Une magie noire, oui... J'aurais pu parler de ça, parmi ces ressentis, ce quelque chose qui semble s'imposer, et contre lequel l'âme est impuissante, au moins pour un temps, à opposer quelques lueurs de secours, quand bien même ces lueurs sont véritables et, sans doute, serviront plus loin, comme elles ont servi déjà...

Peut-être qu'il y a beaucoup, beaucoup d'efforts en vain, et que ces efforts, au lieu de nous endurcir toujours, de nous aguerrir à force de répétition, quelquefois font un effet de sape et nous épuisent d'un coup, jetant une fatigue, une lassitude dans l'âme comme l'orage crève sur la terre et la noie.

Mes bises du jour, Sophie, un jour ensoleillé, quoique laborieux. J'ai l'humeur à m'accrocher au soleil, pour ne pas me laisser piétiner par le labeur, c'est déjà ça, l'humeur !

Réponse de Bifane le 25/05/2011 à 09h42
Les ombres aiment danser, alors, l'ombre qui caresse n'est jamais bien loin de celle qui mord ! Et je trouve ce poème magnifique.
Commentaire n°4 posté par Spyrall le 25/05/2011 à 11h04

Est-ce que ce sont les ombres qui dansent, ou bien nous qui dansons autour d'elle, sans oser y pénétrer, tant quelque chose de nous, en profondeur, sent bien ce qu'elles contiennent ?

Merci du compliment, Spyrall

Réponse de Bifane le 26/05/2011 à 09h08
Oui, je vois. Mais cette façon de dire l'indicible et ses facettes avec un coup de crayon réaffirmé me semblait arrachée d'une période chaotique ou plombée par le doute que Bella tchitchi(comme dirait Tino ou Astérix) n'arrivait qu'à pommader.
Commentaire n°5 posté par Vieux marmot le 25/05/2011 à 22h31

Je ne sais pas si c'est "réaffirmé", comme tu dis, mais en tout cas était-ce, au moment de l'écrire, un peu plus clair et plus sensible que de coutume, comme si tu suivais une vague qui vient, gardant la vitesse et la courbe, sans passer outre ni rester en arrière. Alors, j'ai suivi... Il y a une suite, mais j'hésite à la publier...

Du reste, en effet, la belle Negrita manque à combler le vide, mais je ne me faisais guère d'illusion là-dessus. Disons que, pour le moins, quand elle m'emmène au hasard des routes, je passe un bon moment, très agréable, libre, grisant. C'est déjà ça...

Réponse de Bifane le 26/05/2011 à 09h15
rien que le titre est anonciateur d'une lecture calme et profonde, les mots qui viennent de l'intérieur.
Commentaire n°6 posté par lutin le 26/05/2011 à 11h03

Merci Lutin. Je trouve qu'en ce moment, j'arrive assez bien à trouver un titre qui annonce ce qui suit. Il fut un temps où je me triturais la tête pour intituler, et depuis quelques temps, le titre me vient à peine le poème "fini"...

Réponse de Bifane le 26/05/2011 à 13h00
Bonsoir Bifane.
Chaque larme,de tristesse ou de joie,est un instant de
mémoire du corps et de l'âme comme la lave est la mémoire de
la terre.La larme,comme la lave, remonte lentement ou subitement et amène en pleine lumière nos ombres enfouies.
Merci pour ton beau texte sensible et profond.
Commentaire n°7 posté par renaud le 26/05/2011 à 21h21

La mémoire étant sans doute l'un des premiers éléments qui nous composent, il serait vain de vouloir la renier, mais il est certainement dommage et dommageable que nous ne sachions pas mieux la gouverner, pour qu'elle ne soit pas occupée seulement d'une part, qu'elle soit d'ombre ou de lumière, mais qu'elle sache embrasser l'ensemble d'une vie, et nous enseigner à poursuivre notre route avec ce savoir...

Merci à toi pour ta visite, Renaud !

Réponse de Bifane le 27/05/2011 à 10h07

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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