Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 12:09

D'un port ou d'une gare,

          d'un lieu d'histoire et de destin,

          des portes d'une ville ancienne,

          de n'importe où,

          poser dans leurs traces la mienne,

          au pas d'autres hommes, le mien,

          qui de même s'égare...

 

Faut-il qu'on nous attende ?

          Je n'apporte rien de nouveau :

          d'aucuns ont pleuré sur ce monde,

          tant d'autres fous

          qui n'ont pas su une seconde

          le rendre plus digne ou plus beau.

Il faudrait qu'on nous pende !

 

J'ai l'âme lasse et vide,

          le goût me vient comme un ami

          des grands déserts et du silence,

          de l'abandon :

          ni foi, ni sens à l'existence,

          qui sait où tout cela finit,

          au creux de quelle ride ?

 

Que fais-tu là ? Je passe !

          Je ne connais pas mon chemin,

          je n'entends rien à nos tristesses,

          ni leur raison,

          ni l'énigme de leurs sagesses,

          ni l'hypothèse de leur fin.

Je vais et je m'efface.

 

 

Publié dans : Ceux qui s'évadent
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Commentaires

Bonjour Bifane ! Je suis très fatiguée, mais passer te lire est parfois irrésistible, et vraiment tes deux derniers poèmes font partie de ceux qui m'ont le plus touchée. Je ne saurais pas expliquer pourquoi, et je m'en fiche. Ils sont juste... beaux. Voilà !
Commentaire n°1 posté par Spyrall le 27/05/2011 à 17h08

Merci Spyrall, merci beaucoup !

Un petit grain d'inspiration est venue se mêler à ma machine silencieuse, qui fait des mots et dit des vers. Ce ne sont peut-être pas encore des choses très joyeuses, mais je ne m'en réjouis pas moins de trouver le chemin de les dire...

Bien amicalement à toi, Spyrall

Réponse de Bifane le 27/05/2011 à 17h12
"J'ai l'âme lasse et vide,

le goût me vient comme un ami

des grands déserts et du silence,"

Et comme c'est un ami, avec lui je fais aussi un bout de chemin. On va peut-être se rencontrer, voire se rejoindre?

Encore un beau brin de poème, une belle inspiration en gris-bleu, ça me parle bien sûr.

Je t'embrasse, passe un bon dimanche :)
Commentaire n°2 posté par Désirée le 28/05/2011 à 19h20

Heureux que mon gris-bleu te parle, ma chère amie. C'est un peu l'indice de ce que je me trouve sur une bonne voie, quand l'appréciation vient de toi. J'espère seulement ne pas m'y attarder trop longtemps, tant elle m'apparaît plus comme un temps de préparation que comme un aboutissement. Mais au fond, ne sommes-nous pas toujours en préparation de quelque chose, à commencer par cette si difficile tâche de devenir ?

Mes bises d'un lundi vacancier, où le repos fait du bien.

Réponse de Bifane le 30/05/2011 à 11h31
Même si tu ne connais pas ton chemin, celui-là poursuit le, sans craindre la fatigue qui d'ailleurs s'estompe. Sans doute l'été qui est venu trop vite brouille t-il les cartes du renouveau, mais le terreau était riche et la graine profonde...alors, patience et sérénité.
Commentaire n°3 posté par Vieux marmot le 29/05/2011 à 22h40

C'est amusant, ce que tu dis : je songeais en te lisant que l'idée de voir les cartes se brouiller n'est pas pour me déplaire. Il y a des cartes qui se posent trop sûrement, comme si elles devaient être définitives, et auxquelles on s'habitue, à défaut de trouver le moyen d'y répondre. Décider de mettre un peu le foutoir là-dedans, c'est certainement une très bonne chose !

Le malheur veut que ni la patience ni la sérénité de soient mon fort, mais j'y travaille...

Réponse de Bifane le 30/05/2011 à 11h33

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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