Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 13:20

Il tombe entre les pluies

          des averses d'antan,

          des perspectives silencieuses

          où l'horizon

          n'est plus au devant de nos vies.

Ces cheveux blancs

          comme une rivière oublieuse

          de visages sans nom...

 

Les nuées nous appellent

          de leur étrange voix,

          mais que leur reste-t-il à dire

          depuis si loin ?

De quels échos reviennent-elles

          dans l'autrefois,

          qui n'en finit plus de relire

          ce vide après le point ?

 

C'est une pluie dolente

          d'un regret indistinct.

Parfois mes yeux s'y reconnaissent

          comme en reflet ;

          dans son empreinte ruisselante

          il me revient

          les vieilles et folles promesses

          d'un roman essoufflé...

 

Sous le ciel, je tends l'âme

          à poursuivre son chant

          parmi des légions de murmures,

          mais il est tard,

          les feux rendent la flamme,

          à peine temps

          qu'un oeil comme le ciel s'azure

          d'une larme en retard...

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
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Commentaires

Tout en blues, mais léger, doux, de la bonne nostalgie sans tristesse, ou alors juste un soupçon...j'aime beaucoup ce poème Bifane. Il m'a fait un sourire parce qu'à te lire je repensais à Vernaison disparu, à la fois si loin et tout près, logé dans l'enfance qui rutile.



Mes compliments et mes bises du jour :)
Commentaire n°1 posté par Désirée le 01/09/2010 à 08h48

Oui, c'est drôle : j'y avais vu un lien aussi, quelque chose de familier entre tes souvenirs et ce que j'avais écrit... Je le gardais sous le coude depuis quelques jours : il y avait des choses qui n'allaient pas, puis c'est venu, après avoir lu ton poème peut-être, je ne sais plus...

Mes bises en retour, Désirée !

Réponse de Bifane le 01/09/2010 à 09h26
J'aime toujours autant "ce vide après le point"
(Je repasse un peu plus tard, Bifane)
Commentaire n°2 posté par Cergie le 01/09/2010 à 10h47

Tiens... ça me fait penser que je l'ai peut-être déjà servi quelque part, celui-là... ?

Cette idée du point final, qui peut-être ne le serait pas tant... Mais celle de pouvoir toujours recommencer n'est-elle pas trop optimiste ? Il y a bien un moment où la foi doit nous manquer. Je parle de celle qu'on met en soi, comme tu t'en doutes, n'ayant pas la superstition de cultiver l'autre...

A plus tard, Cergie ! ;o)

Réponse de Bifane le 01/09/2010 à 11h47
I enjoyed your poetry.
Commentaire n°3 posté par Abraham Lincoln le 01/09/2010 à 12h26

Merci beaucoup. Je n'ai malheureusement que de très vagues notions d'anglais, bien insuffisantes pour répondre dans la langue de Shakespeare, mais je n'en suis pas moins flatté que celle de Molière vous plaise à travers mes mots.

Bien le bonjour !

Réponse de Bifane le 01/09/2010 à 13h04
"Entre les pluies des averses d'antan"... Veux tu dire que le passé se glisse dans nos jours d'hui ? Bien sûr. Toujours et il faut lui ouvrir la porte et nos oreilles et nos coeurs. Le laisser venir à petit pas au rythme de la mémoire qui chancelle, celle de l'ancien qui n'a plus personne avec qui partager alors il raconte ce qu'ils se souvient avoir vécu avec celui ou celle qui est venu bien après ce temps là de ceux qui étaient là et n'y sont plus.
Il faut de la patience, savoir prendre ce qui est donné et vient comme d'une source.
Je ne crois personnellement pas qu'il y ait rien après le point. LeS pointS, d'ailleurs. Ce sont d'autres routes qui se prennent à la patte d'oie, ou bien même les routes se suivent en parallèle avec des AR de pensée qui éclairent le présent.
Du passé, quoique j’en aie l’air, je n’ai pas de regret. Je tâche de vivre tant que je peux les bonheurs du présent, les petits tracas aussi qui seront magnifiés dans le futur, le présent de ceux que j’aime à leur coté. Il est toujours temps après le point d’essayer de se consoler et puis se souvenir et redécouvrir souvent, de comprendre ce qu’on n’avait pas saisi. Tu sais Bifane, il n'est jamais trop tard avant le point.
Commentaire n°4 posté par Cerge le 01/09/2010 à 13h38

L'idée du vide après le point prête un peu à confusion. Qu'est-ce que le point au juste ? De quel point s'agit-il ? Si le point représente la fin ultime, alors je te rejoins : rien au-delà, c'est aussi mon avis. Je n'en jurerais pas, mais je ne jurerais pas davantage du contraire. En fait, c'est un sujet dont j'ai tendance à penser qu'il ne me concerne pas : puisque je ne sais ni ne puis savoir, à quoi me sert de me triturer l'esprit et de m'inventer des dieux qui ne répondent ni n'influent nullement sur mon existence ? Voilà à peu près où j'en suis, et j'y suis plutôt bien.

Le point, ce peut être autre chose. La fin d'une histoire, la fin d'un temps, d'une époque, d'un être aussi... Au-delà, ce sentiment de vide qui ressort des choses perdues, des êtres disparus, des époques révolues. Du vide pour ce qui aurait pu suivre l'histoire et ne l'a pas suivie, mais autre chose, d'autres chemins, que je ne regrette pas non plus, en général. Les périodes difficiles, même, ont cela de précieux qu'elles nous enseignent énormément plus que les périodes heureuses. Est-ce une raison suffisante pour ne pas les regretter, je ne saurais dire, mais à y penser sérieusement, sincèrement, je ne crois pas qu'il y ait une période dans ma vie que je souhaiterais effacer si je le pouvais. Peut-être d'autres choix, peut-être l'aventure d'autres chemins auxquels j'ai renoncé en leur temps, peut-être... Mais la part du vécu, si rude fut-elle, et elle ne fut pas que ça, heureusement, m'a pourtant enrichi de quelque chose, d'humanité pour le moins, de compréhension de mon humanité et de celles de mes pareils. C'est déjà beaucoup...

Quant à savoir s'il est, s'il peut être trop tard... C'est une lourde question, non ? Il est forcément trop tard pour certaines choses, toujours, mais là où tu as raison, c'est qu'en effet, il est dommage de perdre son temps à les regretter : c'est autant de peine perdue, de forces dissipées qui pourraient servir à essayer autre chose, de nouvelles chances, de nouveaux projets. Là-dessus, j'avoue n'être pas très doué, mais on s'arrange avec, on tente de s'améliorer, avec la vague conscience de n'avoir pas d'autre choix, sauf à piétiner sur place jusqu'à tuer la terre sous nos pieds. J'aimerais savoir ne pas regretter le passé, ne pas tant perdre de temps à y noyer mes pensées, mais ce sont des choses qui se commandent difficilement. Garder à l'esprit que la route reste ouverte, qu'il y a encore du chemin devant et de quoi l'illuminer si l'on veut, ça ne suffit pas. L'esprit n'en garde pas moins un penchant naturel à revenir ou à aller de l'avant. Et ceux qui vont de l'avant, comme il est évident qu'ils n'oublient pas non plus, mais qu'ils ont juste cette qualité de savoir vivre avec et passer à autre chose sans s'encombrer d'inutiles regrets, ceux qui vont de l'avant ont certainement raison. Ceux qui sont moins doués pour ça ont-ils tort ? Est-ce avoir raison ou tort que d'être plus ou moins capable ?

En tout cas, je retiens cette belle phrase par laquelle tu conclues ton commentaire, Cergie : qu'il n'est jamais trop tard avant le point. C'est une belle pensée, plutôt lumineuse.

Réponse de Bifane le 01/09/2010 à 14h19
"...pluie dolante"..." sous le ciel je tends l'âme"
C'est si ... doux à dire et à voir.
J'ai senti la pluie me ruisseler son froid dans le dos.
J'aime le fond et la forme de vos textes Bifane, c'est rare d'unir les deux à ce point.

Et ... merci pour votre message.
Commentaire n°5 posté par Isabelle C. le 01/09/2010 à 14h43

Merci à vous, Isabelle. J'ai vraiment trouvé dommage que cet endroit cesse d'exister, tant il recellait d'inspirations vives. Unir le fond et la forme, il me semble justement que vous y étiez vous-mêmes très à l'aise. J'espère bien vous relire ailleurs, un de ces jours !

Amicalement.

Réponse de Bifane le 02/09/2010 à 08h04
Douceur d'une élégie, partition en mode mineur ! Aux premières lectures, ton chant ne semble empreint que de nostalgie et de regrets. Mais à le relire, je relève, oh c'est exprimé bien discrètement, une espérance instinctive.
Commentaire n°6 posté par Frederique le 03/09/2010 à 09h08
Pas impossible, ma chère Frédérique. J'écrivais parallèlement quelque chose d'autre, un peu dans une humeur proche mais sur un autre sujet, lequel ne pouvait se départir d'espoir, lui. Je le publierai peut-être ces jours-ci, à voir... Toujours est-il qu'il n'est pas impossible que l'un ait influé sur l'autre... Et puis, le deuil des choses révolues doit-il empêcher l'espérance dans les choses à venir ? Ce serait dommage...

Mais j'aime beaucoup l'idée d'espérance instinctive, en tout cas...

 

Réponse de Bifane le 03/09/2010 à 09h25
"révolu" .... au coeur de "révolution" :)
Commentaire n°7 posté par Isabelle C le 04/09/2010 à 22h08

Ce mot-là pourrait faire une histoire, qui commencerait par l'état révolu des choses, puis enchaînerait sur leur évolution... ;o)

Réponse de Bifane le 05/09/2010 à 10h31

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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