Nous irons voir, quelque matin,
aux premiers feux de l'aube,
nos chers enfants mûris
de soleil et de rêve ;
j'aurai gardé cet oeil mutin
qui rêve sous ta robe
et tendrement rougit
du vent qui la soulève...
Ni d'amertume ni de peur
à nos années lointaines :
nous verrons les chemins
s'éloigner en sourires,
printaniers, telles nos humeurs
d'une belle joie pleine
qui rouvrira nos mains
d'avenirs à écrire.
Nous aurons laissé les tourments
d'un âge de misère
aux livres achevés
de notre vieille Histoire,
ce règne d'hommes décadents
aux valeurs usurières,
ambitieux dépravés
sans loyauté ni gloire.
Tout ! Nous aurons tout balayé !
chacun depuis sa porte
à celle du voisin :
nos richesses obscènes
de propriétaires inquiets,
et toute la cohorte
de jalousies sans fin
et d'immortelles haines.
Aux temps venus des bâtisseurs
d'une terre plus belle,
de l'humain pour l'humain,
de la vie pour la vie,
sans plus ni maîtres querelleurs
ni frontières cruelles,
sans clivage divin
ni antiques phobies...
Nous mélangerons nos couleurs,
nos langues, nos cultures,
nos pensées et nos arts,
alliance universelle
sans textes ni lois, ni meneurs,
dans la liberté pure
dressée en étendard
pour une ère nouvelle !
Nous les tresserons, les lauriers,
et tu m'entendras rire,
heureux d'être vivant,
d'avoir cru en l'étoile
qui continuait de briller :
contre l'ordre du pire,
nos espoirs incessants
comme vent dans les voiles.
Et déjà, ce n'est plus si loin :
je perçois dans les ombres
les premières lueurs,
j'entends notre murmure
s'élever haut comme nos poings,
et marteler, sans nombre,
au désir de nos coeurs
qui battent la mesure !
Viens, allons voir : c'est le matin,
les premiers feux de l'aube,
pour nos enfants mûris
de soleil et de rêve,
devines-tu mon oeil mutin
qui rêve sous ta robe
et tendrement rougit
du vent qui la soulève ?
Et parce qu'il y avait dans mon esprit cette chanson de Ferré, qui m'a inspiré dès le début, cette chanson qui raconte la même histoire et le même espoir, qui enrichit nos âmes d'avoir encore le courage de concevoir un idéal et de s'y attacher, je l'ajoute en suivant, quoiqu'elle devrait être première de cordée. Mais nous sommes sur la même pente, et dans cette ascension, il n'y a ni premier ni dernier, il y a un élan, un seul, pour une humanité, une seule aussi.
L'Âge d'Or
de Léo Ferré
Nous aurons du pain
doré comme les filles
sous les soleils d'or.
Nous aurons du vin,
de celui qui pétille
même quand il dort.
Nous aurons du sang
dedans nos veines blanches
et, le plus souvent,
lundi sera dimanche,
mais notre âge alors
sera l'Âge d'or.
Nous aurons des lits
creusés comme des filles
dans le sable fin.
Nous aurons des fruits,
les mêmes qu'on grappille
dans le champ voisin.
Nous aurons, bien sûr,
dedans nos maisons blêmes,
tous les becs d'azur
qui là-haut se promènent,
mais notre âge alors,
sera l'Âge d'or.
Nous aurons la mer
à deux pas de l'étoile,
les jours de grand vent.
Nous aurons l'hiver
avec une cigale
dans ses cheveux blancs.
Nous aurons l'amour
dedans tous nos problèmes
et tous les discours
finiront par "je t'aime"
Vienne, vienne alors,
vienne l'Âge d'or !
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
J'aime particulièrement ta première strophe, qui est de toute beauté. Je ne veux pas dire que le reste est moindre, sauf que cette première strophe est si lumineuse qu'elle m'éclipse les suivantes porteuses d'espoir, de rêves, d'idéal. J'ai bien envie de crier qu'il faut y croire et s'y accrocher: nos vies ne sont-elles pas ce que nous en faisons? Ne nous laissons pas déposséder!
Je t'embrasse et te souhaite un bon week end, en bleu par-dessus le gris.
Dé
Bon, bin mettons qu'une sur neuf, c'est déjà un début alors... Et comme je l'ai remise à la fin, bin tiens, ça en fait même deux, du coup, ou alors une et demie ? Peut mieux faire quoi... Ô rage, ô désespoir ! J'vais aller retrouver mon copain Assurantourix, on devrait bien s'entendre ! ^^
Ferré, je l'ai découvert sur le tard moi-même, mais il y a déjà un bail. Mon père aussi l'aurait dénigré, je suppose, mais on n'en a jamais parlé. Enfin, comme il était tellement à droite que ça s'appelle carrément de la connerie épaisse, tout ce qui tendait un tant soit peu à gauche lui était odieux... Déjà, il supportait mal que j'écoute Renaud, c'est dire... Ferré, je crois qu'il aurait eu un malaise. Ou bien moi p'têt' bien ?
Mes bises à toi aussi, Désirée !
moi j'ai aimé férré plutôt tôt à l'age de 18 ans et je l'ai eu tout de suite dans la peau, pour sa poésie pour sa rage de contestataire pour sa colère de résistant libertaire
Je lai vu parfois dans des petites salles
je pouvais écouter ses chansons sans fin comme une drogue même ses chants où il slamait, et il savait pas qu'il slamait!!!Bon c'est comme ça qu'on dit aujourd'hui!
Pour moi il est un frère d'Apollinaire de Baudelaire de Rimbaud il gueulait des mots comme on vomit la colère!!!
Mais la poésie ne changera pas le monde mon frère!!!!!!
sinon ça se saurait!!
!!
Ma chère Estourelle, le meilleur moyen d'empêcher le meilleur d'arriver, n'est-ce pas précisément de se répéter qu'il n'arrivera pas ?
Peu de chances ? Impossible ? Bah ! la gueule des collègues de bureau me dit ça à longueur de journées, leur paralysie, leur lâcheté, leur démission de tout, leurs discussions en boucle... Tout ! Mais tant pis : j'aime mieux arriver à l'heure de ma mort en me disant que tiens, bin non, ou alors demain ? Plutôt que de mourir jour après jour, l'échine donnée, et le reste qui s'offre avec... Illusion, peut-être, mais pas plus que les saloperies qu'on nous sert à manger depuis des lustres, et qui font encore tourner les urnes jusqu'à preuve du contraire. Alors, eh bien... choisissons nos illusions : je choisis les miennes, et je dis que le monde tel qu'il est va se ramasser, et que nous en construirons un autre, meilleur. Et si je peux l'aider à se ramasser, je le ferai avec autant de bon coeur que j'aiderai à le reconstruire sur de meilleures bases !
J'suis pas scout, mais quand même : toujours prêt !
Pour Léo, moi aussi je l'ai connu vers les 18 ou 20 ans, par là, mais il était alors sur le déclin, lui, et on ne le voyait plus guère en concert. L'aurait-on vu, même, qu'à l'époque, je n'aurais pas eu les moyens de me payer une place. N'empêche, c'était une sacrée rencontre, une révélation, comme on dit. Le troisième de l'affiche, celui que je ne connaissais pas, ayant déjà fait connaissance avec les deux autres, ça me paraissait normal, naturel d'aller vers lui aussi. Et je n'ai pas été déçu.
Tu parles de son slam, c'est drôle de lui donner ce mot-là, ce genre-là, mais oui, c'était peut-être bien un précurseur par là aussi. "La vie d'artiste", c'était un joli morceau, je me le disais par coeur, fut un temps... C'était un de ses plus romantiques, non ? Il y en avait d'autres, parlés aussi, mais c'était celui que je préférais...
http://www.youtube.com/watch?v=tSe-CL6GS9k&feature=related
Enfin, rien qu'à sa mémoire, essayons d'y croire, ma soeur ! ;o)
Tu sais si je parle tant de nature, d'arbres, d'oiseaux, de choses simples, c'est parce que lorsque je regarde autour de moi je suis percutée par le 38 tonnes de l'horreur. On ne peut pas être conscient de ce qui se passe, de ce que font une poignée d'hommes cupides à l'ensemble des autres hommes, sans trembler d'horreur. Je regarde, mais à petites doses, sinon je crois bien que je ne m'en relèverai pas.
(zom vient de m'appeler pour peler des châtaignes, on va faire de la crème de marron vanillée...hummmm...je te raconte pas les gâteaux qu'on fait avec...^^)
Ataleur!
On ne peut pas, non. Sans trembler d'horreur et de colère, on ne peut pas. Et j'avoue franchement que je ne sais lequel des deux l'emporte, de l'horreur ou de la colère. Que quelques petits misérables, parvenus à se hisser au "pouvoir", n'y soient plus que pour leur profit et leur gloriole ridicule, et qu'une majorité de prétendus citoyens s'en trouvent satisfaits au point de les y remettre, mandat après mandat, balançant entre une droite et une gauche qui se donnent presque ouvertement la main, au lieu d'aller chercher ailleurs de plus dignes représentants de la république, c'est sordide et désespérant.
La colère, si juste soit-elle, est impuissante. Trop isolée, trop minoritaire. La majorité s'est mise en esclavage et consent de bonne grâce à être tondue. Que quelques uns s'y refusent suffira-t-il ? Les lâches ne sont-ils pas trop nombreux ? Si je n'espérais pas les voir se multiplier, y serais-je moi-même ? Je ne suis pourtant rien moins que convaincu par les manifestations de notre mécontentement, trop sages, trop rangées, trop gentilles. A ne plus déranger personne, à faire à peine plus de bruit qu'un défilé de carnaval, et encadrées de la même façon d'ailleurs... Pourtant, j'entends de plus en plus de voix s'élever contre cette forme de mécontentement, contre cette forme d'expression de notre mécontentement. Ceux qui descendent dans la rue commencent à réclamer autre chose, des actions plus radicales, aux répercussions plus retentissantes. J'applaudis les éboueurs de Marseille, dont l'initiative va dans le meilleur sens. J'en attends, j'en espère davantage. Tout ça reste trop frileux, trop discret. Mais la question qui me vient et me revient en boucle me porte à sourire : jusqu'à quand ?
Tu parles de nature dans ta poésie, et moi j'y parle de voyages, d'évasion. Nous sommes un peu dans une même optique... Mais le monde nous rattrape, auquel nous ne pouvons échapper. C'est aussi notre lot, que nous en voulions ou pas. J'espère sincèrement que nous verrons la fin de ce système misérable, de cette loi du plus fort, du règne du sacro-saint pognon et des jeux mensongers de pouvoir. En fait, je crois qu'il n'est rien que j'espère tant...
Bonne crème de marron, veinarde ! C'est bon cette cochonnerie-là...
A plus !
"Que vaut une couronne quand des corbeaux peuvent diner d'un roi" dit l'un des héros à juste titre dans "Le trône de fer". Une couronne, comme une place au somment c'est fragile. Je crois à la révolution douce, non violente. Les vampires de tout acabit sucent la moelle des productifs. Je pense aux grandes surfaces auxquelles en donnant notre argent nous avons aussi donné le pouvoir d'assassiner les petits producteurs, les paysans. Qu'à cela ne tienne! Allons acheter à la source, court-circuitons le système! Tout système porte ses propres failles, celui qui nous presse comme des citron en a aussi. Allons-y, coupons les vivres au système, que les edouard , michel leclerc , les carrouf' et les autres aillent se faire voir. Chez moi entre les directives européennes et la charkas on a perdu 45% de notre verger, j'ai cru que c'était foutu, ajoute à ça la volonté de gagner tjrs plus des industriels de l'agro-alimentaire et nous n'allions bientôt plus manger que des fruits venant de pays étrangers où les pauvres gens travaillent pour 1 euro par jour (le rêve de tout industriels)! Je trouve vraiment alarmant qu'un pays ne soit plus au moins un petit peu autonome question alimentation. Et puis cette année, le renouveau, les arboriculteurs ont replanté des pêchers. La joie que ça m'a fait! La solution? ce sont les chemins de traverse. Acheter moins, mais acheter des produits franco-français pour sauver nos emplois, des produits réalisés par de petites structures, des ateliers. C'est en changeant nos habitudes qu'on peut mettre à bas tout le bazar. J'en suis persuadée. Une révolution en douce.
Tiens la petite dernière. La droite ultra-libéraliste torpille les retraites, mais tous complices les voleurs en cols blancs:les futurs retraités ne vont avoir que leurs yeux pour pleurer sauf s'ils cotisent pour de plus grosses complémentaires en se serrant la ceinture toute leur vie. Il se trouve que comme par hasard le frère de Sarkosy est président du groupe médéric...une famille qui me fait penser à la gloutonnerie des Bonaparte. On sait comment ils ont finis.
Je me disais aussi... que tu devais bien t'emporter quelquefois dans la même humeur. Et je constate avec plaisir que nous nous défions des mêmes "ennemis". Parlant de constat, nous faisons le même, et je guette avec attention les mouvements politiques démarqués, ceux qui osent proposer une réelle alternative et qui ne donnent pas dans la rengaine selon laquelle on ne peut plus faire autrement. Ils se font rares... Mais la révolution en douceur, si elle emporte également ma préférence, me paraît pourtant peu probable : ce qui la déclenchera, si elle parvient à se déclencher, découlera d'un tel ras-le-bol, d'un tel dégoût et d'une si grande colère qu'il m'étonnerait que ça se passe en douceur...
Je ne suis pas partisan de la violence, mais en dernier recours, elle ne me rebuterait pas.
Mes bises partisanes, Désirée, en te souhaitant un bon dimanche !
Ca me fait penser à un texte de Claudel dans tête d'or, il faut que je le retrouve, bien que je ne sois pas fan de cet enfoiré de Claudel...si je remets la main dessus... je ne sais même plus pourquoi...enfin bref;)...bon dimanche en montagne ?...je crois que je vais me faire un ciel pour ma part.
Tu me parles de Claudel, Cagire me citait Supervielle... Et je me rends chaque fois compte qu'il me manque bien des lectures... Est-ce, comme je l'ai souvent entendu dire, que les autodidactes ont le gros défaut de ne pas ratisser assez large ? Ou bien ne suis-je qu'un lecteur trop dilettante ? En tout cas, ça m'engage à varier davantage mes lectures...
Ecrire l'histoire, l'Histoire... C'est une grande ambition et un espoir noble, je crois. J'aimerais beaucoup pouvoir y participer, non pour m'y faire une place, mais pour lui donner une direction plus humaine...
Le dimanche en montagne s'annonce pluvieux, mais le feu dans la cheminée nous réchauffera ! Je te le souhaite bien agréable par chez toi !
Bô !
Ah ! Tant mieux ! J'ai craint un moment que ce ne soit sur le mur des lamentations ! En attendant la tour de Babel, le voici déjà sur Babel-Web ! (je la retiens, celle-là...) ^^
Je vais te dire pourquoi je ne crois pas à une révolution sanglante. Qui aujourd'hui en France voudrait mourir pour ses idées, fussent-elles les plus nobles qui soient? Les martyrs n'ont plus la cote, à part chez Allah. Et puis ces gens-là, cette clique, tu crois qu'ils hésiteront un instant à faire canarder la foule s'ils sentent la situation leur échapper? Je pense qu'ils n'hésiteront pas une minute. Pour eux la France d'en bas comme ils disent ces connards, c'est de la fiente, et la fiente on la fait balayer par ses laquais, CRS, armée. Ces gens-là comme disait Brel, ça rêvent de gouvernement chinois, de totalitarisme.
Je crois à la ruse. A l'affrontement détourné. Au travail de sape. En gros, à leurs propres armes qui démontrent encore et encore leur efficacité. Je crois à l'intelligence face à la brutalité. A Gandhi plus qu'à Lénine.
Tu ne me connais pas sous cet angle, parce que je ne le montre pas. Mais je lis beaucoup sur le net, et ce qu'on y apprend qui ne filtre pas à la télé par exemple est plus qu'édifiant. J'y ai compris par exemple que notre cher gouvernement cherche à monter le privé contre le public en employant des manoeuvres grossières. Genre décider sans que QUICONQUE bronche (même pas les syndicats) que dans l'éventualité ou les caisses de retraite qui régissent le régime public seraient en difficulté, elles auraient le droit de piocher dans celles du privé. C'est pas merveilleux ça?? L'Ircantec a réagi immédiatement tu penses, vu que ses comptes sont déjà largement dans le rouge. Mais tout le monde a fait la sourde oreille. Que crois-tu que se disent les salariés du privé? "Salauds de fonctionnaires" "crevons le mammouth" etc etc. Pour qui a la vue basse les responsables se sont ces égoïstes de fonctionnaires. Pour qui voit un peu plus loin, ils font de fameux boucs émissaires, et quoi de plus merveilleux d'être épaulé par le peuple pour démanteler un service public indispensable et le remplacer par un service privé et donc PAYANT? Magnifique tour de passe-passe n'est-il pas...J'ai cessé de gober les infos toutes crues, désormais je cherche à qui profite "réellement" le crime. Et le crime profite toujours aux mêmes.
Je n'en parle pas dans mes poèmes parce que c'est bien assez de subir tout cela et de se faire un brave mouron pour ses enfants, et parce qu'on a besoin étant conscient de la crasse mentale de certains d'aller respirer un peu d'air et croiser du regard un peu de ciel bleu. Et surtout ne pas perdre tout espoir. Parce que de l'espoir il y en a, j'en suis persuadée, et il est entre nos mains à nous.
Bon dimanche sous la pluie mon ami ;)
Outre les risques que tu avances, et qui sont bien réels, évidemment, tu peux y ajouter qu'une révolution brutale aurait toutes les chances d'être menée par des groupuscules plus dangereux encore que les gangsters qui nous gouvernent. Des vampires qui se serviraient d'un mouvement de masse pour parvenir à leurs fins, sans la moindre intention d'agir autrement que ceux qu'ils remplaceraient, ou alors en pire, comme ça s'est déjà vu. Lénine en est un bon exemple : une idée qui, au départ, n'est pas si mauvaise, et qui débouche sur un état de dictature sanglante. Ils avaient choisi la bonne couleur, tiens...
Mais tu vois aussi les débordements qu'entraînent toujours les situations de crise : quand les citoyens descendent dans la rue, et particulièrement quand la situation stagne en ce sens, comme en ce moment, on ne tarde jamais à voir les premières voitures brûlées et vitrines fracturées. En l'occurence, ce n'est pas le fait des groupuscules auxquels je faisais allusion, mais d'une frange de la population plus touchée et plus malmenée que toutes les autres, dont l'expression vire presque toujours à la violence, dernier recours peut-être quand on n'a plus rien à perdre. Les crânes d'oeuf et nabots excités qui nous gouvernent ne devraient pas le prendre tellement par-dessus la jambe... Encore faudrait-il qu'ils aient la moindre conscience de l'état du pays qu'ils prétendent gouverner. Mais tout ce qu'ils y voient n'est jamais que l'intérêt qu'ils peuvent en tirer, hélas...
Quant aux boucs émissaires, fonctionnaires, chômeurs, rmistes, immigrés, non seulement ce puant procédé est vieux comme le monde mais, depuis quelques décennies, revient-il toujours sur les mêmes boucs. Je me demande comment on peut encore accorder foi à cette mascarade, s'en laisser abuser si naïvement. Mais les mouvements que je vois dans les rues commencent à réunir des groupes très différents de la population, où le public et le privé se donnent la main, loin d'être dupes des plans machiavéliques dont ils doivent être les pions.
Il faut espérer que l'expérience de ce mandat présidentiel mettra suffisamment de plomb dans la cervelle à ceux qui ont cru aux fadaises de la droite, sans pour autant leur donner envie d'accorder leur confiance à la gauche traditionnelle, qui ne se démarque plus de la droite que pour le décor, des détails de pure forme, mais avec un accord préoccupant sur les motivations et les projets de fond.
J'en parle moi-même assez peu dans mes poèmes. Il me vient quelquefois l'envie de le faire pour ne pas laisser le silence donner raison à un état de fait que certains espèrent installer de façon définitive, inébranlable, avec toutes les suites inéluctables les plus catastrophiques. Ce n'est jamais que trop peu de choses, mais à dire vrai, j'ai souvent cette impression d'être dans le trop peu. Cela dit, de trop peu en trop peu, on arrive tout de même à un petit quelque chose, et j'ose encore espérer que, mises bout à bout, ces petites choses finiront par produire leur effet.
Mes bises frisquettes et humides, Désirée !
Entre le prologue et la conclusion de ce texte, le rêve d’un monde meilleur au-delà du pire. L’âge d’Or. Une ère nouvelle. C’est mieux que de se dire comme certains que tout était mieux avant. Je crois que lorsqu’on pense cela, qu'on n'espère plus du futur, c’est qu’on commence à devenir vieux et qu'on n'a plus trop sa place dans le présent, même si on est dans la force de l’âge. Je me souviens de mon père fort chenu se relevant de son sommeil pour regarder Renaud à la télévision, le Renaud des débuts car mon père est parti dans les étoiles il y a plus de vingt ans. Comprendre ce qu’était Renaud. Je me souviens aussi d’avoir demandé à mon père s’il aimerait retrouver la jeunesse, la santé et revivre une vie et il m’avait répondu que non. J’aimais qu’il soit toujours aussi curieux, jeune et ouvert d’esprit j’ai aimé qu’il ne se sente pas indispensable et qu’il sache passer le relais aux générations suivantes.
Tu prêches un converti, ma chère Cergie : je suis de ceux qui ne voient quasiment rien de mieux hier. Peut-être un environnement moins en danger ? Et encore... Une humanité encore mal dégrossie en tout cas, où l'intolérance s'imposait, où la protection de l'enfance n'était même pas dans les esprits, où la considération qu'on avait pour la femme lui accordait un statut dont même un taulard d'aujourd'hui se plaindrait... Non, ce n'était pas mieux avant. Il y a eu un progrès humain, malgré tout, auprès des progrès techniques et scientifiques. Il est juste dommage que le premier n'ait pas été le maître des autres. Mais il peut encore le devenir, et même le doit-il. C'est à ce constat qu'on doit en arriver, à voir les impasses dans lesquelles nous aboutissons aujourd'hui : la valeur humaine n'a pas été mise à sa place, en maîtresse et guide des autres. On peut espérer que ça viendra, on peut l'espérer, on doit y oeuvrer.
Le petit portrait que tu me fais de ton père me le rend infiniment sympathique. J'aurais bien aimé que le mien ait un peu de cet appêtit à vivre. C'est ce qui lui manquait le plus, je crois. Un mal qui en entraîne d'autres...
Il y en a d'autres, qui ouvrent d'autres portes, mais Ferré en ouvre une belle, en effet...
As-tu vu le film de Coline Serreau "solutions locales pour un désordre global" ? Parfois critiqué... mais pour ma part, j'ai aimé l'idée de partir de la base, du petit, de l'individu qui agit à son échelle dans le sens de l'humain...
J'en ai beaucoup entendu parlé, j'ai même été une ou deux fois près de le regarder, qui plus est j'ajouterai que j'apprécie énormément Coline Serreau... Tout ça pour en arriver à ma réponse, complètement incompréhensible : non, je n'ai pas encore pu voir ce film d'elle, dont je suis pourtant sûr qu'il me séduirait comme tous les autres, et quoiqu'il ne soit pas du tout dans le même esprit si j'en crois ce qu'on m'en a dit.
Mon texte, que d'aucuns jugeront inutiles, prolongent d'autres actions, non moins inutiles de l'avis des mêmes. De mon propre avis parfois... Mais entre ne rien dire parce que c'est inutile et dire malgré tout même si ça ne sert à rien, j'ai finalement choisi mon camp. Celui de descendre dans les rues, d'écrire mes conneries et de participer à des mouvements dérisoires, mais qui défendent au moins quelque chose qui en vaut la peine à mes yeux, dix fois, cent fois plus que toutes les merdes pour lesquelles je plie l'échine tout le reste du temps, dans notre jolie société de gens bien sages et bien lisses, tout comme il faut pour ne pas gêner ceux qui les vampirisent...
Merci pour ton passage complice, Cagire !
Ne jamais baisser les bras, je suis tellement d'accord avec toi, car le sentiment de l'inutile creuse plus profondément les tombes déjà ouvertes. L'humanité est encore en enfance; un jour, peut-être, elle sera mâture et saura vivre selon l'important.
Je t'embrasse, mon Pisteur infatigable.
Comme c'est vrai, ce que tu dis là : le revers du renoncement, de ces abandons qu'on laisse se faire sans réagir, qu'on entérine par défaut, et qui empoisonne tout ce qui restait encore en vie... J'ai vu se dérouler ce cercle vicieux, et commettre ses ravages, d'abord sur l'esprit, complètement assombri et finalement éteint, puis finalement sur le corps, traduction ultime avant l'extinction complète. Une mort avant la mort.
Mes bises depuis la piste, Sophie, aux lumières de ta philosophie, entre autres talents de plume. Tu nous offres bientôt un nouvel article ? Je guette, je guette... A bientôt !
Chouette ! Je ne tarderai pas à venir le découvrir ! A bientôt, donc, ma chère Sophie.
J'y verrais plutôt le signe d'une rencontre. On n'entre pas toujours dans l'univers d'un artiste de prime abord, il faut parfois y revenir pour y parvenir. J'ai vu ça avec Michaux, que je n'avais pas du tout aimé dans ma première lecture, qui n'avait d'ailleurs été qu'un survol tant ce qu'il écrivait me laissait froid. Puis un jour, j'ai rouvert un vieux livre qui m'attendait sur une étagère, et là, dans le même livre, aux mêmes pages, j'ai découvert l'auteur, son univers et son génie.
Il doit y avoir un temps pour tout, je suppose...
je t'embrasse mon poète
Chez moi aussi, il y a cette envie d'y croire, qui me le fait écrire. L'envie d'y croire, qui, remarquons-le au passage, n'est pas la foi elle-même, juste son ombre, dans le désir qu'on en a. Le monde se prête peu à y croire, les êtres humains de même, mais il y a des éclats, encore, des gestes qui semblent vouloir démontrer que le pire n'est pas sûr, pas inévitable. Alors, pourquoi ne pas s'y raccrocher, s'embringuer dans cet espoir ultime, sachant bien qu'au-delà du certaine limite, qu'on appelle le point de non-retour, ce sera foutu. Le sachant, okay, mais espérant tout de même nous arrêter avant, nous arrêter à temps.
Mes bises à toi aussi, Saadou, et merci de ta visite !