Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 12:12

Nous irons voir, quelque matin,

          aux premiers feux de l'aube,

          nos chers enfants mûris

          de soleil et de rêve ;

          j'aurai gardé cet oeil mutin

          qui rêve sous ta robe

          et tendrement rougit

          du vent qui la soulève...

 

Ni d'amertume ni de peur

          à nos années lointaines :

          nous verrons les chemins

          s'éloigner en sourires,

          printaniers, telles nos humeurs

          d'une belle joie pleine

          qui rouvrira nos mains

          d'avenirs à écrire.

 

Nous aurons laissé les tourments

          d'un âge de misère

          aux livres achevés

          de notre vieille Histoire,

          ce règne d'hommes décadents

          aux valeurs usurières,

          ambitieux dépravés 

          sans loyauté ni gloire.

 

Tout ! Nous aurons tout balayé !

          chacun depuis sa porte

          à celle du voisin :

          nos richesses obscènes

          de propriétaires inquiets,

          et toute la cohorte

          de jalousies sans fin

          et d'immortelles haines.

 

Aux temps venus des bâtisseurs

          d'une terre plus belle,

          de l'humain pour l'humain,

          de la vie pour la vie,

          sans plus ni maîtres querelleurs

          ni frontières cruelles,

          sans clivage divin

          ni antiques phobies...

 

Nous mélangerons nos couleurs,

          nos langues, nos cultures,

          nos pensées et nos arts,

          alliance universelle

          sans textes ni lois, ni meneurs,

          dans la liberté pure

          dressée en étendard

          pour une ère nouvelle !

 

Nous les tresserons, les lauriers,

          et tu m'entendras rire,

          heureux d'être vivant,

          d'avoir cru en l'étoile

          qui continuait de briller :

          contre l'ordre du pire,

          nos espoirs incessants

          comme vent dans les voiles.

 

Et déjà, ce n'est plus si loin : 

          je perçois dans les ombres

          les premières lueurs,

          j'entends notre murmure

          s'élever haut comme nos poings,

          et marteler, sans nombre,

          au désir de nos coeurs

          qui battent la mesure !    

 

Viens, allons voir : c'est le matin,

          les premiers feux de l'aube,

          pour nos enfants mûris

          de soleil et de rêve,

          devines-tu mon oeil mutin

          qui rêve sous ta robe

          et tendrement rougit

          du vent qui la soulève ?

 

 

Et parce qu'il y avait dans mon esprit cette chanson de Ferré, qui m'a inspiré dès le début, cette chanson qui raconte la même histoire et le même espoir, qui enrichit nos âmes d'avoir encore le courage de concevoir un idéal et de s'y attacher, je l'ajoute en suivant, quoiqu'elle devrait être première de cordée. Mais nous sommes sur la même pente, et dans cette ascension, il n'y a ni premier ni dernier, il y a un élan, un seul, pour une humanité, une seule aussi.

 

 

L'Âge d'Or

          de Léo Ferré

 

Nous aurons du pain

          doré comme les filles

          sous les soleils d'or.

Nous aurons du vin,

          de celui qui pétille

          même quand il dort.

Nous aurons du sang

          dedans nos veines blanches

          et, le plus souvent,

          lundi sera dimanche,

          mais notre âge alors

          sera l'Âge d'or.

 

Nous aurons des lits

          creusés comme des filles

          dans le sable fin.

Nous aurons des fruits,

          les mêmes qu'on grappille

          dans le champ voisin.

Nous aurons, bien sûr,

          dedans nos maisons blêmes,

          tous les becs d'azur

          qui là-haut se promènent,

          mais notre âge alors,

          sera l'Âge d'or.

 

Nous aurons la mer

          à deux pas de l'étoile,

          les jours de grand vent.

Nous aurons l'hiver

          avec une cigale

          dans ses cheveux blancs.

Nous aurons l'amour

          dedans tous nos problèmes

          et tous les discours

          finiront par "je t'aime"

Vienne, vienne alors,

          vienne l'Âge d'or !

 

Publié dans : Ceux qui espèrent des nuages
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Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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