Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 09:19

Les vallons seuls me voient y revenir,

          là, penché sur nos traces :

          les miennes autour de mes pas,

          les tiennes qui s'effacent...

Lanciner les saisons du souvenir,

          de lointains étrangers qui passent,

          et cette absence dans nos bras...

 

Où devions-nous aller ? Le train s'en va,

          nos regrets s'y enlacent...

Que d'heures emportées à retenir,

          de souvenance lasse,

          aux mots bercés d'oubli, qu'on ne dit pas.

Nos regards à la place,

          à nous aimer comme à nous fuir...

 

Les jours aux jours ne cessent de courir,

          nos yeux n'ont qu'un espace

          épuisé de regards, là-bas...

Ces feuilles qu'on ramasse

          en lisière d'automne, à se mourir,

          puis que l'hiver embrasse

          en souffles embués de froid.

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
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Commentaires

émouvant, Bifane, "les jours aux jours..." - joli. Soupir. :)
Commentaire n°1 posté par aléna le 28/11/2010 à 13h56

C'est drôle que que tu soulignes justement ce passage. Je me gardais ce poème sous le coude depuis quelques jours, et il y avait un passage qui ne me plaisait pas, trop fade, trop commun, là, justement là. Et ce matin, m'est venue cette tournure : "les jours au jours...", qui a fignolé le vers et puis l'ensemble suffisamment pour me donner envie de le publier.

Réponse de Bifane le 28/11/2010 à 17h16
Toujours autant d'invention et de délicatesse, de sensibilité, je ne mettrai pas mes pas dans les tiens
car ils t'appartiennent mais j'ai toujours trouvé chez les montagnards cette lecture silencieuse des signes et ce recoupement d'indices qui mettent sur la piste , les trappeurs, ces traqueurs n'en sont pas à leurs débuts.
Commentaire n°2 posté par Thierry le 28/11/2010 à 14h17

Je ne suis montagnard que d'adoption, Thierry, mais il est vrai qu'à ma première rencontre avec les Pyrénées, l'envie m'est venue de suite d'y vivre. Une envie comme un rêve... que j'ai réalisé une dizaine d'années plus tard.

Réponse de Bifane le 28/11/2010 à 17h18
mélancolie de neige...


" nos yeux n'ont qu'un espace

épuisé de regards "


et de nos regards parfois naissent des poèmes ... doucement
Commentaire n°3 posté par adeline le 28/11/2010 à 17h23

Sans doute que nos regards n'y suffisent pas, quelque monde qu'ils portent, quelque fenêtre qu'ils soient.

Réponse de Bifane le 28/11/2010 à 18h52
"à nous aimer comme à nous fuir.." Toute l'ambiguïté de l'amour est logée dans ce petit vers. Comme chez Gainsbourg ce "Je t'aime moi non plus". Le chaud, le froid, l'indécis et le coeur au milieu qui ne sait plus comment battre. Je t'aime à crever mais je pars. La chanson est bien connue. Et ces montagnes de regrets pour seul horizon...
Commentaire n°4 posté par Désirée le 28/11/2010 à 17h41

Oui, parce qu'on ne retient pas vraiment ce qu'on voudrait retenir. Parce qu'on laisse s'échapper des essentiels, même à les connaître et les reconnaître. Parce que c'est plus simple à dire qu'à vivre, qu'à faire, qu'à réussir. Peut-être aussi parce qu'on est quand même assez mal foutu de ce qu'on est à ce qu'on rêve.

Réponse de Bifane le 28/11/2010 à 18h55
Doux et triste, Bifane, que ce poème; il me fait penser à la chanson de Gainsbourg sur les amours qui n'en finissent pas de mourir. On est pas à la hauteur de ce qu'on rêve d'être; mais peut-être qu'on arrive rarement (je ne dis pas jamais), finalement, à aimer l'autre tel qu'il est, pour lui faire du bien avant de nous en faire. Le véritable amour durable est altruiste, et réciproquement altruiste : car lorsque celui qui se fait une joie de donner, rencontre celui qui se fait une joie de prendre, le premier cité se fait bien convenablement massacrer.
Bises amicales, poète des nuages.
Commentaire n°5 posté par Sophie le 29/11/2010 à 13h59

Je ne pense pas qu'il soit juste de le voir ainsi, Sophie. J'ai été très marqué par une réflexion de Socrate sur l'injustice, un de ses discours lumineux, qui finissait par l'irréfutable démonstration qu'il valait mieux subir l'injustice que la donner. Et de même, si je conviens sans réserve qu'on puisse être vampirisé à avoir trop le coeur à se donner, je n'y vois pourtant pas de perte dans l'âme : celui qui donne restera toujours infiniment plus riche que celui qui prend, quand bien même ce dernier prend sans mesure et dépouille l'autre jusqu'à le "massacrer".

 

Finalement, même à avoir subi ce "massacre" plusieurs fois, si l'on en ressort forcément blessé, mal en point, il n'en reste pas moins que, dans la mesure où l'on a donné sincèrement, sans y mettre quelque esprit mercantile que ce soit, on en ressort tout de même l'âme nette. On s'est trompé, soit. On aurait pu ne pas se tromper. Et en attendant d'arriver à celle ou celui qui vaudra bien ce qu'on a à donner, si l'on est capable de donner toujours autant, de se livrer avec toujours la même sincérité, quand bien même elle se teinterait de quelque peur, on ne va pas au suicide, on ne prête pas le flanc aux traits ennemis. On espère simplement qu'un jour, quelqu'un, quelque part... Et ce jour, quand il vient, ne nous dit-il pas que nous avions raison ?

 

Mes bises à toi aussi, Sophie. Et merci de ta visite !

Réponse de Bifane le 29/11/2010 à 15h33
Les traces sont celles de l'intérieur, ni la pluie ni la neige ni le vent n'entameront l'érosion ainsi naissent les poèmes.
Commentaire n°6 posté par lutin le 29/11/2010 à 17h42

Les traces de l'intérieur, oui, Lutin, que ni le temps qui passe, ni le temps qu'il fait n'effacent. Ces traces que nous portons pour notre temps, et qui en font par là des traces éternelles, indélébiles, puisqu'une vie entière ne peut les effacer. Qu'importe que l'oubli passe après nous ; à chaque temps sa mémoire, à chaque vie ses amours, à chaque âme ses lumières, puis son ombre. J'aime que ces traces nous suivent, nous accompagnent, même longtemps après que la pluie les a lavées, que les ans les ont soufflées, qu'elles restent au fond de nous, pour la beauté qu'elles nous ont donnée, le feu qu'elles allumèrent et la joie qui dansait autour. Le reste, la peine comme le vide, si c'en est le prix, payons-le de bonne grâce, nos traces en valaient la peine.

Réponse de Bifane le 29/11/2010 à 18h59
J'aime "les jours aux jours ne cessent de courir", cela évoque pour moi la fuite du temps que nous autres pauvres humains ne pourrons jamais arrêter...
Commentaire n°7 posté par Balladine le 29/11/2010 à 19h29

Lamartine avait si joliment écrit ça que je ne résiste pas au plaisir de le citer :

 

"Le livre de la vie est le livre suprême

Qu'on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix ;

Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois,

Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même ;

On voudrait revenir à la page où l'on aime

Et la page où l'on meurt est déjà sous vos doigts."

 

C'est un thème des plus inépuisables...

Réponse de Bifane le 29/11/2010 à 20h05
Revenir sur la trace, sur les traces qui s'estompent ou dans lesquelles on s'égare, il me semble que l'empreinte est la réponse à "où devions-nous aller", non ?
Commentaire n°8 posté par Frederique le 29/11/2010 à 19h49

Je ne sais pas... Les empreintes qu'on laisse ne suivent pas toujours le cours que nous aurions voulu, moins souvent encore celui que nous aurions dû, et quelquefois, l'un et l'autre se refusent et s'opposent, qui obligent à des choix qu'on ne peut faire sans regret. Je songe à des départs incontournables, des fins inéluctables, des adieux obligés, avec pour chacun un autre choix possible, un autre sacrifice, et finalement, une blessure inévitable.

 

L'empreinte en témoigne, raconte l'histoire, en reprend et en déroule le fil. Ces jours à revoir, ces souvenirs qu'on emporte et qui nous accompagnent, qui nous racontent nous-mêmes. Et toutes les raisons que nous avions. Comme disait Goldman dans une de ses plus belles chansons : "Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines, ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard...".

 

Réponse de Bifane le 29/11/2010 à 20h10
J'aime beaucoup!
entre autre
"lanciner les saison du souvenir"
mais est ce nous qui faisons souffrir
ou les saisons du souvenir qui nous font souffrir
sans doute les deux!
Commentaire n°9 posté par Estourelle le 30/11/2010 à 16h54

Faire souffrir le souvenir, voilà une drôle d'idée ! Mais peut-être qu'en effet, d'une certaine manière... Comme de mettre sur hier nos souffrances d'aujourd'hui, dont nous n'avions pas idée à l'époque...

Réponse de Bifane le 01/12/2010 à 15h02
Ce ne sont que des traces et pourtant "collées" si intimement à notre chair...
Des traces pour lier passé, présent, avenir ? A moins qu'il ne faille parfois savoir s'éloigner des traces pour s'inventer un autre chemin...
J'aime beaucoup ton poème, Bifane, sa douce mélancolie, les questions qu'il (me) pose.
Commentaire n°10 posté par Cagire le 02/12/2010 à 11h38

Des traces pour lier les êtres et les temps, oui, c'est une belle image, Cagire, et très juste à mon sens. Je n'ai pu lire l'idée de s'en éloigner pour s'inventer un autre chemin sans un serrement au coeur, tant cette étape de vie résonne en moi et m'évoque de souvenirs. Il y a toujours d'autres chemins à prendre, où l'on nous attend parfois, où d'autres fois nous sentons qu'il est temps d'aller, et jamais je n'ai pu quitter d'un coeur léger ce que je devais laisser en arrière...

 

Merci de cette belle lecture, Cagire. A bientôt !

Réponse de Bifane le 03/12/2010 à 07h22
C'est crissant comme un poids sur la neige !
J'aime bien ... encore
Commentaire n°11 posté par Isabelle C. le 02/12/2010 à 13h03

Oui, ce crissement des pas dans le silence, sur lequel semble se refermer le monde, comme il se referme toujours derrière nous. Dans les espaces enneigés, où le bruits se perdent sitôt qu'on les a perçus, c'est vrai qu'il y a ce sentiment puissant de s'enfoncer dans l'inconnu, en ne laissant derrière soi que nos traces dans la neige, et le silence...

 

Merci Isabelle !

Réponse de Bifane le 03/12/2010 à 07h25
Assurément, je suis d'accord avec toi : mieux vaut être une victime qu'un salaud. Dans la sphère intime, avoir l'âme nette ne protège cependant pas le cœur, hélas. Ame nette, cœur en miettes...
Ça neige beaucoup, dans tes Pyrénées, Bifane ? Ici, les pommiers sont blancs.
Bises de vendredi, mon ami.
Commentaire n°12 posté par Sophie le 03/12/2010 à 11h32

Il est tombé un peu de neige cette nuit, mais surtout, ce matin, il tombait d'énormes flocons, ce qui nous a donné un joli spectacle sur la route de l'école, avec Aurélia, et je n'étais pas moins ravi qu'elle de voir une si belle chute. Nous avons mis près d'une heure à faire quinze bornes, mais c'était très chouette ! Malheureusement, la température remonte, et la neige ne tiendra pas jusqu'à ce soir, sauf nouveau refroidissement et autres chutes dans la journée. Le ciel semble vouloir s'y prêter. On verra... J'adore la neige : grâce à elle, on se laisse prendre par l'illusion d'un monde propre et paisible. Et si ce n'est qu'une illusion, elle n'en est pas moins agréable à goûter.

 

Mes bises à toi aussi, Sophie !

Réponse de Bifane le 03/12/2010 à 12h30
Comme souvent quand je viens lire et relire tes écrits, la tendresse qui se dégage de tous les commentaires me submerge tant que je ne vois pas quoi dire de plus. L'absence en partage peut-être...et les Pyrénées où je m'égare parfois moi aussi.
Commentaire n°13 posté par La vieille dame le 03/12/2010 à 19h56

L'absence, universelle, que nous avons tous en partage... Et les Pyrénées, pour nous ressourcer et nous baigner les yeux de la beauté du monde, loin des hommes...

Réponse de Bifane le 06/12/2010 à 19h27
De la terre au ciel, le pisteur de nuage suit les ombres portées, les questions apportées, les soucis emportés ; je pense au mot espagnol despistado qui me fait juste penser que quand le fil se rompt qu'il y a une absence de continuité, il y a une difficulté particulière. Les traces signent et signalent pour qui sait lire ces glyphes étranges et seuls les novices et les incultes s'étranglent devant son hermétisme.
Les traces aimantent (aimantes aussi et qui collent au sujet) qui orientent sauf quand des spécialistes ont manipulé leur sens, nous faisant tomber d ebien haut dans un panneau masain.
De l'errance à l'espérance la trace fugace et éphémère n'est pas mére de toutes les contradictions mais elle peut être celle qu'on a laissé de soi malgré soi ou affirmer notre passage récent ou pas de manière volontaire et indubitable.
Merci Bifane de te signaler ainsi, de nous forcer à distinguer tous ces signes anodins qui renvoient ensemble à une réalité plus complexe, permettent de reconstituer des conditions et leur expression physique.
Commentaire n°14 posté par Thierry le 05/12/2010 à 09h45

Cette difficulté particulière... qui peut nous faire appréhender parfois que l'existence n'a peut-être aucun sens, aucune raison, autre que celles, modestes, que nous parvenons à lui donner, dans notre quotidien, auprès des nôtres, et que ces nôtres puissent s'étendre au plus large reste, à mon avis, ce que nous pouvons réussir de mieux. Comme une consolation, qui ne guérit pas de l'absence, ni des traces dans lesquelles notre mémoire s'est lovée pour y demeurer jusqu'au bout, mais qui nous explique, pour le moins, comment nous avons su arriver jusque là, par le truchement de quels autres coeurs, de quelles autres vies que la nôtre. Ce partage, fait de rupture lui aussi, où ceux qui nous apprirent à regarder la vie, à la comprendre à notre hauteur, à l'aborder du regard qu'il fallait, ne sont plus là, un jour ou l'autre, pour acquiescer à nos tentatives, à nos courages, à nos volontés de faire, et ne posent plus leurs yeux dans les nôtres, quand le découragement nous prend, dont il semble parfois que nous ne reviendrons pas, tant il nous enfonce et nous épuise. Et cela aussi, étrangement, nous enseigne, nous change, d'une évolution que nous choisissons, qui nous rend pires ou meilleurs, qui nous assagit ou nous dessèche, avec le rechange, quelquefois, de pouvoir guider d'autres voyageurs vers de meilleurs chemins, comme nous-mêmes on nous guida, nous rendant redevables envers d'autres, à mesure de la gratuité et de la magnanimité de l'aide qu'on nous apporta...

Mais le plus dur reste de cheminer sans ceux pour lesquels, au début, nous avons accepté les épreuves et relevé les défis. Le plus dur, plus plus douloureux est d'avoir réussi à passer ces obstacles devant lesquels nous tremblions d'impuissance, et de n'avoir plus, auprès de nous, ceux qui nous poussèrent en avant et qui versèrent en nous le courage d'oser. Quelquefois, nous aimerions leur dire merci, leur montrer comme nous avons su, comme nous les avons finalement écoutés. Mais au silence seul vont ces reconnaissances muettes, dans les heures solitaires du soir qui tombe, des mondes qui s'éteignent, des êtres qui s'éloignent, où, nous aussi, nous allons, nous éloignant, comme il faut aller.

Dans ces moments, plus que les reproches que nous avons à nous faire, plus que les regrets qui nous sont restés, plus que la peine à vivre qui nous poursuit, il y a ce chemin sur lequel nous nous sommes avancés, jusque là. Et quelle richesse que ce chemin, quelle longue histoire, que de choses apprises et de souvenirs gravés. Jusque là. Ces mots seuls pourraient se suffire. Avec leur pendant en point d'interrogation : jusqu'où encore ? Et tout l'espoir qui s'y attache...

 

Merci de ton autre passage, Thierry. L'occasion de fouler ce chemin de quelques mots encore, de ces mots qui, parfois, nous regardent plus que nous les regardons...

Réponse de Bifane le 06/12/2010 à 19h41
Nostalgie, départs …
On ne part jamais tout à fait quand on a vraiment aimé et les traces disparues soudain de réapparaître … L’hiver, le ciel bas est un livre où resurgissent les souvenirs
Commentaire n°15 posté par saravati le 08/12/2010 à 12h57

L'hiver, les soirs... les choses qui se finissent, d'une humeur communicative... Ces espaces propices aux murmures d'antan.

Réponse de Bifane le 08/12/2010 à 20h17
Qu'il est triste ce poème Bifane, il y fait si froid, si vide. Les vallons ont-ils donc perdu de leur grâce de ne plus être visités à deux ? Et les feuilles ne reviendront-elles plus au printemps ?
Commentaire n°16 posté par Cergie le 08/12/2010 à 14h20

Il fait quelquefois ce temps en nous, de froid, de vide, malgré tout ce qui continue de tourner autour, à nous caresser au passage, baisant nos yeux de sourires, et sans doute nous rattrapant le coeur qui, sans ça, finirait peut-être de suivre le vol défait des feuilles mortes. Tout ça n'empêche ni le printemps, ni la foi en son renouveau, mais nous rappelle qu'il se fait, même malgré nous, un temps pour tout, et un temps aussi pour le sentir qui s'enfuit et qui nous laisse en chemin.

Réponse de Bifane le 08/12/2010 à 20h22
Et toujours cette élégance à nulle autre pareille "de souvenances lasse Aux mots bercés d'oubli, qu'on ne dit pas"

Vraiment un immense plaisir que de te lire encore et encore.
merci

amitiés
Commentaire n°17 posté par Philippe le 11/12/2010 à 17h28

Merci à toi, Philippe.

Passe un bon dimanche !

Réponse de Bifane le 11/12/2010 à 21h55
De ces traces qui laissent sur la peau, au coeur accrochées, le tatouage d'un au-delà bercé de chaleur mêlé au froid de l'hiver, qui glace.

Que d'émotions à te lire, Bifane, au rythme lancinant de l'absence qui pèse le poids d'une présence, empreinte d'éternité.
Commentaire n°18 posté par Gavarnie le 12/12/2010 à 00h29

Et plus belles sont les traces, plus profondes leurs cicatrices...

Réponse de Bifane le 12/12/2010 à 13h58
Une vie plus loin

Kiril Kadiiski a écrit « qu’est-ce que la vie humaine: des efforts parfois vains mais toujours avec le dessein secret de laisser une trace dans le monde »

Cette puissante mise en perspective de ces parcours individuels qui s’inscrivent dans des trajectoires incertaines, des arabesques folles, des lignes brisées et parfois en pointillé n'est pas que le reflet de l'inanité individuelle à marquer au meilleur sens du terme les esprits et les lieux.

C'est vrai que la logique des pictogrammes dans laquelle la civilisation nous a inscrit contribue à faire du témoignage aussi simple que l'apposition d'un contour de main la révélation pour demain aussi d'un existence certes précaire mais signifiante et qui se veut signifier pour les temps futurs que des êtres pensants ont posé un regard et plus que cela sur ces signes et symboles qui soulignent d'un trait la brièveté de l'existence mais rythment en longues stances picturales la réalité d'une vie de labeur.

Cela coûte assurément parfois d’exister en tant que tel ou du moins de parvenir à se faire reconnaître pour ce que l’on est. Mais de ces tentatives souvent maladroites il reste au moins cet essai pour construire non une fiction mais un début de réalité autour de soi.

Certes à quoi cela sert il de tracer et de graver sans relâche des inscriptions dont on ne sait exactement pourquoi ni qui pourra trouver un quelconque intérêt à les décrypter.

Pourtant il y a dans cet entêtement, cet acharnement une logique de la volonté et une projection de l'être qui se veut dire et espérer que peut être
son identité cartographiée sera reçue et comprise comme un message d'espoir venu du fond des âges à défaut de représenter le summum des sages.
Commentaire n°19 posté par Thierry le 24/12/2010 à 15h32
cher Bifane je suis en lévitation depuis quelque temps pas pour éviter grand chose mais juste à la recherche de légéreté ; j'ai cherché et retrouvé ce texte et je le partage avec plaisir avec toi.
Commentaire n°20 posté par Thierry le 24/12/2010 à 15h33

Je ne voudrais pas t'être désagréable, Thierry, mais après l'avoir lu et relu, j'en reste à la première impression d'une réflexion assez bavarde, dont le contenu ne me transporte pas tant que toi... De légèreté, justement, j'aurais aimé que ce texte en eut un peu plus, ce qui l'aurait peut-être mené vers autre chose que la définition d'une trace et de son rapport à l'orgueil humain, laquelle me semble plutôt limitée. Mais enfin, ne voulant pas gâcher ton plaisir, non plus que répondre hypocritement que je le partage à plein, j'en resterai là de mon avis, et ne te remercie pas moins de ton attention.

 

Et j'en profite pour te souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année !

Réponse de Bifane le 26/12/2010 à 09h31

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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