Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 11:10

Les temps s'enfuient et se diluent,

          insoucieux de leur perte,

          nous seuls les regardons,

          nous seuls savons...

Nos mémoires ouvertes,

          puits de saisons qui se diluent...

 

Je n'ai plus peur depuis longtemps,

          à peine quelquefois,

          d'un soupçon, d'une trace,

          ça vient, ça passe...

Je ne vis plus pour moi :

          j'éclaire un chemin, au devant...

 

N'importe que mon feu s'éteigne,

          que mon chemin finisse,

          mes infinis regrets,

          mon mal secret...

D'autres rubans se tissent

          et d'autres horizons se peignent.

 

Je n'y suis plus pour y rester :

          j'ai passé le flambeau

          dans l'espoir d'un sourire,

          je le respire...

Ce n'est ni grand, ni beau :

          c'est ma raison d'avoir été.

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
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Commentaires

On pourrait résumer ton poème à "on est si peu de chose". Mais ce peu compte quand même.

Quand au flambeau à transmettre, il faudrait mettre le mot au pluriel, non?

Laisser une trace. Même si je n'en ai pas l'envie personnellement, force m'est de reconnaître que j'aurai adoré avoir un petit quelque chose de mes anciens. Une lettre, une photo, n'importe quoi. Ah si. J'ai de mon arrière-grand-mère (celle dont j'ai parlé sur Epi qui était tailleur) un gros bouquin de magazines de mode reliés du début du siècle dernier. Elle l'a feuilleté, s'en ait inspiré d'après ce que je sais. Mon père me l'a donné un jour en faisant des mines, comme s'il me faisait un cadeau inestimable. Et en fait oui, c'est assez inestimable sachant combien il aimait Marie-Zéline et comme il est rat. Mais voilà, je n'ai qu'un seul exemplaire. Qui en héritera? Il y a longtemps que je veux rassembler dans deux boites distinctes des souvenirs et des petits cailloux blancs pour mes enfants. Parce que laisser une trace même infime ce sera toujours un baume sur leur coeur lorsque leurs parents auront disparus.

Il y a beaucoup de cette sagesse que tu n'aimes pas beaucoup dans ton texte, du bon sens terrien. Je pense que tu as dû "manger bon" comme dit mon fils pour en être arrivé à ce point de l'amour. Tu sais le beau, le noble, le gratuit. Ce bel amour libre de toute demande. Il faut s'être beaucoup écorché, blessé sur le monde, pour acquérir cette douceur, et encore, souvent, ne vient au terme des épreuves que le ressentiment et la haine. Il faut avoir ruminé, mais pas pour que le mal reste sur l'estomac, bien au contraire: pour qu'il profite.

Tu as bien digéré je crois, voilà.

Des bises à toi, il fait soleil. L'automne est étrange cette année...
Commentaire n°1 posté par Dé le 27/10/2010 à 14h17

Je mettais le flambeau au singulier pour n'en avoir jamais porté qu'un. Je vois mal ce symbole multiplié, si ce n'est en le matérialisant, dans l'idée de transmettre quelque chose de concret, de palpable. Mais là, je ne crois pas que ce soit le plus important. Il me semble que ça ne le devient vraiment que lorsque tout le reste a manqué. Alors, peut-être, se dire qu'il y a quand même ces vagues richesses qu'il a accumulées pour les transmettre, peut-être (et je double mon peut-être parce qu'en réalité, je tendrais plutôt à croire tout le contraire...) y trouverait-on une consolation. Bon, tiens, je relis ma phrase, et j'ai envie d'ajouter un troisième peut-être...

L'important à transmettre, la trace à laisser, la seule qui vaille, ce serait dans le coeur de ceux qui nous "succèdent", qu'ils aient au moins cette certitude d'avoir reçu l'amour qu'on pouvait leur donner, sans retenue, sans bassesse égoïste ni méchanceté gratuite. Tous les capitaux du monde ne remplaceront jamais ça. Et ce truc, précisément, me semble créer à lui seul tout le manque du reste, toute la fixation qu'on peut faire sur ce manque, et l'inquiétude qui l'accompagne.

Pour le reste, le besoin de laisser une trace n'est plus vraiment dans mes préoccupations. J'ai eu cette envie-là assez longtemps pour sentir que je ne l'ai plus. J'ai celle de pouvoir un jour me juger moi-même sans avoir envie de me condamner. Et de ça, je suis encore loin. Je crois plus important de remporter les combats qu'on a mener contre soi que de prouver quoi que ce soit au reste du monde, si ce n'est à ceux qu'on aime qu'on les aime.

Mon père ne m'a rien laissé, et m'aurait-il laissé quelque chose que ça n'aurait rien changé. Il y avait des choses à laisser avant de partir, certaines qui l'ont été comme en dernière limite, d'autres qui ne le seront jamais, parce qu'il ne les avait peut-être pas. Je ne sais pas. Je m'efforce de les avoir ou, à défaut, de les acquérir. Pas une mince affaire... Bref, pas non plus envie de m'étendre trop longuement là-dessus... Juste pour dire que l'âme possède tout ce qu'il y a à donner, à transmettre, et qu'à mon sens, le flambeau n'a pas besoin d'aller plus loin, quand bien même nous en ferons davantage...

Chez moi aussi, le soleil est éclatant. Il devrait l'être demain aussi. Tant mieux : la manif n'en sera que plus sympa à suivre, et plus fournie sans doute...

Mes bises !

Réponse de Bifane le 27/10/2010 à 17h45
Ah oui au fait: j'ai bien suivi dans tes liens le monsieur "Stipe", titillée par son pseudo. Tu as raison: il est hilarant. Un délicieux humour trash! ;) Il y avait un gars qui écrivait dans le même genre et qui était une "célébrité" du net, peut-être l'as tu lu ? http://keiser.over-blog.com/article-436954-6.html
Commentaire n°2 posté par Dé le 27/10/2010 à 14h27

Je suivrai ton lien. S'il a un talent approchant celui de Stipe, ce sera une heureuse trouvaille. C'est vrai qu'il est particulièrement marrant, le Stipe. Je ne trouve jamais grand chose à lui dire, mais je me bidonne chaque fois que je vais le lire.

Réponse de Bifane le 27/10/2010 à 17h46
Avoir peur de mal passer le flambeau c'est ce qui me vient à l'esprit en te lisant, jusqu'à maintenant les différents passages ont été des succés et je crains la régression. Selon les moments les mots résonnent différemment, notre langue est riche de sens
Commentaire n°3 posté par lutin le 27/10/2010 à 18h19

Selon les moments, selon les histoires, les chemins... Mais notre langue possède en effet une telle richesse que nous trouvons moyen d'entendre de nous dans les mots des autres. C'est l'une des plus belles choses de la poésie, je crois...

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 06h48
Oui.Chacun de tes mots est d'une extrême justesse : quand on dit qu'on peut mourir demain, c'est qu'on est prêt enfin ; c'est qu'on sait enfin que la vie ne vaut que pour les aimés, et la seule peur est de les laisser désemparés.
Je ne pense pas que ce soit vraiment une histoire d'âge.
Belle journée à ceux que tu aimes Bifane.
Commentaire n°4 posté par Ut le 28/10/2010 à 07h49

Non, en effet, je ne crois pas qu'il s'agisse d'âge. Peut-être d'un temps où certaines étapes intimes sont accomplies, nécessaires au détachement d'un égo démesuré, et puis des étapes où se sont réalisées certaines expériences de vie aussi, sans lesquelles on risque de demeurer centré sur sa petite personne. Je veux parler d'expériences variées, sans préjugé de parcours obligé. Une sorte de rite initiatique tout personnel, dont le seul but serait de détacher le centre du monde de son petit nombril. A bien observer les gens, et à bien s'observer soi-même, on s'aperçoit que ce n'est pas si simple qu'il peut y paraître...

Quant à laisser ceux qu'on aime désemparés, je ne crois pas qu'il nous appartienne d'y changer quelque chose. La perte demeure douloureuse, et je crois qu'elle doit l'être, ne serait-ce que pour la valeur qu'elle donne à la vie, qu'elle souligne. N'est-ce pas le moment de prendre conscience de ce que les êtres sont uniques et irremplaçables ? C'est une idée à défendre, il me semble. Après ça, que cette peine soit assortie de raisons que nous aurions pu changer, d'un comportement coupable que nous avons eu et qu'il n'appartenait qu'à nous d'améliorer, là oui, nous avons quelque pouvoir de changer la donne, de laisser un souvenir qui soit plus lumineux que sombre, plus juste que cruel, plus généreux qu'égoïste et indifférent. Et cet égoïsme comme cette indifférence procèdent de tant de détails infimes, de tant de routines qui creusent leur empreinte, que là aussi, ce n'est pas qu'un petit défi à relever...

Une belle journée à toi aussi, Ut, et merci de ta visite !

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 08h52
Oui (encore:)).
Je parlais de la peur de laisser les autres désemparés au sens premier : je meurs, je laisse un enfant de 5 ans... que va-t-il advenir de lui? C'était uniquement dans ce sens là. Quand à l'image qu'on va laisser... malgré tout notre amour et tous nos efforts, nous ne saurons jamais ce qu'elle sera... et qu'importe d'ailleurs : nous ne serons plus là pour nous en gargariser (ou non).
Bisous.
Commentaire n°5 posté par Ut le 28/10/2010 à 09h44

Cette injustice de certaines morts, qui pourrait la justifier ? Nous sachant mortels, il nous appartient d'agir et d'être en conséquence. Nous ne pouvons rien contre l'inéluctable, contre le sort, si ce n'est de nous en préserver de notre mieux. Au-delà, les ombres de l'existence nous cernent, nous n'en sommes que les jouets, ceux du hasard, brutal et imprévisible. Qu'advient-il de ceux qui restent quand ils n'ont pas encore atteint cet âge où l'on peut affronter un revers horrible ? C'est vrai que la question est rude, pénible, et que nous n'avons d'autre recours que d'envisager le pire en essayant d'arranger la suite au mieux. Avec la possibilité de nous tromper, là aussi...

Mes bises à toi aussi, Ut !

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 10h04
Voilà, tu as tout dit!
Il faut donc vivre chaque jour en prévoyant que ce peut-être le dernier.
Pourrait-on faire comprendre ça à ces messieurs les marchands d'armes?
Bisous :)
Commentaire n°6 posté par Ut le 28/10/2010 à 10h07

Ceux-là font partie des irrécupérables, il me semble, plus encore que les apôtres du pognon, si inhumains soient-ils, eux aussi. Il y a des strates dans la dégénérescence d'humanité, certaines dont il ne me semble pas impossible de revenir, et d'autres qui ont été trop loin dans le mal, un mal absolu, un mal bordé de plus de victimes qu'un champ de bataille, où se dénombrent les misères les plus entières de notre époque. Ceux qui permettent ça, ceux qui en font leurs choux gras, ne méritent aucune autre issue que d'en être victimes à leur tour. Et encore cela ne suffit-il pas à enrayer la peste.

Certaines consciences sont définitivement trop nécrosées pour entendre le moindre argument de valeur humaine.

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 10h15
Je ne désespèrerai jamais de l'être humain.. même si j'aurais plaisir à en éliminer quelques uns de mes mains!
Commentaire n°7 posté par Ut le 28/10/2010 à 10h47

C'est marrant : il m'arrive parfois de dire la même chose, mais à part de vrais fléaux, dont il serait difficile de juger d'ailleurs, je ne me verrais pas bien verser dans cet excès quant à moi... Je n'en partage pas moins l'humeur !

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 18h44
Le flambeau... le flambeau, relayer la lumière qu'on a, (peut-être) captée, ici ou là, et qui fut notre raison d'être... j'aime ta conclusion. Même pas peur ? Moi non plus.
Commentaire n°8 posté par Frédérique le 28/10/2010 à 12h21

La lumière, on sait où la trouver, et même comment la produire et l'entretenir. Ce qui nous manque parfois, c'est le désir de le faire. C'est la seule chose qui puisse faire défaut, mais quand elle manque, c'est la fin assurée de l'âme... Tant qu'elle continue de se gorger de lumière, il reste toujours un espoir !

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 18h49
Bifane a dit ausi :

"Il restait quelques champs,
quelques fermes perdues,
et le cygne élevait son chant.

Chemins devenus rues,
prairies et bosquets soupirant
dessous les avenues,
et quelques vieux se souvenant
de beautés disparues
que les enfants de leurs enfants
n'auront jamais connues...

Il restait quelques champs,
quelques fermes perdues,
comme un regard d'un autre temps..."

Un rythme lancinant comme une pulsation, une deux, an-u, symétrie centrée sur "vieux", reprise des deux premiers vers. Un poème venu "comme cela", sans doute pas prémédité mais qui chante bien la vie qui va et vient.
(I'll come back. Merci Bifane)
Commentaire n°9 posté par Cergie le 28/10/2010 à 15h03

Oui, un impromptu, comme tous ceux que je laisse chez toi, et qui ne vont nulle part ailleurs. Parce qu'ils s'attachent à tes photos, souvent très inspiratrices ! Et c'est un plaisir de laisser aller les mots au fil de tes images, quand elles me racontent leur histoire !

 

Réponse de Bifane le 28/10/2010 à 18h51
Les impromptus sont portés par un souffle aussi sont ils comme des oracles ou viennent-ils d'une transe. Ils nous dépassent et il est difficile de les produire sur commande....
A popos du cygne : j'ai rencontré un magnifique paon une fois qui marchait d'un pas conquérant trainant sa longue queue magnifique dans le village (et sur le trottoir !). Surréaliste !
Commentaire n°10 posté par Cergie le 28/10/2010 à 19h41

Houlà ! Des oracles ? Une transe ? C'est flatteur, Cergie, mais je crois que les choses me viennent beaucoup plus simplement, quand une image me raconte une histoire, qui n'est d'ailleurs pas forcément la sienne, mais que je prends comme elle vient et retranscris dans l'inspiration du moment. Cela dit, il est vrai que je ne sais pas écrire sur commande. J'ai essayé plusieurs fois, sans succès : quand ça ne veut rien me dire, rien ne vient. Tes photos ont souvent cette qualité, à mon sens, d'être comme issues d'une histoire, illustrations du monde comme il va, dans une anecdote, un morceau d'humanité. Et puis j'ai un peu pris cette habitude de les commenter ainsi chez toi, parce que ça venait comme ça au début, et qu'en dehors de quelques vers reprenant une idée inspirée de l'image, je ne saurais pas trop quoi dire...

Ton paon, dis-moi, il cherchait pas Léon des fois ?

Réponse de Bifane le 29/10/2010 à 09h12
Ton message est aussi et encore et toujours axé sur le temps. Ce temps qui arrange ou qui détruit les choses, qui fait grandir mais aussi affaiblit. Nous avons toujours la pensée du futur, du moment où nous ne serons plus là et qui arrivera. En ce moment précis, plutôt dans mon présent je pense que je suis vivante et que tant de personnes importantes à une époque qui on marqué le monde et leur temps ne sont plus. Ce qui compte finalement c'est que nous avons la chance d'être là dans notre présent en ce moment... Pour le moment nous sommes avant d'avoir été (comme ds la ballade des pendus)
Commentaire n°11 posté par Cergie le 28/10/2010 à 19h46

La pensée du futur, je crois ne l'avoir qu'en écho du présent, lequel serait lui-même un écho du passé. J'ai un peu de mal à diviser les temps, c'est une réflexion que je me suis faite il y a peu : que je n'étais pas particulièrement tourné vers une période déterminée. Je veux dire pas plus accroché à un passé au point de ne pouvoir m'en détacher, que visant des choses futures en manière de songe-creux, et pas non plus ancré dans le moment présent, à la carpe diem, qui ferait fi du passé et ne se soucierait pas de l'avenir. Je prends un ensemble, un temps éclairant l'autre, le passé expliquant parfois le présent, le futur se dessinant sous son impulsion, ou expliquant mieux le passé... Et j'aime assez que rien ne soit figé, en ce domaine comme en d'autres, pour mieux percevoir toutes les implications des temps entre eux.

Et pour ce qui compte finalement, il y a de ce que tu dis, cette chance d'y être, qu'il n'est pas inutile de se rappeler, et d'autres choses, comme la conscience de ce qui a été fait, manqué, réussi, évité, retrouvé... et celle de ce qui nous reste à faire, tant que nous pouvons. Et je reprendrai ta phrase "... nous sommes avant d'avoir été", de laquelle je retrancherai juste un mot : "Nous sommes d'avoir été", de même que nous serons d'être. Pour souligner que rien de ce que nous faisons n'est tout à fait anodin, ni rien dans notre vision de ce que nous faisons...

Réponse de Bifane le 29/10/2010 à 09h22
Passeurs nous sommes de passage et si parfois ce n'est pas d'un pas sage que nous foulons cette terre nourricière c'est pourtant dans le partage que nous trouvons une de nos raisons d'être.Un maillon de la chaîne qui transmet et retient, prolonge aussi, un veilleur ou une vigie qui projette des lumières fantomatiques, un couloir et cette torche qu'on brandit bien haut, cette aspiration à des idéaux, cet exemple vivant et vibrant, mais ce qu'il en restera ne nous appartient pas, combien de déperdition, la notion de rendement est absente, il ne s'agit pas d'une rente, on reçoit et transmet, on déforme aussi et met sa patte signée, après il ne s'agit pas de consignes ni d'insignes, on peut rabacher et répéter, mais il faut d'abord repérer pour permettre d'opérer.
Un flambeau oui, une flamme qui va cillante et qui pourrait ouvrir des voies nouvelles, accompagner sur le bord du chemin comme un soigneur qui donne du ravitaillement, mais les efforts restent à faire avec sens et chacun doit puiser au fond de lui la ressource pour atteindre les buts qu'il s'est fixé. Donner des armes et des clés de compréhension du monde, un monde nouveau et en pleine évolution auquel il faut savoir s'adapter.
Commentaire n°12 posté par Thierry le 29/10/2010 à 09h43

Oui, j'aime bien l'image du flambeau, de cette lumière vivante, dont on sait qu'elle peut s'éteindre, comme elle pourrait aussi bien tout enflammer. Un symbole porteur, très ! Mais qu'ajouter de plus à ce que tu as déjà dit ? Merci de ta visite, Thierry.

Réponse de Bifane le 29/10/2010 à 18h39
Comme une vallée: le détachement.
Commentaire n°13 posté par Isabelle C le 29/10/2010 à 14h26

Ah bon ? Elles sont détachées, les vallées ?

Réponse de Bifane le 29/10/2010 à 18h37
Bifane, ce texte sonne à mes oreilles comme un poème oriental et ancien... de passage, nous sommes... reste à savoir éclairer :)
Commentaire n°14 posté par aléna le 30/10/2010 à 12h13

Est-ce un savoir, vraiment ? N'y aurait-il pas d'abord un simple désir de le faire, de bien le faire ? J'ai le sentiment que ce désir seul suffit, pour peu qu'il soit sincère. Et dans cette sincérité, qu'il trouve la qualité d'être non pour s'enorgueillir mais pour se donner.

En tout cas, merci pour la teinte orientale, je ne sais pas trop bien pourquoi, mais je trouve ça extrêmement positif !

Réponse de Bifane le 31/10/2010 à 07h12
Les temps comme des entités qui n’ont rien à faire de nous et nous dressés dans les décombres de nos souvenirs à regarder plus moins pour reconstruire encore. La vie plus forte que la nostalgie, oui une raison d’être et d’avoir été et de devenir.
Commentaire n°15 posté par Saravati le 30/10/2010 à 16h17

La nostalgie ne doit avoir raison de nous que pour de courtes périodes, inévitables de toute façon, mais rester fixé sur ce regret du passé, quel dommage, en effet... Il n'est pas de temps qui le mérite plus qu'un autre, je crois : nous sommes d'avant, de pendant et d'après, par nature, et c'est ce mélange qui nous permet d'être et de devenir. Un principe, être et devenir, qui m'est très cher...

Réponse de Bifane le 31/10/2010 à 07h16
:)) J'y voyais un peu, comme une cartographie. Le relief d'un voyage. Une étape. Le détachement comme une mue, une maturation en mouvement
Commentaire n°16 posté par Isabelle C le 30/10/2010 à 19h07

Le relief d'un voyage... C'en est un, en effet, un grand voyage... Le détachement n'est pas entier, cependant, et heureusement : je crois que ça reviendrait à être blasé de tout, n'avoir plus rien qui puisse nous illuminer. Mais un détachement de soi, oui, ô combien ! Je ne prétends pas l'avoir tout à fait réalisé, mais j'y tends, comme on peut tendre à un idéal.

Réponse de Bifane le 31/10/2010 à 07h19
Poème d'une beauté sereine... Ne plus vivre pour soi, éclairer un chemin, au devant : c'est ce qui advient normalement de nous lorsque nous devenons parents. Etre parent, si elle est bien menée, est une expérience d'altruisme radical. C'est une puissante raison d'être, et de tenir debout. Je ne juge évidemment pas que seule la condition de père ou de mère fait de nous des êtres accomplis, mais j'ai remarqué en tout cas que les personnes que je connais qui n'ont pas eu d'enfants, arrivés à nos âges, ont pour point commun d'avoir des difficultés à penser au-delà d'elles-mêmes; parler d'elles sans s'intéresser en retour à l'autre leur est par exemple tout naturel...
Bises amicales, cher Bifane.
Commentaire n°17 posté par Sophie le 31/10/2010 à 17h03

Peut-être, oui, mais j'ai pu voir des excès inverses qui ne m'ont pas semblé élever beaucoup les parents, en le recentrant sur la petite cellule familiale, au-delà de laquelle rien n'a plus d'intérêt. Comme toute expérience, celle de parent peut mener l'être vers le meilleur ou vers le pire. Certaines collègues de travail arrivent à me sortir par les yeux à force de n'avoir d'autre sujet de discussion que les exploits de leurs chers petits ou, pire encore, les dernières frusques qu'elles leur ont trouvé dans les boutiques chicos du coin. J'ai tendance à penser que ces personnes-là étaient déjà vides avant, et que de devenir parent ne les a rempli que d'un peu plus de vide...

Reste que l'expérience peut en effet porter à de grandes révolutions intimes, bouleversant nombre de pauvres certitudes sur lesquelles on avait cru fonder de nobles principes, qui n'étaient finalement que de belles conneries, assez souvent égoïstes d'ailleurs, ou égocentriques, ce qui ne revient pas tout à fait au même, mais va un peu dans le même sens. Il y a aussi une nouvelle compréhension de son propre cheminement, une lumière nouvelle sur nos erreurs, nos jugements d'avant, certains à l'emporte-pièce, d'autres qu'on avait pourtant longuement ruminé, et qui soudain ne tiennent plus, face à une nouvelle donne, faite de révélations inattendues...

Néanmoins, je me garde de croire à quelque illumination que ce soit. J'ai vu des questions trouver leur réponse dans cette expérience, c'est certain, mais je sais aussi comme il est facile de se croire arrivé à quelque niveau supérieur, de sagesse ou d'expérience, et ces idées-là présentent le danger de rendre ceux qui les caressent d'autant plus pauvres d'âmes qu'ils croient de bonne foi avoir "réussi" quelque chose. Tant qu'on est là, il nous reste toujours à apprendre et à nous améliorer. Bien des parents se posent dans leur rôle comme sur un trône, et ne conçoivent plus seulement qu'ils puissent avoir quelque tort que ce soit. Quand on en arrive là, il me semble qu'on est redescendu bien bas, malgré la chance qu'on pouvait avoir de s'élever au contraire.

Mes bises toutes amicales en retour, ma chère Sophie !

Réponse de Bifane le 31/10/2010 à 17h52
Passer, nous ne faisons que passer. Ca aussi c’est une chanson mais nous passons la lumière, la bougie qui brille de joie sur le gâteau d’anniversaire, la torche qui guide dans la frayeur du noir, le spot qui allume la star, la veilleuse qui berce l’endormissement, le phare dans la brume du soir, les chandelles du dîner des amants, les rêves de la Petite Fille aux allumettes, le jeu de la luciole dansant dans la nuit d’été…
Cela fait nos flamboyances, donne de sacrées raisons pour ne pas fermer les yeux devant la Beauté du jour, et d’autres de partager les lueurs de l’Amour, de l'Amitié.
Commentaire n°18 posté par Arthémisia le 31/10/2010 à 20h40

Nous passons, oui, j'aimais bien cette chanson... Comme j'aime aussi l'humeur lumineuse de ton commentaire, Arthi'.

 

Il y avait ces deux premiers vers d'un poème de Vahan Tekeyan, qui rejoignent si bien cette belle idée. Après avoir lu tes mots, je suis allé le rechercher, le relire. Une douce sagesse, de reconnaissance et d'une joie ancienne :

 

Le Jugement

 

Que me reste-t-il de la vie ? Que me reste-t-il ?

Que cela est étrange, il ne me reste que ce que j'ai donné aux autres,

Une douce pensée cachée, des bénédictions muettes,

Parfois mon coeur tout entier, parfois des larmes.

 

Et mon âme s'emplit de tout cela

Tendrement, éternellement.

Et ce que l'amour m'a ravi, Dieu ne l'a point rejeté

Pour me le rendre plus tard et embellir ma vie.

 

A présent, ô maître, malgré mes souffrances

Et malgré cette source desséchée du bonheur,

Je m'enivre de ce vieux vin parfumé.

 

Et je ne dis plus "Que me reste-t-il ?" :

Que restera-t-il des roseaux fragiles et des grands chênes

Sinon l'immense consolation d'avoir bu du soleil ?

 

Réponse de Bifane le 01/11/2010 à 08h14
D'abord j'ai lu "passer le fardeau" et au même moment vlan, mon pc y me fait le coup de l'écran bleu d'la mort. Foutu de chez foutu. L'a fallu sortir les sous, pchiii !
Maintenant que je reviens avec un beau tout neuf, j'vois que je m'étais gourée. C'était "flambeau" ! Evidemment ça change tout, quoi que ...
Commentaire n°19 posté par Kodama le 01/11/2010 à 10h20

Quoique... en effet ! Il s'en trouve pas mal pour ne passer que ça. Si l'on ne transmet que ce qu'on a su acquérir, il y a bien des chemins au bout desquels il vaut mieux ne rien transmettre. Faut-il espérer qu'on saura apporter quelque chose de valable, tout au bout, ou se juger incapable dès le départ et se savoir quelque chose comme un sac à mouise, pour le dire assez joliment ?

Il est joli ton nouvel écran ? Tu peux faire mumuse avec tes doigts dessus ? Paraît que c'est le dernier cri...

 

Réponse de Bifane le 01/11/2010 à 10h46
J'fais mumuse avé mes doigts sur mon new tél portable obtenu haut la main avec les points d'fidélité que m'accorde m'sieur Bouygues qui m'connait et qui m'aime (trop d'la balle l'écran tactile !) Avé mon pc, j'fais que par transmission d'pensées.

Quant au flambeau à faire passer, rev'nons-y. En gros l'image elle est bien mais elle me plait qu'à moitié. Ca doit être le côté flamme fumeuse du truc (ouais les flambeaux, ça fume) qui me saute plus aux yeux que le côté lumière (les flambeaux, c'est 'achement chiche côté lumière). Du coup, j'sais pas trop ce que ça aide à faire passer. Mais bon, j'admets quand même que ça file un aspect téméraire, aventurier même, à ce qu'on a l'intention d'essayer de faire. Aussi pourquoi pas ? Tant qu'à faire passer, vaut mieux voir ça romantique et Indiana Jones à la fois, ça positive. ;)
Commentaire n°20 posté par Kodama le 01/11/2010 à 11h13

Alors là, t'as bien raison : le flambeau, ça éclaire moyennement, faut bien reconnaître. Mais justement, quand j'y pense, je me vois pas du tout passer un astre solaire, et c'est loin du raffinement d'orgueil d'une fausse humilité, tu te doutes. Aussi, s'il s'agit de laisser quand même quelque chose de positif, autant être honnête avec soi-même et convenir qu'on ne laissera certainement pas l'équivalant d'une voie lactée. Un modeste flambeau, ça me semble correspondre mieux, même avec son côté fumeux, qui lui aussi nous ressemble bien, à ce que je peux envisager de transmettre, si tant est qu'il y ait quelqu'un qui en veuille, puisque qu'on ne peut jamais jurer de rien, et moins encore pour ce qui viendra après...

Réponse de Bifane le 01/11/2010 à 11h20
Hiiiiii ! Rigolo ça, qui vient d'un mec qu'a du soleil dans les mirettes ! Va falloir que tu t'abonnes aux lunettes noires si tu veux pas transmettre milky way (voie lactée pour les non anglicieux)au monde futur !
Tiens au fait, personne t'a informé qu'la modestie ça éclaire aussi, bien plus que l'soleil lui-même ? T'as d'quoi te faire des super tartines avec tout le pain que t'as sur la planche !
Commentaire n°21 posté par Kodama le 01/11/2010 à 11h42

Rhââââ ! Te revoilà avec ton tablier de fleuriste, Kodama ! Pourtant, quand même, tu m'as bien vu, t'as vu la tête de lard un peu, t'as trouvé ça si lumineux ?

J'te fais une grosse bise, grande rêveuse !

 

Réponse de Bifane le 01/11/2010 à 11h52
J'dis rien pasque c'est trop bien connu, on s'voit jamais comme on est. Surtout toi, tra la la
Qu'a autant de lumière
Que t'as de poils aux bras
T'as rien de ces flambeaux
Qui tournent en fumerolles
Ni même des girandoles
Aux lueurs toutes molles
Ou bien de ces lanternes
Borgnes pour l'éternité
Menant on ne sait où
Le bout du nez des trains
T'es comme ces loupiotes
Cavalant sur un fil
Qui dansent au fronton
Des fêtes vénitiennes
De celles qu'on pressent
Avant que de les voir
Et dont on se réjouit
Une fois qu'on les as vues

Euh ... Bon.
D'accord, c'est l'bouquet qui va avec le tablier, mais c'dernier y servirait à quoi sinon, hein, tu peux m'le dire ?
J't'embrasse aussi, lampion ;)
Commentaire n°22 posté par Kodama le 01/11/2010 à 13h09

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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