Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 12:51

Au soir où je m'assieds,

          mon oeil s'évade

          comme si les vents le portaient.

L'humeur absente,

          le silence à mes pieds,

          l'âme nomade

          qui aime à se réconforter

          aux brumes lentes.

 

                    Je sais mieux mon chemin,

                              comme on connaît un rêve

                              un baiser au creux de ta main

                              que l'oubli, un jour, nous enlève...

 

Ce n'est qu'un tour de ciel,

          d'un bout de terre,

          le temps que descende la nuit,

          l'ombre paisible...

Insouciant rituel

          d'heure dernière,

          où se résout ce qu'on poursuit

          dans l'indicible.

 

                    Je perçois ma raison,

                              comme un peu ton haleine

                              au doux murmure de mon nom

                              et d'un sourire sur nos peines...

 

 

Publié dans : Ceux qui s'évadent
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Commentaires

Passeur de... brune ?
J'aime la brume comme j'aime la nuit, douce à l'oeil, enveloppante, propice à la rêverie, contour des choses devenu flou et qui rend le savoir intuitif... j'aime la brume par contraste aussi : elle me rend si précieux le moindre petit rayon de soleil qui perce !
Commentaire n°1 posté par Cagire le 18/11/2010 à 21h51

Oui, la brune, c'est d'un usage un peu ancien, mais autrefois, donc, on parlait de nuit brune...

Et quant à la brume, oui, je partage ce goût, en particulier des brumes très matinales ou de celles du soir, qui s'apparentent davantage au brouillard. Il y a dans la perte de la vision, de celle de l'oeil, comme une ouverture naturelle à une autre perception, qui est vision aussi, mais qui se manifeste plutôt à l'intérieur...

Cagire, je suis passé chez toi hier, mais j'avais trop peu de temps pour répondre à ton article, que tu as si bien repris que je ne pouvais le lire en entier. J'y reviendrai bientôt. Mais, canaille, je ne te remercie pas de ton tag ! Où vais-je les trouver, moi, les quinze ? Pourquoi pas quarante, tiens... Tssi !

A plus tard !

Réponse de Bifane le 19/11/2010 à 07h35
"ce n'est qu'un tour de ciel" ... j'aime bien. Ca donne l'idée du temps mais aussi comme une espièglerie, une farce dont on serait le jouet.
Et comme ça vient après: "je sais mieux mon chemin"... ça relativise :))
Il est si doux ce poème, vraiment !
Commentaire n°2 posté par Isabelle C le 18/11/2010 à 22h48

Ah ! ça fait plaisir : c'est dans cette humeur que je l'écrivais, plutôt douce, paisible, et c'est heureux de le voir lu tel, avec ce même penchant. Merci !

Réponse de Bifane le 19/11/2010 à 07h37
j'aime cet abandon serein auquel le "passeur" convie et le corps et l'esprit, là où "se résout ce qu'on poursuit dans l'indicible".
Commentaire n°3 posté par Frederique le 19/11/2010 à 13h21

Merci M'dame ! Dis voir, t'aurais pas ça dans tes alboums, une photo de brume à la brune ? Ou à la lune alors ? On s'arrangera avec les rimes... ;o)

Réponse de Bifane le 19/11/2010 à 18h40
J'aime ces moments calmes où on lâche prise avec le concret, la lourdeur des tâches, de la réalité.
On laisse libre son esprit, s'évanouir au-dessus de nos têtes, un peu comme ces brumes que tu décris...
On fait un peu plus corps avec l'air, avec la terre... On redevient un peu animal ! va savoir !
Il n'y a ni tristesse, ni bonheur... Il n'y a que sensations et vie.
Avec un peu de chance, on a le temps de revenir tout doucement... la tête plus légère, le cœur plus propre...
Ce sont de beaux moments.
J'aime particulièrement ce poème... On dirait un vieux blues du temps où le blues chantait l'âme des gens.
Commentaire n°4 posté par pakita le 19/11/2010 à 18h45

Il y a ce lâcher-prise, oui, et en même temps, une conscience plus générale de l'ensemble, comme si l'on prenait un recul sur le tout. Passé, présent et avenir dans un même regard, qui, sans fouiller ni réfléchir, observe ça avec un certain détachement. Et ce n'est pas faux qu'il y ait quelque chose d'un regard animal, tendre à la fois, comme celui d'un chien peut-être, qui voit à la fois ce qu'il a sous les yeux et ce qui repose dans sa mémoire, sans colère, sans rancoeur, avec cette tendresse paisible...

 

Merci pour le partage, Pakita.

Réponse de Bifane le 20/11/2010 à 10h26
Oui, Msieur, je dois avoir ça dans ma besace. Je t'envoie et tu choisiras. Amitiés
Commentaire n°5 posté par Frederique le 19/11/2010 à 19h10

J'imagine que tes brumes ne doivent pas avoir grand' chose en commun avec celles du piémont pyrénéen, mais je devine qu'elles n'en sont pas moins très belles, comme tes photos le sont en général...

 

Réponse de Bifane le 20/11/2010 à 10h27
A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder l' soleil qui s'en va...
(...)
Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie
Et l'aimer même si
Le temps est assassin et emporte avec lui
les rires des enfants
Et les Mistral gagnants


C'est ce qui m'est venu à l'esprit en te lisant, Bifane, dans la quiétude de tes mots et dans le doux murmure des ombres qui s'enfuient, tandis que la brume les appellent...
Commentaire n°6 posté par Gavarnie le 19/11/2010 à 23h26

Tiens, oui ! Je n'y avais pas pensé en l'écrivant, mais l'humeur n'en est pas loin, et la poésie de Renaud m'est si naturelle qu'elle doit sans doute m'inspirer de loin en loin, comme un écho familier qui nous reste quelque part. Et puis surtout celle-ci, sa plus belle à mon goût !

 

Merci pour cette belle évocation, Gavarnie.

 

Réponse de Bifane le 20/11/2010 à 10h29
Une petite correction s'impose : "tandis que la brume les appelle..."
Commentaire n°7 posté par Gavarnie le 20/11/2010 à 00h03

Ah bin oui !

 

Réponse de Bifane le 20/11/2010 à 10h29
Passeur ou pasteur, de brune, je pensais à la bière mais à brasser tant de mots je me perd en conjectures. De l'hmeur à l'humour je me permet un écart mais pas si grand que cela.
merci Bifane et bon week end
Commentaire n°8 posté par Thierry le 20/11/2010 à 11h32

Bon week-end à toi aussi, Thierry.

 

La brune est une manière ancienne de nommer la nuit, plus particulièrement le moment où elle tombe (on ne sait jamais trop d'où...). Partir à la découverte des mots en les écrivant est une autre aventure, amusante parfois... Il y avait aussi la sorgue, pour désigner la nuit, un mot qui me plaît bien, mais que j'ai déjà utilisé dans un autre poème. Il faut être parcimonieux de l'usage des mots rares !

 

Et à part ça, si le métier de passeur me conviendrait bien, pour celui de pasteur, je dois avouer une incompatibilité d'humeur tout à fait rédhibitoire, et une absence totale de toutes les qualités attachées à la fonction de ministre du très-haut, qui, à mes yeux, est surtout un très-absent. Je ne pourrais faire qu'un pasteur de brebis galeuses, ce qui n'intéresse que peu de gens...

Réponse de Bifane le 21/11/2010 à 08h40
La brume t'inspire superbement. Le "Gris" qui précède et cette présente "Brune" m'ont transportés dans ta barque de passeur. Merci pour cette traversée d'un rêve à l'autre.
Commentaire n°9 posté par Vieux marmot le 21/11/2010 à 00h16

D'un rêve, d'une vague vision, d'une perception... à l'autre... Je suis heureux que tu te sois embarqué un moment avec moi, Vieux Marmot.

Dis-moi, est un problème technique ou bien aurais-tu fermé ton blog ? J'ai voulu te faire une visite l'autre jour, et je n'ai pas pu...

 

Bon dimanche chez toi et les marmottes, l'ami, il fait un temps à faire comme elle, sous quelque couette bien chaude !

Réponse de Bifane le 21/11/2010 à 08h42
Pas de problème technique, plus de blog, SBF comme je disais à Dez. C'est dérisoire à côté des SDF. Donc simple lecteur, commentateur épisodique, mais de toutes façons, j'étais déjà plus souvent à squatter chez les autres qu'à aménager mon terrier. A bientôt donc...Un soir à la brune, mais je ne me permettrai (ni ne désirerais) de t'appeler "ma brune":-).
Commentaire n°10 posté par Vieux marmot le 21/11/2010 à 17h46

Ah bin non, et d'autant moins que je tirerais plutôt sur la blonde. Châtain clair, je préfère. Enfin, les goûts et les couleurs, hein !

Tu as donc mis le feu à ton terrier ? Ce n'était pourtant pas de saison ! C'est toujours un peu dommage, d'autant que tu avais fait du boulot, mais comme tu dis, il y a plus grave, c'est une évidence. Le simple lecteur que te voici devenu est toujours le bienvenu ici, Vieux Marmot, comme tu sais. A bientôt donc !

Réponse de Bifane le 22/11/2010 à 11h03
A la brune...entre chiens et loups...ce crépuscule de fin d'automne qui n'est pas celui flamboyant de l'été. Qui évoque plus le mystère, laisse un sentiment indéfinissable entre vague inquiétude (et si le soleil ne revenait pas?) et envie de s'y aventurer, de s'y laisser aller. Nos rêveries ne s'accordent-elles pas à la couleur du ciel? La brume comme la pluie nous sépare du visible et nous met face à nous-même. Enfin c'est mon ressenti. Je n'ai jamais autant conscience de ma personne, de mon corps, que lorsque je me balade sous un parapluie ou l'hiver dans le brouillard. Etrange sensation.

Mais tu le sais, je suis de l'aube. Il est temps qu'arrive l'hiver et ses aubes immaculées, roulées dans le tulle ou le coton: ce sont mes préférées. Qu'un instant, toute l'horreur de notre monde me soit masquée, voilée miséricordieusement par un épais brouillard, qu'il ne reste plus que mon "foyer" et sa chaleur paisible.

Tu es très de "saison" en ce moment, accordé à tes paysages comme le fait remarquer Nico. On te sent calme, contemplatif, pénétré.

Bonne journée Bifane :)
Commentaire n°11 posté par Désirée le 22/11/2010 à 08h37

Comme souvent, je me retrouve tout à fait dans ta peinture des choses, Désirée. La pluie comme un rideau, oui, le brouillard comme un autre manteau... Pour moi, je suis à la fois du crépuscule et de l'aube, goûtant les deux dans un même apaisement, quoiqu'ils inspirent des sentiments différents, quelquefois très opposés. Le soir et sa fin des temps, le matin comme à l'aube des mondes... Et la solitude qui les borde et en étend l'espace, comme elle nous change nous-mêmes, notre vision des choses, notre perception intime et universelle...

 

Je crois que je n'aurais jamais eu un goût si prononcé pour ces heures si je n'avais pas eu la chance de quitter les cités pour la nature, puis d'y vivre presque en reclus quelques années, à sentir la respiration des saisons, le souffle des nuits et le regard des jours. Pourtant, je n'oublie pas le sentiment peu enclin à s'attendrir sur ces grâces, qui m'habitait quand je suis arrivé à la campagne. Ces coins paumés, ces lieux sans rien, ces espaces sans personne, je croyais que j'allais y mourir d'ennui ! Je me demande encore à quel moment le déclic s'est fait, où je suis tombé amoureux des lieux les plus éloignés du monde des hommes ? Une promenade en forêt, un matin d'automne, un soir d'été, je ne saurais dire. Quelque chose que j'ai vu et qui a tout changé. Mais quoi ? Peu importe, mais j'ai toujours un sourire amusé quand j'évoque le petit jeunôt des villes débarqué dans la cambrousse, qui n'en revenait pas de sa guigne... Je n'ai plus jamais réussi à me faire à la vie citadine, par la suite.

 

Tout ça rend mes humeurs saisonnières assez naturelles, finalement. Je vis au rythme de la terre, et j'aimerais beaucoup le suivre encore plus loin, m'y poser davantage, prendre le temps de le ressentir, de mieux le connaître. La vie trépidante à laquelle nous sommes soumis me convient aussi peu que le désert à un dauphin...

 

Mes bises automnales, Désirée !

 

Réponse de Bifane le 22/11/2010 à 11h17
"La brune" que l'on trouve dans "la ballade à la lune" de Musset si connue des petits écoliers
Depuis que je fais de la photo je prête attention à l'heure bleue qui est le moment où on fait plus aisément des photos de nuit, le soleil est couché ou pas encore levé mais il y a encore de la lumière...
Les anciens n'avaient pas d'électricité ni de montre, ils prêtaient plus attention à ces signaux pour rythmer leurs jours plus longs l'été que l'hiver. Un de mes amis berbères, au Maroc, lisait l'heure au soleil.
Commentaire n°12 posté par Cergie le 22/11/2010 à 09h55

Ah mais oui ! Je ne retrouvais plus le poète chez lequel j'avais croisé cette brune. Musset... Il faut dire que je ne suis plus écolier depuis longtemps, et pour l'heure, ma grande fille n'a pas encore eu de ses poèmes à apprendre. Je suppose que ça viendra...

 

Cette part des choses anciennes que tu évoques, comme je trouve qu'elle manque à nos vies ! Nous qui sommes tous reliés, branchés, connectés, tellement modernes par la technique, il me semble que toutes ces avancées nous ont tout autant éloignés de la nature, de ses pulsations, des signes qu'on pouvait y lire autrefois. On ne sait plus, à présent : on a tout oublié. Nous enlèverait-on tout notre barda d'équipements high-tech que nous serions complètement perdus, voués à l'extinction en moins de temps qu'il en faudrait pour le craindre.

 

Je n'en suis pas à marmonner quelque "c'était mieux avant", tant par d'autres côtés nous y avons gagné, et tant il en reste encore à gagner même, mais il est dommage que nous nous soyons tellement asservis à la technique, et que notre rapport à la terre et aux choses les plus simples de notre environnement nous soient devenues étrangères. Quand on observe à quel point le progrès nous a même éloigné entre humains, on ne peut que déplorer notre entêtement à poursuivre dans cette voie. Il est évident que nous avons raté quelque chose...

 

Réponse de Bifane le 22/11/2010 à 11h27
Un baiser, comme le vent ou la brume, change tout. Il se sent à peine mais il se ressent si fort. Il s'envole et il brûle encore. Il efface la peine et donne du courage.
Commentaire n°13 posté par Cergie le 22/11/2010 à 09h58

Il nous laisse cette douce trace, comme un témoignage que, dans notre solitude, une autre solitude nous a pourtant touché, et aimé. Et il n'est rien de si précieux au monde...

Réponse de Bifane le 22/11/2010 à 11h28
Mon cerveau impatient avait lu "passeur de brume", mais nous ne sommes pas ici sur un blog comme un autre, il faut savoir s'y poser, prendre son temps et savourer comme on le ferait avec un livre.
J'ai donc calmé mon impatience et me voici à te lire lentement à haute voix et c'est très beau !
Commentaire n°14 posté par Balladine le 22/11/2010 à 13h38

Ah mais ça, c'est un joli compliment, Balladine. Les poèmes que je lis à voix haute sont précisément ceux que j'aime le plus. Dernièrement, celui que Désirée vient de publier, dont les vers étaient si beaux que j'avais envie de les entendre à l'oreille...

 

Merci à toi !

Réponse de Bifane le 23/11/2010 à 10h15
J'aime le côté impalpable de ce poème... comme l'est le rêve, comme l'est la brume... comme le sont les nuages qui passent qui passent...
merci pour tout ce bonheur là
Commentaire n°15 posté par Maria-D le 22/11/2010 à 22h24

Si c'est un bonheur à lire, ce m'est un plaisir de le savoir, Maria-D ! Merci. Et puis oui, cette nature impalpable, et pourtant à la fois si intime, étrangement, dans ce qu'elle nous inspire. Comme ces sentiments si précieux, pour ce qu'ils nous enseignent de la vie...

Réponse de Bifane le 23/11/2010 à 10h17
Un Pisteur de nuages se devait de se faire parfois Passeur de brume ! On dirait une balade, il y a quelque chose de vraiment musical, dans cette rêverie au crépuscule. Et puis tellement d'amour, pour cette femme-là. Auprès d'elle, tu es heureux, Bifane, cela se sent, et cela réjouit le cœur pour toi.
Je t'embrasse amicalement
Commentaire n°16 posté par Sophie le 23/11/2010 à 12h40

Passeur de brune, ma chère Sophie, avec un N et sans haine ! La brune étant une autre manière d'appeler la nuit, et dans mon esprit, précisément ce moment de la nuit où elle commence à peine, cette heure entre chiens et loups...

 

Mes bises en retour, Sophie !

Réponse de Bifane le 23/11/2010 à 12h49
Chanson de nuit
chanson d'amour
la brume adoucit
les contrastes
je me sens aussi
l'âme nomade
et j'aime à retrouver
des passeurs
guettant les passages...
Commentaire n°17 posté par Estourelle le 23/11/2010 à 13h47

Dans ce que tu écris, cette âme nomade et ces passeurs, me vient l'image en couleurs d'êtres en errance, voyageurs, marcheurs depuis la nuit des temps, là pour ça, pour aller ou va leur chemin, au loin, jusqu'à n'en plus pouvoir. Et quelquefois, sur le bord du chemin, quelqu'un assis, qui observe les chemins et les horizons, et ceux qui les traversent... Et sans doute ce serait apaisant de le voir, en passant, comme des témoins pour nous dire que, quelquefois, en quelques lieux, quelqu'un nous regarde passer, avec bienveillance...

Réponse de Bifane le 23/11/2010 à 14h51
J'avais bien lu, mon ami, et cette brume n'était qu'une comparaison qui m'est venue, pour la phonétique comme pour tes nuages...
Bonne soirée, à bientôt.
Commentaire n°18 posté par Sophie le 23/11/2010 à 16h38

En même temps, qu'a-t-on à passer à la brune, sinon de vagues brumes, surtout en cette saison !

Ah si, des fois, de la pluie. Mais on s'attarde moins dans la contemplation alors...

 

Une bien bonne soirée chez toi aussi, Sophie !

Réponse de Bifane le 23/11/2010 à 17h20
la première strophe comme le yogi se met en situation ouvrant à l'écriture, aprés il suffit de se laisser aller, et cela marche les mots respirent comme on inspire.
Commentaire n°19 posté par lutin le 23/11/2010 à 23h47

C'est une discipline que je n'ai jamais encore essayée, mais c'est tentant : quelques personnes m'en ont déjà dit le plus grand bien, qui semblaient y avoir trouvé comme une révélation personnelle. Pour l'écriture, je ne sais si c'est applicable, mais oui, souvent, les premiers mots donnent une ouverture sur le reste, et quelquefois, ce n'est que d'un seul vers que naît tout le reste...

Réponse de Bifane le 24/11/2010 à 07h24
En te lisant, j'ai eu une vision de mon enfance: assise sur une chaise paillée à regarder un ciel que j'apprenais à lire devant la maison de campagne. J'ai retrouvé dans tes lignes cette paix . "ce n'est qu'un tour de ciel"...mais tu l'écris si bien.
Commentaire n°20 posté par Laura le 25/11/2010 à 13h48

C'est avoir des prédispositions philosophiques très précoces, Laura ! J'avoue avoir mis bien du temps à ressentir ces choses-là, à aborder comme une vague méditation, ces moments isolés et paisibles. Je dois être passé pendant longtemps à côté, sans les voir... Mais comme on dit : il n'est jamais trop tard pour bien faire !

 

Réponse de Bifane le 26/11/2010 à 12h37
c'est dans des moments comme ça que je regarde pousser les arbres;
bises le poète, tu es un archet qui fait vibrer les sentiments.
Commentaire n°21 posté par saadou le 25/11/2010 à 18h52

Regarder pousser les arbres, pousser les êtres aussi, le petits qui deviennent grands, les étroits d'esprit qui apprennent à l'élargir, les petits coeurs qui se grossissent de vivre, les petits espoirs qui s'affirment et s'élèvent... Et la trace de ceux qui n'y sont plus, mais dont nous gardons le chemin en mémoire, et la conscience de ce qu'il fut...

 

Merci pour l'archet, Saadou ! Mes bises aussi.

Réponse de Bifane le 26/11/2010 à 12h47
La brune ! Ca y est, j'ai trouvé où je l'avais déjà croisée, avec une atmosphère un peu différente ! C'est chez Maxime le Forestier, Education sentimentale "ce soir à la brune nous irons ma brune..." :)
Commentaire n°22 posté par Cagire le 25/11/2010 à 22h38

Ah bin p'têt' bien... Je ne connais pas bien Maxime le Foxterrier (arf...), j'aime bien l'écouter, à l'occasion, mais ça ne me vient pas à l'esprit de me le passer de ma propre initiative. Pourtant, absolument rien contre lui, au contraire, je le trouve sympa, j'aime assez sa voix, je trouve ses chansons humaines et généreuses, mais bon, mon goût n'y est pas tout à fait, je suppose ?

Réponse de Bifane le 26/11/2010 à 12h49
Ca fait comme une parenthèse dans le temps, cette pause du soir, à l'humeur à la fois tranquille et vagabonde. Moi, ça ne me fait pas penser à Renaud ou Le Forestier ton texte, malgré tout assez proches de ta façon paisible d'attendre la nuit, mais plutôt à Neruda, qui brûnait lui aussi :

Nous avons encore perdu ce crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les coteaux lointains

Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.

Où étais-tu alors?
Et parmi quelles gens?
Quels mots prononçais-tu?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine?

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
Commentaire n°23 posté par Kodama le 28/11/2010 à 12h51

Ah ! Bon sang, qu'il est beau, encore, celui-là ! C'est toute l'âme de l'homme qui transpire dans ses mots, c'est son coeur qu'on y lit, et le sentiments qui l'habitent. Neruda, pas à dire, c'est du sommet !

Merci pour le fin plaisir, Kodama, ou le plaisir sans fin !

Réponse de Bifane le 28/11/2010 à 17h12

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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