Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 14:07

Petite-rose.jpg

Une photo de Frédérique Elkamili (à découvrir chez elle)

 

Elle a les yeux d'un petit animal,

          une douceur les illumine

          et l'on ne sait d'où elle vient,

          quel horizon qui lui ressemble.

On la dirait oublieuse du mal,

          mais dans son sourire, on devine

          de quelque souvenir ancien

          une souffrance, une pensée qui tremble.

 

Une inquiétude, un doute repoussé...

          Elle connaît déjà la vie,

          celle de son monde, au loin,

          où pas un jour n'est gagné par avance.

Tant d'autres coeurs y sont déjà passés,

          que le lourd quotidien renie,

          à s'en promettre toujours moins,

          à n'espérer du sort ni de la chance.

 

Elle sourit pourtant, la belle enfant,

          ici, la peur n'est pas de mise,

          la vie est comme un grand combat :

          il faut tenir, à s'en renverser l'âme !

Elle a de ça, au regard, en dedans,

          ce que les raisons interdisent,

          elle en caresse les éclats,

          le rêve en elle, aussi pur que la flamme.

 

 

Publié dans : Ceux qui viennent d'ailleurs
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Commentaires

Un ovale de visage qui donne envie de le reproduire, douceur, rêve, c'est ce que je lis dans ce regard, une bouche gourmande c'est ainsi que je la dessinerais, j'y vois la cerise que l'on y écrase. Beauté juvénile et tendre, mais ceci n'est que l'enveloppe, aprés il faut fouiller
Commentaire n°1 posté par lutin le 09/11/2010 à 19h36

Son expression est un miracle, il s'y mêle tant de sentiments, de paradoxes, de beauté et de mystère, c'en est renversant... Oui, si j'avais un talent de peintre, je m'essaierai à capter son éclat, mais c'est une sacrée gageure, surtout pour rendre cette lumière qu'elle a, cet univers dans ses yeux et son sourire.

Réponse de Bifane le 09/11/2010 à 19h51
Des yeux qui font des pointes ! :)
Les siens et ceux qui la regardent !
Commentaire n°2 posté par Isabelle C le 10/11/2010 à 07h31

Qui la regardent, et même la contemplent ! C'est vraiment un portrait magnifique. A voir en grand chez Frédérique, entre autres photographies de son cru...

Réponse de Bifane le 10/11/2010 à 08h41
Toi, je vais t'emmener à la R.A.L.F. (République Autonome de Lala Fatna), te traîner jusqu'au village de "Rose"... seront heureux de voir un "montagnard" tu peux pas imaginer... vont te coller chez eux, te gaver jusqu'à ce que tu rendes grâce. Désolée, mais c'est un passage obligé dont on ne se remet jamais (crois-moi). Et puis après, le ventre bien tendu, tu vas accompagner Rose et sa troupe, sous l'oeil de la "Cheftaine" sur la route du littoral pour tenter de vendre les "bricoles" (t'auras du succès !) Et puis tu pourrais leur lire des histoires de ton crû... ils adorent, en français, ça peut le faire et on va bien rigoler, tant et tant qu'il faudra bien reprendre du thé, là ou ailleurs et la nuit va tomber dans un bel ensemble, tout joyeux de t'avoir rencontré.
Commentaire n°3 posté par Frederique le 10/11/2010 à 13h20

Tout un programme ! Dont je ne doute pas un seul instant qu'il m'enchanterait...

Réponse de Bifane le 10/11/2010 à 14h42
Ce beau visage m'évoque celui d'une autre petite-fille aux yeux verts, dont le portrait a fait le tour du monde. Je parle de Sharbat Gula, la petite afghane de douze ans que Tim McCurry a immortalisé en 1984. Il n'y a pas cette douleur farouche dans les yeux de la petite "rose", mais une certaine gravité est posée en touches légères sur son visage et dans ses yeux. Filles du monde, si nombreuses à ne pas avoir la vie rose, j'espère que celle de cette toute jeune-fille sera un peu plus heureuse que celle de Sharbat.

En tout cas, un très beau portrait servi par un texte sensible. Joli duo. :)
Commentaire n°4 posté par Désirée le 10/11/2010 à 20h12

Quand j'ai vu cette expression sur le visage de "Rose", j'ai pensé à la petite fille afghane, moi aussi, quoique l'humeur ne soit pas du tout la même, mais pour la force qui se dégage de même des regards, des visages. La petite Afghane a grandi depuis, qu'on a retrouvée et photographiée adulte, tu l'as peut-être revue aussi ? Je crois qu'elle a eu la vie que son regard laissait imaginer, hélas. Il n'y avait pas tant d'espoir ni de lumière, mais une défiance et une colère peut-être, quelque chose d'assez sombre, là où "Rose" fait passer davantage de douceur et d'espoir, malgré cette teinte de tristesse et de gravité...

 

Duo improvisé, dont le mérite revient à la photographe, qui a su capter ce grand souffle de vie.

 

Réponse de Bifane le 11/11/2010 à 07h46
Sharbat était une petite orpheline réfugiée au Pakistan, une enfant de la guerre. McCurry l'a croisé dans un camp et il a été de suite transpercé non seulement par sa beauté mais aussi par la souffrance et la fierté farouche qu'on pouvait lire sur dans son regard étincelant. Puis des années de souffrance et les Talibans sont passés par là. McCurry l'a retrouvé presque vingt ans plus tard, c'était à un peu plus de trente ans, une femme éteinte, au visage très marqué. Et ses yeux magnifiques avaient perdu toute cette lumière magique qui a fait le tour du monde...
Commentaire n°5 posté par Désirée le 11/11/2010 à 08h13

Auprès de ces destins, frappés par la guerre, par le deuil, la mort et la misère, nos petites souffrances semblent bien dérisoires...

 

Pour donner une lumière plus douce au monde, hier soir, je regardais une série de reportages sur Canal, où de nouveaux entrepreneurs se lançaient avec des idées tellement nouvelles qu'on les appelle des défricheurs. Et leurs motivations étaient si nobles que j'en avais la gorge nouée : commerce équitable, développement durable, respect de conditions humaines de travail, leur cahier des charges était impressionnant d'implication et de volonté. Changer le monde, pour eux, c'est devenu un engagement au quotidien. J'avais envie d'applaudir devant ma télé. Pour une fois qu'on nous y montre quelque chose qui donne à espérer, au lieu de ne voir et revoir que la pourriture obscure de notre monde et de notre époque, j'étais emballé. J'espère que leur exemple ira en se multipliant... Le monde s'en porterait tellement mieux !

 

Réponse de Bifane le 11/11/2010 à 08h32
"il faut tenir, à s'en renverser l'âme". J'aime cette phrase. Elle résume bien le combat de tous les êtres humains. Tenir, coûte que coûte. Il y a devant nous ou derrière nous des moments de joie, il faut avancer pour les trouver, se souvenir pour les retrouver. C'est cela la vie, trouver les petits moments de joie, quitte à parfois se renverser l'âme, parfois. Merci pour vos mots
Commentaire n°6 posté par Delphinium le 11/11/2010 à 11h38

Trouver les moments de joie... Se broder de beaux souvenirs... Et entrer en résistance pour le reste du temps, où l'on apprend à devenir, oui... On a beau savoir, ressentir, imaginer que le chemin, pour d'autres que nous, est infiniment plus difficile, il n'empêche que tous les chemins ont leurs passes pénibles et que la difficulté d'être est peut-être l'un des sentiments les plus répandus sur cette petite terre...

Merci à vous aussi !

Réponse de Bifane le 12/11/2010 à 10h52
Sans lire les commentaires et en me laissant guider par les mots associés au visage, voilà comment je perçois Petite Rose :

Il y a en elle un espoir pincé
Une désillusion en presque devenir
Connaît-elle déjà les lignes qui gèreront sa vie
Comme l’ont été gérées celles de ses aînées

Son sourire tendre
A un peu perdu le parfum de l’enfance
Devant l’objectif, elle sourit
C’est ce qu’on lui a appris à faire

Ses pensées, elles les gardent pour elles
Bien au fond de son cœur
Sont-elles amour ou liberté ou soumission ou tradition
Ou destin plus grandiose
Au fil du hasard

Elle sourit et se tait
Et estompe ce fond de tristesse
Qui donne à son visage
Ce fond de noblesse
Qui j’espère, restera
Commentaire n°7 posté par saravati le 12/11/2010 à 18h45

Le réalisme, parfois, n'a pas mieux à offrir que l'amertume et le désenchantement. Décevant, en l'occurrence.

Ce visage m'a donné à rêver plus d'humanité, de douceur, et quand bien même je me trompe, je préfère y voir ça, cette erreur un peu naïve, qu'une vie déjà corrompue par tout ce qui l'a touchée ou qu'elle a touché, au point de n'avoir plus même droit à un sourire honnête et sans hypocrisie. Et puis une vie "gérée" - comme il est laid, ce mot, non ? Bon pour les comptables... On gère un compte en banque, une action en bourse, un financement... pas une vie.  

Réponse de Bifane le 12/11/2010 à 20h07
Perceptions différentes comme nous le sommes !
Réalisme ? Pas sûr. Je photographie beaucoup les visages, ils me captivent. Je n’essaie pas de lire en eux mon désarroi ou mon amertume. J’essaie de capter la lumière caractéristique du regard. Cette enfant, il me semble, n’a pas l’insouciance des enfants, elle a déjà intégré beaucoup de choses, et a perdu l’insouciance, c’est ce que son regard me dit. Non, il ne s’agit pas d’hypocrisie, je ne crois pas l’avoir exprimé de cette manière.
Je me trompe peut-être, je ne l’ai pas devant moi en vrai, les ondes ne passent pas à travers une photo que l’on ne fait que regarder ! En général, je ne m’exprime que par rapport aux photos que j’ai prises moi-même.
Le mot « gérer » n’est pas un mot littéraire, comme tu le dis, il évoque des faits matériels, concrets. Je l’ai utilisé pour faire comprendre que l’on est la résultante de vies qui ont existé avant nous, qui ont aussi été influencées par des faits matériels et de culture. Il y a en plus dans ce mot, une forme de prise en charge de soi.
Commentaire n°8 posté par saravati le 12/11/2010 à 21h08

En effet, "gérer" n'est pas un mot littéraire. Un mot financier, hors de laquelle sphère, je ne lui accorde aucune valeur. Pour te dire le vrai, c'est un mot qui m'horripile... Mais peu importe, chacun trouve aussi son mode d'expression à travers les mots, justement, et il ne m'appartient pas de décider lesquels valent mieux que les autres. Jugement tout subjectif donc, mais irrévocable pour ce qui me concerne, la symbolique de la gestion devra donc définitivement m'échapper.

Pour cette photo, ce que tu en dis me paraît triste et d'un réalisme propre au désenchantement sans retour. Je n'ai pas trouvé de jeu ou de politesse dans ce sourire, derrière lequel tu voyais, toi, un espoir "pincé" (joué ? Faux ? C'est dans ce qualificatif de "pincé" que j'entendais l'hypocrisie... à la manière du sourire pincé, qui en est un signe commun), j'y voyais un élan naturel, pas obligé, avec, à l'évidence, quelque pensée en arrière, sans doute plus mûre qu'il n'appartient à son âge, d'où mon idée de souffrance.

Une photo, deux regards, à l'évidence...

Réponse de Bifane le 13/11/2010 à 00h22
sait-elle que vous lui écrivez des poèmes, cette petite femme qui porte cette ancienne souffrance?
Commentaire n°9 posté par aléna le 12/11/2010 à 22h07

J'espère qu'elle croisera un petit prince de son âge, en chair et en os, pour lui en écrire de plus beaux et de plus vrais...

Réponse de Bifane le 13/11/2010 à 00h23
Ah ! Oui ! Beau...

Cela devait être et donc cela est ...

Très belle mise en lumière de ce duo

Oui ! Très beau et touchant le double portrait de petite Rose
Commentaire n°10 posté par Maria-D le 12/11/2010 à 22h41

C'est elle qui est touchante, je trouve. Un visage d'une rare beauté, et d'une expression émouvante.

Réponse de Bifane le 13/11/2010 à 00h24
"Elle a de ça, au regard, en dedans"...
C'est ce que j'ai ressenti en regardant ce portrait, tu parles de ce que cette jeune fille a en elle, je oarlerai juste du regard sans savoir ce qu'il voit, en dedans ; cette expression "regard en dedans" est une expression que j'utilise souvent, qui dit lorsqu'on le lit le désir parfois ou le plaisir ou le rêve en tout cas une grande conscience de soi. Le sourire de cette demoiselle est aussi en dedans, je ne peux imaginer qu'elle ait eu une vie douloureuse. C'est sans doute une enfant aimée...
Commentaire n°11 posté par Cergie le 15/11/2010 à 13h49

Quelque chose s'y retient, en dedans aussi, qui transparait au travers de son regard et du sourire qui l'accompagne, quelque chose d'une douleur, ou d'une conscience de cette douleur peut-être. Mais je ressens en même temps un espoir farouche, entre l'envie et la confiance, qui cherche sa promesse dans l'horizon, dans ce monde que ses yeux regardent avec tant de douceur... Si c'est une enfant aimée, il me semble que oui, à moi aussi, même si je lui trouve une mâturité plus avancée qu'il n'appartient à son âge, comme le remarquait Saravati, quoiqu'avec un pessimisme que je ne partage pas.

Réponse de Bifane le 15/11/2010 à 13h58

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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