Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 13:18

Je raconte une histoire,

          ou bien la mienne ou non.

Me vient comme l'ombre d'un doute :

          valons-nous mieux que nos récits ?

Les miens ont l'odeur noir

          de regrets lourds et longs,

          comme il en meurt au bord des routes

          d'espoirs anéantis...

 

Je ne ris ni ne pleure,

          je ne tends plus la main ;

          est-ce que j'attends quelque chose

          du jour d'après les autres jours ?

Faut-il, l'heure après l'heure,

          cette patience en vain,

          l'absence de l'âme à sa cause,

          hurlant parmi les sourds ?

 

J'ai laissé venir les marées,

          noyer les sables d'or,

          des châteaux que les vagues ruinent,

          gloires et remparts dissolus...

Les laisser pénétrer

          d'ennemis et de mort

          et d'amours qui nous assassinent

          en désirs éperdus...

 

Et briser nos dérives !

          Et fausser nos compas !

Que valent ces grandes voilures

          aux mâts des navires crevés ?

Il n'est âme qui vive

          heureuse d'être là,

          réduite au silence, aux murmures

          dans l'azur délavé.

 

Le reste d'une vie ?

          Quelques aubes de feu...

La beauté immortelle et triste

          qui soupire au secret du soir...

Une parole amie

          quand on baisse les yeux...

Un baiser, comme en fausse piste

          d'adieu ou d'au revoir...

 

Est-il vrai qu'on espère

          et qu'on demande trop ?

Est-il ailleurs, en d'autres vies,

          des chemins à suivre, à aimer ?

Ou bien faut-il se taire

          et défendre sa peau

          dans la solitude ennemie

          des horizons fermés ?

 

Mais quelquefois, tout l'être

          n'est qu'une grande erreur :

          le cri d'une ébauche avortée,

          et toute l'ironie du sort...

Alors, pour se connaître,

          l'âme en apesanteur,

          combien de saisons entêtées ?

          Combien de vains efforts ?

 

Puis cette transparence,

          ces faux-semblants de soi

          qui cicatrisent nos défaites,

          nos abandons par lâcheté...

N'importe ce qu'on pense,

          ce qu'on veut, ce qu'on doit,

          ce qu'on s'est vissé dans la tête

          à force d'exister...

 

Au ventre et à la bouche,

          du vent, rien que du vent,

          l'âme penchée sur la mémoire,

          sur toute l'eau dessous les ponts...

          qui nous a fait... comme on se couche...

          comme on laisse... on descend

          le long des calices à boire

          de regrets lourds et longs...

 

 

Publié dans : Ceux qui voudraient tuer l'oubli
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
Retour à l'accueil

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés