Lundi 6 septembre 2010 1 06 /09 /Sep /2010 08:00

Aurélia Montaner Juillet 2010 (2)

 

          Lentement, j'apprends à te lire,

                    à me lire au travers,

                    et c'est la vie

                    qu'il faut apprivoiser,

                    qui se retire

                    comme la mer,

                    jamais connue, jamais saisie,

                    toujours à se briser.

 

          J'ai cru qu'on en devenait maître,

                    il y a si longtemps...

                    Quelle folie !

          C'est un jeu singulier,

                    cruel peut-être,

                    insignifiant,

                    et nous n'avons qu'une partie,

                    le temps de perdre pied...

 

          J'imaginais tant de victoires,

                    comme toi aujourd'hui ;

                    comment te dire ?

          L'homme ne trouve rien

                    et c'est le bruit

                    du vent qu'il s'échine à traduire,

                    mais qu'est-ce qu'on devient ?

 

          On ne sait trop, on continue...

                    Je n'ai pas trouvé mieux

                    ni d'autre voie

                    qui mène quelque part,

                    et l'âme nue

                    dessous les cieux,

                    je nage autant que je me noie

                    et je mise au hasard.

 

          Mais toi, le chemin se dessine,

                    ton voyage au plaisir

                    commence à peine,

                    qui sait où tu iras ?

          Je te devine

                    toute en désir,

                    et ta volonté qui déchaîne

                    du rêve à tour de bras.

 

          Je voudrais qu'elle t'appartienne,

                    cette vie, s'il se peut

                    qu'elle soit belle

                    et qu'on puisse l'aimer.

          Que l'aube vienne

                    et le ciel bleu,

                    que le vent pousse sous ton aile

                    et t'envole à jamais.

 

 

                

Publié dans : Ceux qui s'aiment...
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Commentaires

on aimerait tant que la vie leur soit douce... mais difficile d'y croire pourtant... comment l'avenir pourrait-il se dessiner en leur faveur ?!
Et pourtant, l'espoir est en eux... il faut leur faire confiance... et tout placer dans ce qu'on leur donne, ce qu'on leur transmet... dans l'envie qu'ils auront de faire de leur mieux.
Leur souhaiter d'être heureux ne suffit pas, je crois. Souhaitons leur d'être le meilleur possible. D'être des belles personnes.
Je t'embrasse.
Commentaire n°1 posté par pakita le 06/09/2010 à 13h15

La notion de "belle personne" est tellement vague, Pakita, tellement subjective... De même ce qu'on leur donne, qui nous paraît juste et bon, et qui ne l'est peut-être pas tant. Le temps juge et juge rudement, sans concession. Je crois que nous n'avons rien de mieux à leur donner que l'amour. Le reste suit son cours : le chemin, ce n'est pas à nous de le tracer, les valeurs, ce n'est pas à nous d'en décider. Nous nous sommes fait les nôtres, ils se feront les leurs, et pour te rejoindre sur un point qui me plaît, oui, faisons-leur confiance, peut-être plus qu'à nous-mêmes : là où nous ne méritons peut-être que la compréhension et parfois la pitié, eux méritent l'espoir et cette confiance.

Pour le reste, ce qu'on transmet, ce qu'on donne, tu sais, les vieux cons se croient toujours dépositaires de tous les grands secrets de l'existence, et les jeunes fous s'en amusent ou s'en agacent, en riant doucement dans le dos des sagesses éculées... Leurs erreurs seront les pierres à leur construction, comme les nôtres pour nous. Il n'y a pas de chemin sans faille, pas de voyage sans tempête, et je ne lui souhaite pas le calme plat des longs fleuves tranquilles. Je lui souhaite de vivre, et autant que faire se peut, d'aimer sa vie, parce qu'elle est longue, la vie, quand on ne l'aime pas, et que ce n'est pas le signe d'une quelconque profondeur, mais bien plutôt celui d'une certaine débilité d'âme, au contraire.

 

Réponse de Bifane le 06/09/2010 à 14h51
Ouh là, Bifane, j'ai l'émotion qui tangue, à te lire... tant tu touches profondément à l'inquiétude, à la nostalgie, à l'espoir (malgré tout). On se projette en pensée sur le devenir de son enfant, on l'articule au constat de notre propre histoire, et on tremble.
"Qu'est-ce qu'on devient"... c'est simple, et c'est douloureux.
Je t'embrasse, ainsi que cette merveilleuse petite elfe.
Commentaire n°2 posté par Sophie le 06/09/2010 à 14h30

La petite elfe, sur la photo, se préparait à l'adoubement de chevalier, et tu peux croire qu'elle en était fière ! C'était aux fêtes médiévales de Montaner, cet été...

L'avenir de ma fille, de mes filles, c'est toujours une pensée lourde, inquiète, tremblante. J'ai eu la prétention de croire que j'y pouvais quelque chose, mais que peut-on au juste ? S'il faut qu'elle souffre, nous savons bien que nous ne leur serons d'aucun secours, s'il faut qu'elle tombe, nous n'aurons que le choix d'être là, et nous y serons. Surtout, dans les rêves qui passent au fond de ses yeux, j'aimerais que la lumière demeure, que sa foi en l'avenir et en elle-même se pose et se fixe en elle, ne la quitte pas.

Je ne projette pas ma propre histoire sur elle, ni mes propres ambitions : bien au contraire, j'espère toujours qu'elle ne se heurtera pas aux mêmes désespérances, qu'elle gardera l'envie et le goût de vivre, que quelque chose dans sa vie l'aidera à les cultiver, à les grandir et les chérir. Cette richesse-là, c'est un peu comme un vase : quand il s'est brisé, même à le recoller au mieux, il ne redevient jamais ce qu'il était avant.

Réponse de Bifane le 06/09/2010 à 15h01
Bobin écrit dans un de ses livres qu'à un moment il a compris très douloureusement qu'on ne peut pas protéger ceux qu'on aime (à la mort de son père). Pakita n'était pas d'accord.

Pourtant c'est vrai, au fond que vouloir protéger nos enfants est illusoire. Face à la maladie, la violence qui te tombe dessus comme la foudre que pouvons-vous faire? rien. C'est une de mes angoisses en sus de la maladie qui ronge ma fille avec la peur au ventre de voir s'installer dans notre pays une médecine à deux vitesse, qui finira par déboucher sur un système à l'américaine dont on connait tous l'ignominie. Que mes enfants souffrent de la faim plus tard, qu'ils n'aient pas de toit etc. Quand on regarde le monde comment pourrait-on dormir tranquille?

En tout cas ta fille te ressemble beaucoup je trouve...
Commentaire n°3 posté par Désirée le 07/09/2010 à 08h09

Merci pour la ressemblance. J'espère toujours qu'elle ne me ressemblera pas trop : sans fausse modestie déplacée (et inutile...), il n'y a pas grand chose à prendre de moi. Je lui espère davantage de ressemblances avec sa maman.

Protéger nos enfants... Tant que nous pouvons, évidemment, et avec les limites que tu soulignes, et qu'on ne peut nier. Je ne sais pas plus que toi dans quel monde elle vivra sa vie d'adulte, pas même dans quel monde elle grandira jusque là, et c'est en effet une grande inquiétude quand on voit "le monde comme il va". En humanité, à une époque où tout pourrait être tellement plus facile et plus sain, nous nous ingénions à perdre toujours plus que nous gagnons. Qui sait où nous allons à ce train, avec ces lubies de profit et de pouvoir, qui ont toujours enlevé infiniment plus à l'humain qu'elles lui ont apporté.

J'en parle quelquefois avec ma fille, bien conscient de ne lui donner là que ma vision des choses. Je tente, certainement maladroitement d'ailleurs, de l'amener à y réfléchir par elle-même, sans adopter tout ce que je lui dis, tout ce qu'on lui dit en général. Je sens aussi qu'on n'en est pas encore là, que son indépendance d'esprit n'est pas encore à l'ordre du jour, mais je crois qu'il n'est jamais trop tôt pour semer cette graine-là, et je m'y essaye...

En réalité, j'aimerais qu'elle ait une autre vision de la vie que la mienne. J'aimerais que son rapport au monde et aux hommes soit plus volontaire, plus constructif, plus sain, moins entravé de colère et de désespoir, moins bête aussi, plus cultivé... Pour reprendre une belle phrase d'un chanteur que j'aime bien : "qu'elle soit elle, et le mieux qu'elle pourra...". C'est, je crois, ce que je peux lui souhaiter de meilleur.

Réponse de Bifane le 07/09/2010 à 09h40
La vie ne nous appartient pas, c'est l'inverse. Nous nous installons dans la vie comme si nous étions éternels alors que nous ne sommes que le vent juste de passage
Commentaire n°4 posté par lutin le 07/09/2010 à 10h04

C'est une notion qui ne tient pas trop la distance, pour peu que la vie nous ait enseigné comme elle ne tenait qu'à un fil ; on en vient vite ensuite à ne plus la considérer comme acquise.

Reste que ce passage peut avoir différentes couleurs, différentes humeurs. C'est dans cette part des choses, à notre portée, mais pas sous notre maîtrise, que se portent les espoirs de mes mots. Trop de données se croisent pour que nous puissions faire d'une vie qui n'est pas la nôtre un bon voyage. Si nous pouvions savoir...

Réponse de Bifane le 07/09/2010 à 12h51
Dès que nous devenons parents, l'inquiétude s'installe et ne nous lâche pas. Cette mauvaise conseillère nous fait parfois oublier que le partage du moment présent est capital pour l'enfant qui se construit. Les becquées d'amour sont irremplaçables.
Commentaire n°5 posté par Frederique le 07/09/2010 à 10h27

Bien d'accord avec toi, Frédérique. C'est pourtant ce que nous oublions le plus facilement, il me semble. Puis un jour, il est trop tard. Il faut apprendre à vivre le présent pour ne pas regretter son passé...

Réponse de Bifane le 07/09/2010 à 12h53
On est là pour les protéger, mais on n'est pas tout puissant; alors on ne pourra en effet leur éviter toute souffrance. C'est une idée qui fait mal. Jusqu'où irait-on, pour son enfant ? On ne se fixe aucune limite. Et pourtant... parfois, cet enfant qu'on aime tant, on se retrouve responsable de son chagrin; je parle des séparations de parents... Un chagrin qui passe, peut-être, mais qu'on ne se pardonne pourtant jamais...
Amitié, Pisteur.
Commentaire n°6 posté par Sophie le 07/09/2010 à 15h55

Les séparations de parents peuvent causer un mal tellement pernicieux, profond... Je crois qu'il y a un temps où nous avons ce rôle de protecteurs, à deux, parce qu'il faut de l'un et de l'autre, du père et de la mère, de leur qualité propre aux deux. Ce temps manqué, il ne se rattrape pas, il fait comme un visage borgne : l'oeil crevé n'y revoit jamais plus. Et ce qui manque, je ne sais comment on pourrait le remplacer. Les bonnes raisons n'y suffisent pas : le besoin de l'enfant n'en est pas moins réel, et l'absence de l'un lui enlève quoiqu'on fasse ce qu'il y avait là à lui donner. Le chagrin passe, sans doute, le vide en revanche demeure, comblé comme on peut, à tenter des tours d'équilibriste qui ne servent à rien. Le feu n'est pas passé, ou autre chose, du fort ou du doux, un essentiel, toujours.

C'est étrange comme on parle peu de cela. Je me fais cette réflexion en l'écrivant. De toutes les personnes qui m'entourent, il en est peu dont je sache si elles ont été ballotées, divisées, amputées d'un des deux piliers de l'enfance. Certainement, il doit arriver que ce soit mieux, mais même alors, le manque n'en est pas moins réel... Si encore les parents séparés avaient l'humanité de ne pas prendre leur enfant pour l'émissaire de leurs rancunes, s'ils ne le rendaient pas témoin, impuissant témoin, de cette haine qui, soudain, a tout détruit et tout renié... Quel vide cette hystérie peut creuser dans un coeur en devenir, qui n'a pas de plus grand besoin que celui d'être aimé, et de voir au travers de ceux qu'il aime que ce sentiment est bon, doux, qu'il fait bon y vivre et s'y confier...

Réponse de Bifane le 07/09/2010 à 17h32
Ces chères têtes blondes ou brunes... on les regarde et tous les espoirs, tous les rêves sont permis, en même temps que rôde notre angoisse, toujours... on aurait tellement voulu que le monde soit autre, rien que pour eux ! Et puis qu'ils soient forts, que rien ne les atteigne ni ne vienne contrer leurs rêves !
...On ne peut que les protéger un peu, quelques années, pointer de notre doigts les pièges, et leur donner notre inconditionnel amour !
Commentaire n°7 posté par Cagire le 07/09/2010 à 16h47

Je ne sais si je leur souhaite une vie sans épreuve... D'abord, nous le savons bien, c'est tout à fait impossible. Ensuite, quand bien même ça le serait, n'y a-t-il pas beaucoup à prendre et à apprendre dans l'épreuve. Il me semble que c'est là, plus qu'en aucune autre étape de nos vies, que notre humanité peut se développer.

Je leur souhaiterais plutôt la force de vivre ces épreuves, la chance de leur trouver une issue honorable et dont il n'y ait pas à rougir, le courage d'endurer ce qu'il faut endurer pour trouver cette issue, et la joie profonde, la fierté noble qu'on peut ressentir à avoir traversé le désert sans s'y perdre, sans s'y trahir, et en y gagnant même un peu plus de douceur dans l'âme...

Mais leur donner un amour inconditionnel, ça, oui, je pense que c'est vraiment notre plus grande mission de parents, celle que nous n'avons pas le droit de rater.

Réponse de Bifane le 07/09/2010 à 17h37
et ...l'Angoisse atroce, despotique,
Sur vos crânes inclinés plante son drapeau noir... (de qui vous savez). Pfff z'êtes des drôlement bons parents excellents à vous tourmenter comme ça !

J'me demande quand même si vos (nos) enfants y se font autant de mourron en ce qui vous (nous) concerne ?

Comme dirait p't'être euh ... Papillon ? ;)

J’aimerais que l’enfant
De son œil ébloui
Me voit tel que je suis
Qu’il me dise soit confiant
Ne te casse pas la tête
Ou bien tu oublieras
Qu’il n’y a plus de fêtes
Quand tu trembles pour moi
Déjà tu me vois vieux
A peine je suis né
Quel temps nous reste-t-il
Alors pour tout créer ?
Si tu pleures trop pour moi
Tu n’auras plus de larmes
Pour t’occuper de toi
C’est certain on mourra
Mais avant tout cela
Il y aura nos vies
Toutes faites comme on pourra
Commentaire n°8 posté par Kodama le 07/09/2010 à 23h51

Je ne crois pas que l'angoisse donne quelque valeur que ce soit à celui qui la ressent. De même que les remords : ce sont des sentiments qui, s'ils n'empêchent pas le mal, n'ont aucune valeur, si ce n'est de dorer l'ego de celui qui s'en enorgueillit.

Pour le reste, laisser faire et voir venir, c'est pas si éloigné de mon propos, de mon idée. Je ne me sens pas les épaules pour tracer les chemins des autres, outre que je ne crois pas que ce soit notre rôle. Notre rôle, en dehors de la présence et de l'amour à témoigner, je crois qu'il se borne à n'être qu'un spectateur de leur vie. Certains s'imaginent qu'ils doivent (qu'ils peuvent ?) faire des guides, et se fourrent le doigt dans l'oeil, à mon avis.

Et puis sinon, quant à rêver d'être vu tel qu'on est, encore faudrait-il qu'il y ait quelque chose à voir. Ce qu'il y aura à voir, au bout de compte, ce seront les actes, l'ensemble, le bilan des années d'enfance, où l'on aura été bon ou mauvais. Est-ce qu'on aura fait ce qu'il fallait, c'est la seule question qui restera, finalement.

Réponse de Bifane le 08/09/2010 à 11h27
C'est marrant mais je réagit à ce que dit la douce Cagire, même si je creuse je me rends compte que je n'ai pas de "rêve" pour mes enfants. Des espoirs oui. Parfois on voit à la téloche de ces parents qui font de leur enfant ce qu'ils n'ont pas pu être. Et le pire c'est qu'ils croient faire leur bonheur. Je pense à cette mère qui était tout le temps sur le dos de son gamin de sept ans qui n'avait pas une minute à lui entre le moment où il se levait et celui où il se couchait. Ecole, tennis, et l'indispensable leçon de musique. Le pauvre mioche suivait au bord de l'épuisement et jamais il ne jouait comme doit jouer un enfant. Et que dire de ceux qui poussent leur enfant à la limite du tenable dans un sport? L'enfant n'est plus que leur rêve projeté. C'est inhumain.

L'an dernier j'ai boudé pour que ma fille aille à son premier cours de guitare, cette année je n'ai pas insisté. A quoi bon? Elle fera de la gutare quand elle en aura vraiment envie. ^^
Commentaire n°9 posté par Dé le 08/09/2010 à 09h30

Tiens, bin ça, c'est peut-être l'une des pires conneries qu'on peut commettre : projeter ses propres ambitions, et plus encore quand elles ont été frustrées, sur nos gamins. Je me demande s'il ne vaut pas mieux se contenter d'un chien, alors, qui nous ferait gentiment du assis-couché-au-pied à la demande. C'est l'un des écueils dont j'ai pris le plus tôt conscience : que nous n'avons, en tant que parents, rien à dire sur la voie que choisissent nos gosses. Les soutenir, rien de plus. Et tant que faire se peut, les pousser à choisir d'eux-mêmes, sans les incliner d'aucune manière.

Quand on y réfléchit, c'est plus compliqué qu'il n'y paraît : on a toujours un peu cette mauvaise tendance. Déjà, rien qu'à leur parler du monde, on sème de nos avis à tout va, et c'est pas si innocent qu'on pourrait le croire. Jusqu'à un âge assez avancé, nos enfants reprennent nos idées et les mettent à leur sauce, mais sans les remettre en question encore. Il leur faut du temps pour y apposer leur propre réflexion, y greffer leurs propres valeurs, et plus encore je crois pour en prendre le contrepied...

L'année dernière, j'ai suivi un peu le même parcours que toi avec ta fille et la guitare : la mienne était tellement dans le jeu de prendre un rôle, de jouer des personnages, que j'ai voulu la pousser vers le théâtre, en me disant qu'elle s'y éclaterait certainement. Sauf que, si je vais au bout de mes sentiments, il y avait un peu du regret de n'en avoir pas fait moi-même, là-dessous. Or, la gamine n'avait pas la moindre envie de s'y essayer : j'avais beau lui expliquer ce que c'était, lui vanter le plaisir qu'on pouvait y prendre, ça ne l'intéressait pas. On a donc renoncé au théâtre. Peut-être qu'un jour, ça lui prendra ? On verra bien...

 

Réponse de Bifane le 08/09/2010 à 11h38
"j'aimerais que ta vie t'appartienne" - ou alors qu'on se détache de cette illusion qu'elle nous appartient, aller avec le vent, admettre qu'elle n'est pas à nous, mais qu'elle est nous, notre passage?
Commentaire n°10 posté par aléna le 08/09/2010 à 13h44

Qu'elle lui appartienne, non pas dans l'idée de maîtrise qu'on aurait sur la vie, mais par opposition à celle de la laisser échapper pour avoir laissé d'autres décider à sa place de ce qu'elle devait en faire. Et parmi ces autres, nous, ses parents, au tout premier chef. Sa vie, ses choix, son chemin, autant de choses à dessiner d'elle-même, de sa main, de son âme.

Il est si facile de se laisser guider, on s'y prend au piège sans s'en apercevoir, mais ce qu'on devient n'est qu'une image imposée, qui s'éloigne de nous à mesure que nous avançons sur notre chemin. Ce qu'il faudrait donner à nos enfants, je crois, c'est l'intelligence et le courage de se refuser à n'être qu'une bête de somme ou un pantin, et de choisir eux-mêmes le chemin qu'ils veulent suivre, pour leurs raisons, qu'ils auront trouvées eux-mêmes aussi.

Réponse de Bifane le 08/09/2010 à 14h47
Bien heureux l'enfant d'un père qui dit ça !
Commentaire n°11 posté par Isabelle C. le 08/09/2010 à 14h03

Si les actes suivent les paroles et les intentions, peut-être... Mais c'est sur la longueur qu'on en pourra juger !

Réponse de Bifane le 08/09/2010 à 14h53

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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