Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 13:47

Je me désole à tant attendre,

          à tant vouloir,

          tant demander à cette vie,

          de toi et moi.

J'ai l'oeil à la carte du tendre

          et de l'espoir,

          la face barbouillée de suie,

          le coeur en croix.

 

Je ne prise pas ce mélange

          de gris et noir,

          de teintes toujours indécises,

          où l'être, en soi,

          n'est plus qu'un amalgame étrange

          de désespoirs

          et d'enthousiasmes qui le grisent,

          bête aux abois.

 

Je suis du monde sans en être,

          son ciel est noir,

          son mal est vieux comme la terre,

          son coeur est froid.

J'aurais voulu ne pas y naître,

          ne rien en voir,

          n'être que de sable ou de pierre,

          le vide en moi.

 

Mais je suis né de chair humaine,

          d'âme et d'amour,

          et d'une impossible espérance

          en l'avenir.

Notre douleur est si ancienne,

          nos fronts si lourds,

          tout de regrets et de souffrances

          à n'en finir...

 

Je rêve un monde aux mains ouvertes,

          un monde autour,

          et sans tyran et sans apôtres

          à craindre, à fuir.

Je rêve un monde aux joies offertes,

          un monde pour,

          de l'autre à l'un et l'un pour l'autre,

          un monde à jouir.

 

Mais la plaine est morne et déserte,

          chacun sa tour

          où l'élan s'enferme et se bride

          à se trahir.

Nos âmes sont-elles inertes

          et nos amours

          corrompues dans la peur acide

          de nous unir ?

 

 

Publié dans : Ceux qui espèrent des nuages
En dire quelque chose - Ce qu'en disent les autres
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Commentaires

Votre rêve est honorable
et vous en êtes : coeur, corps, esprit.

Je n'étais pas venue ici depuis longtemps, c'est beau cette nouvelle mise en page
Commentaire n°1 posté par Maria-D le 19/05/2011 à 22h06

Merci, Maria-D. J'essaie, sur les conseils d'une bonne amie, de varier les couleurs pour varier les humeurs, d'où cette nouvelle présentation, en gestation...

Quant à nos rêves, je crois que nous en sommes tous. N'est-ce pas ce qui nous ressemble le mieux ? Je ne dis pas ce à quoi nous ressemblons le plus, pour ce que justement, à ce qu'il me semble, nous en sommes toujours très éloignés dans notre quotidien ; je dis ce qui nous ressemble, cette part de nous faite de nos aspirations les plus profondes, et qui changerait certainement le monde si nous pouvions la faire accéder à plus de réalité...

Réponse de Bifane le 20/05/2011 à 07h09
Comme il résonne en moi, ce poème, Bifane ! Vains rêves et désespérance... j'essaie de m'en défendre au jour le jour, de garder l'oeil ouvert sur les belles choses du monde... parfois j'y parviens, et souvent pas.
Commentaire n°2 posté par Cagire le 19/05/2011 à 23h06

Alors, Cagire, c'est que nous sommes bien au diapason, de ce point de vue... Garder un oeil au moins pour les belles choses, nous devrions nous y efforcer continuellement, garder une place dans nos coeurs pour l'espoir en un autre monde possible, à partir de ce qu'il nous donne de plus beau. Mais voilà, c'est facile, très facile à dire. C'est une autre chose que de s'y tenir !

Du moins est-ce déjà beau d'essayer...

 

Réponse de Bifane le 20/05/2011 à 07h12
Les rêves sont pour la nuit et il faut se les interdire la journée, ce monde n'est pas fait de rêves.
Commentaire n°3 posté par lutin le 20/05/2011 à 09h58

Ah ça, pour s'interdire, on s'interdit... Il me semble que c'est la définition même d'une vie : l'interdiction. Fondamentalement, on ne parviendra jamais à devenir un être réel, un être vrai, tant l'interdiction nous enlèvera toujours toute authenticité.

Nous sommes factices, dans un monde erroné.

Réponse de Bifane le 20/05/2011 à 10h06
Superbe, Bifane, poème comme nouvelle présentation. Pas moins de mélancolie, mais plus de clarté. Je subodore que c'est notre chère Désirée qui t'a conseillé ce changement d'apparence.
Ah, ne te désole pas trop, Pisteur, de davantage attendre du monde... Apprécier à leur juste valeur les belles choses contenues dans notre présent ne conduit pas forcément à ne jamais changer celles qui nous pèsent. Je dis çà, mais moi-même n'arrive pas à changer ce qui me pèse; c'est qu'il y faut quelques conditions de possibilité, parfois trivialement financières...
Mais tu es jeune, tu peux, tu as l'envie et le talent...
Bises et encouragements fraternels
Commentaire n°4 posté par Sophie le 20/05/2011 à 10h12

Tu subodores bien, Sophie, même si l'intéressée ne s'en souvient plus...

Merci de tes encouragements. Je vais voir si je peux faire quelque chose avec, notamment du côté de la conviction, qui n'est pas rien...

Mes bises en retour !

Réponse de Bifane le 20/05/2011 à 12h07
Non Sophie, ce n'est pas moi mais curieusement ces derniers jours chaque fois que je venais par ici j'avais l'envie de plus en plus forte de dire à Bifane: y en a marre du gris ^^

Sinon j'ai plus le temps je reviens tout à l'heure

bises
Commentaire n°5 posté par Dé le 20/05/2011 à 11h18

L'humilité confinerait-elle à l'amnésie ?

C'est un conseil que tu m'as donné il y a quelques temps déjà, et auquel j'avais répondu que ce serait une idée, mais sans avoir l'envie de l'appliquer sur le moment...

Bises !

Réponse de Bifane le 20/05/2011 à 12h05
Nan: c'est la vieillerie qui commence à m'attaquer! ^^

Un truc à changer si tu le pouvais c'est la fenêtre des commentaires: n'est-il pas possible de les avoir à la suite du billet, comme sur blogspot? Sinon j'aime beaucoup cette éclaircie dans ton petit espace, le gris trop gris c'était un peu démoralisant à vrai dire.

J'aime ce que tu écris ces jours-ci, on sent bien qu'il y a un bouillonnement sous-jacent. Sous le reste de grisaille, le soleil pointe. Il y a bien des lourdeurs encore, mais ça s'estompe doucement. On est tous des phénix. Brûle un bon coup.

Et les rêves ne sont pas vains, s'ils l'étaient jamais rien n'aurait été inventé, crée et nous n'aurions pas rêvé à notre tour car rien ne nourrit aussi bien nos rêves que les rêves des autres. Les plus beaux rêves ne sont-ce pas ceux que l'ont fait les yeux grands ouverts? Je crois bien que si.


I have a dream.
Commentaire n°6 posté par le 20/05/2011 à 17h23

Bin heu... je ne comprends pas bien, je crois, pour ta remarque sur les fenêtres de commentaire ? Ils sont à la suite de l'article, avec les réponses qui s'y intercalent, et ils ne s'ouvrent que lorsqu'on veut les voir. Je ne saisis pas...

Sinon, pour moi, je ne sais pas si j'aime ce que j'écris, mais j'aime avoir quelque chose à écrire, ça me change un peu du long silence de ces dernières semaines. Tant mieux si tu sens pointer quelques lueurs, j'espère que tu as raison, et qu'elles finiront par s'imposer. Je n'en désespère pas, cela dit, mais pour dire le vrai, je ne me sens pas vraiment engagé si loin dans ce sens. Mais après tout, l'important est d'aller déjà dans le bon sens, qu'importe où l'on se trouve sur le chemin à parcourir.

Les rêves, je suis bien d'accord avec toi, restent essentiels. J'ai vu ce que ça pouvait donner, quelqu'un qui cesse de rêver. C'est assez moche, ça fout pas mal de choses en l'air, jusqu'à s'y foutre soi-même. Je m'efforcerai autant que possible d'éviter cet écueil, même si l'on ne choisit pas de voguer dans ces eaux-là. Pour rester dans les langueurs marines, disons que je cherche le courant qui retourne vers le large !

Mes bises, Désirée !

Réponse de Bifane le 20/05/2011 à 20h00
Je veux dire que pour commenter sur ton blog, une fenêtre s'ouvre en pop-up, comme sur le mien avant, tu te souviens? J'ai changé les paramètres pour que l'on puisse commenter à la suite du billet. Ce qui est beaucoup plus pratique puisque tu as le texte à commenter sous les yeux et qu'il n'est pas caché. Surtout qu'on ne peut pas réduire cette fenêtre pour relire un bout de texte, une fois qu'elle est ouverte si tu n'as pas une mémoire de marbre, bin cela m'oblige à jongler avec deux pages...je ne connais pas bien overblog, j'y suis passée autrefois mais ça ne m'avait pas plu le système de "rang" qui te pousse à faire du "chiffre" en terme de visites. Donc j'imagine qu'il y a quand même plusieurs choix pour les commentaires, non?
Commentaire n°7 posté par le 21/05/2011 à 10h08

Ah oui, je comprends mieux maintenant. Mais je ne crois pas avoir jamais vu Overblog fonctionner comme ça. C'est vrai que ce serait plus sympa, mais je ne pense pas qu'on ait cette option. Je jetterai quand même un oeil...

Réponse de Bifane le 23/05/2011 à 12h29
"Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté. "


Clin de zoeil!

Bises du dimanche!
Commentaire n°8 posté par Dé le 22/05/2011 à 12h17

Eh oui... Il y a un bail que je l'ai pas relu, celui-là, et c'était bien pourtant pour le relire que je l'avais si bien placé...

Mes bises du lundi, Désirée !

Réponse de Bifane le 23/05/2011 à 12h38

Présentation

L'écriture

Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes. 

 

Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.

Nous avons encore perdu...

                    de Pablo Neruda

 

 

Nous avons encore perdu le crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.

 

J'ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les côteaux lointains

 

Parfois, ainsi qu'une médaille

s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.

 

Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.

 

Où étais-tu alors ?

Et parmi quelles gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?

 

Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.

 

Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

 

Sagesse amérindienne

                    d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien

 

 

Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,

Je veux savoir à quoi tu aspires,

Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.

 

Je ne m'intéresse pas à ton âge.

Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,

Pour l'aventure de te sentir vivre,

Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

 

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.

Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,

Si les trahisons vécues t'ont ouvert,

Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,

Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,

Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

 

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.

Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,

Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

 

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,

Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.

 

Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,

Et malgré cela rester debout au bord du lac

Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.

 

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.

Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,

Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.

Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

 

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.

Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.

 

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,

Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

 

Le poète...

                    de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)

 

 

Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes

et celui qui n'en écrit pas

 

Le poète est celui qui secoue les chaînes

et celui qui s'en charge

 

Le poète est celui qui croit

et celui qui ne peut croire

 

Le poète est celui qui a menti

et celui à qui on a menti

 

Le poète est celui qui mangeait dans la main

et celui qui a coupé les mains

 

Le poète est celui qui s'en va

et celui qui ne peut s'en aller

   

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