Je me désole à tant attendre,
à tant vouloir,
tant demander à cette vie,
de toi et moi.
J'ai l'oeil à la carte du tendre
et de l'espoir,
la face barbouillée de suie,
le coeur en croix.
Je ne prise pas ce mélange
de gris et noir,
de teintes toujours indécises,
où l'être, en soi,
n'est plus qu'un amalgame étrange
de désespoirs
et d'enthousiasmes qui le grisent,
bête aux abois.
Je suis du monde sans en être,
son ciel est noir,
son mal est vieux comme la terre,
son coeur est froid.
J'aurais voulu ne pas y naître,
ne rien en voir,
n'être que de sable ou de pierre,
le vide en moi.
Mais je suis né de chair humaine,
d'âme et d'amour,
et d'une impossible espérance
en l'avenir.
Notre douleur est si ancienne,
nos fronts si lourds,
tout de regrets et de souffrances
à n'en finir...
Je rêve un monde aux mains ouvertes,
un monde autour,
et sans tyran et sans apôtres
à craindre, à fuir.
Je rêve un monde aux joies offertes,
un monde pour,
de l'autre à l'un et l'un pour l'autre,
un monde à jouir.
Mais la plaine est morne et déserte,
chacun sa tour
où l'élan s'enferme et se bride
à se trahir.
Nos âmes sont-elles inertes
et nos amours
corrompues dans la peur acide
de nous unir ?
Ce presque rien de l'écriture, ce souffle d'air dans les méandres brumeux de nos âmes.
Rares sont les paroles qui ne puissent être infiniment mieux exprimées par la plume. Et il n'est pas une attention à l'autre plus entière que dans le moment de lui écrire, si ce n'est en celui de lui faire l'amour.
de Pablo Neruda
Nous avons encore perdu le crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les côteaux lointains
Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.
d' Oriah Mountain Dreamer (un vieil indien)
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir si, pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils,
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres,
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : "Oui !" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis, ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si, après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.
de Tadeusz Rozewicz (Poète polonais)
Le poète est à la fois celui qui écrit des poèmes
et celui qui n'en écrit pas
Le poète est celui qui secoue les chaînes
et celui qui s'en charge
Le poète est celui qui croit
et celui qui ne peut croire
Le poète est celui qui a menti
et celui à qui on a menti
Le poète est celui qui mangeait dans la main
et celui qui a coupé les mains
Le poète est celui qui s'en va
et celui qui ne peut s'en aller
et vous en êtes : coeur, corps, esprit.
Je n'étais pas venue ici depuis longtemps, c'est beau cette nouvelle mise en page
Merci, Maria-D. J'essaie, sur les conseils d'une bonne amie, de varier les couleurs pour varier les humeurs, d'où cette nouvelle présentation, en gestation...
Quant à nos rêves, je crois que nous en sommes tous. N'est-ce pas ce qui nous ressemble le mieux ? Je ne dis pas ce à quoi nous ressemblons le plus, pour ce que justement, à ce qu'il me semble, nous en sommes toujours très éloignés dans notre quotidien ; je dis ce qui nous ressemble, cette part de nous faite de nos aspirations les plus profondes, et qui changerait certainement le monde si nous pouvions la faire accéder à plus de réalité...
Alors, Cagire, c'est que nous sommes bien au diapason, de ce point de vue... Garder un oeil au moins pour les belles choses, nous devrions nous y efforcer continuellement, garder une place dans nos coeurs pour l'espoir en un autre monde possible, à partir de ce qu'il nous donne de plus beau. Mais voilà, c'est facile, très facile à dire. C'est une autre chose que de s'y tenir !
Du moins est-ce déjà beau d'essayer...
Ah ça, pour s'interdire, on s'interdit... Il me semble que c'est la définition même d'une vie : l'interdiction. Fondamentalement, on ne parviendra jamais à devenir un être réel, un être vrai, tant l'interdiction nous enlèvera toujours toute authenticité.
Nous sommes factices, dans un monde erroné.
Ah, ne te désole pas trop, Pisteur, de davantage attendre du monde... Apprécier à leur juste valeur les belles choses contenues dans notre présent ne conduit pas forcément à ne jamais changer celles qui nous pèsent. Je dis çà, mais moi-même n'arrive pas à changer ce qui me pèse; c'est qu'il y faut quelques conditions de possibilité, parfois trivialement financières...
Mais tu es jeune, tu peux, tu as l'envie et le talent...
Bises et encouragements fraternels
Tu subodores bien, Sophie, même si l'intéressée ne s'en souvient plus...
Merci de tes encouragements. Je vais voir si je peux faire quelque chose avec, notamment du côté de la conviction, qui n'est pas rien...
Mes bises en retour !
Sinon j'ai plus le temps je reviens tout à l'heure
bises
L'humilité confinerait-elle à l'amnésie ?
C'est un conseil que tu m'as donné il y a quelques temps déjà, et auquel j'avais répondu que ce serait une idée, mais sans avoir l'envie de l'appliquer sur le moment...
Bises !
Un truc à changer si tu le pouvais c'est la fenêtre des commentaires: n'est-il pas possible de les avoir à la suite du billet, comme sur blogspot? Sinon j'aime beaucoup cette éclaircie dans ton petit espace, le gris trop gris c'était un peu démoralisant à vrai dire.
J'aime ce que tu écris ces jours-ci, on sent bien qu'il y a un bouillonnement sous-jacent. Sous le reste de grisaille, le soleil pointe. Il y a bien des lourdeurs encore, mais ça s'estompe doucement. On est tous des phénix. Brûle un bon coup.
Et les rêves ne sont pas vains, s'ils l'étaient jamais rien n'aurait été inventé, crée et nous n'aurions pas rêvé à notre tour car rien ne nourrit aussi bien nos rêves que les rêves des autres. Les plus beaux rêves ne sont-ce pas ceux que l'ont fait les yeux grands ouverts? Je crois bien que si.
I have a dream.
Bin heu... je ne comprends pas bien, je crois, pour ta remarque sur les fenêtres de commentaire ? Ils sont à la suite de l'article, avec les réponses qui s'y intercalent, et ils ne s'ouvrent que lorsqu'on veut les voir. Je ne saisis pas...
Sinon, pour moi, je ne sais pas si j'aime ce que j'écris, mais j'aime avoir quelque chose à écrire, ça me change un peu du long silence de ces dernières semaines. Tant mieux si tu sens pointer quelques lueurs, j'espère que tu as raison, et qu'elles finiront par s'imposer. Je n'en désespère pas, cela dit, mais pour dire le vrai, je ne me sens pas vraiment engagé si loin dans ce sens. Mais après tout, l'important est d'aller déjà dans le bon sens, qu'importe où l'on se trouve sur le chemin à parcourir.
Les rêves, je suis bien d'accord avec toi, restent essentiels. J'ai vu ce que ça pouvait donner, quelqu'un qui cesse de rêver. C'est assez moche, ça fout pas mal de choses en l'air, jusqu'à s'y foutre soi-même. Je m'efforcerai autant que possible d'éviter cet écueil, même si l'on ne choisit pas de voguer dans ces eaux-là. Pour rester dans les langueurs marines, disons que je cherche le courant qui retourne vers le large !
Mes bises, Désirée !
Ah oui, je comprends mieux maintenant. Mais je ne crois pas avoir jamais vu Overblog fonctionner comme ça. C'est vrai que ce serait plus sympa, mais je ne pense pas qu'on ait cette option. Je jetterai quand même un oeil...
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté. "
Clin de zoeil!
Bises du dimanche!
Eh oui... Il y a un bail que je l'ai pas relu, celui-là, et c'était bien pourtant pour le relire que je l'avais si bien placé...
Mes bises du lundi, Désirée !